Fiche

Titre : Yomeddine
Edition : Egypte, 2018, 1h37
Réalisation : et scénario : A.B. Shawky - Montage :Erin Greenwell – Photo :Federico Cesca– Décors : Laura Moss –Musique : Omar Fadel – Distribution : Le Pacte

Interprétation :

Rady Gamal (Beshay), Ahmed Abdelhafiz (Obama)

Auteur

Né au Caire en 1985, A.B. Shawky est un réalisateur austro-égyptien. Yomeddine est son premier long-métrage, sélectionné au festival de Cannes 2018 (Compétition Officielle). Etudiant en Sciences Politiques, il est diplômé du Département Cinéma de la Tisch School of the Arts à New York. A réalisé trois courts métrages, dont deux documentaires en 2008 (The Colony) et 2011, et une fiction, Things I heard on Wednesdays en 2012.

Résumé

Beshay, lépreux aujourd’hui guéri, n’avait jamais quitté depuis l’enfance sa léproserie dans le désert égyptien. Après la disparition de sa femme, il décide de partir à la recherche de ses racines. Rejoint par un orphelin nubien (il est noir, on l’a surnommé Obama) qu’il a pris sous son aile, il va traverser l’Egypte sur une charrette tirée par son âne. Affrontant le monde avec ses maux et ses instants de grâce, il va à  la quête de sa famille, de son père en particulier…

Analyse

D’abord, il y a cette terrible maladie qui fait peur et honte depuis les temps immémoriaux. Le réalisateur a eu l’idée du film en tournant The Colony, un court-métrage de 15 minutes sur les résidents d’une léproserie au nord du Caire, prenant conscience que « la lèpre est plus un problème social que médical ». Choisissant un non-acteur lépreux, défiguré, qui fait partie des exclus de la société, le réalisateur a voulu définir un homme par son humanité et non par sa maladie. Le périple de Beshays est un road-movie improbable, dans le dénuement, la précarité et non sans danger. Mais, aidé par la joie de vivre de son jeune ami, il trouve l’énergie nécessaire pour atteindre l’objectif qu’il s’est fixé.  A moins d’être particulièrement insensible, ce film nous touche, en dépit de moyens plutôt rudimentaires, dus au manque de financement pendant le tournage, les producteurs ayant beaucoup traîné les pieds. Il est vrai que le film donne une représentation insolite de la société égyptienne, celle « qu’aucun touriste ne verra jamais «.  Mais la surprise est venue de l’annonce de la sélection au Festival de Cannes ! Une consécration inattendue.
La traversée de Beshay lui permet de rencontrer tout un peuple marginal, constitué d’opprimés et de laissés pour compte, hostiles, indifférents, mais dont certains vont constituer une petite cour des miracles et se révéler solidaires et très efficaces pour aider les deux voyageurs. Ce n’est que progressivement que la caméra révèle les outrages subis par Beshay, d’abord les mains puis le visage voilé et finalement dévoilé. Ainsi le spectateur  s’habitue à regarder.  Nous ne dirons pas la fin, celle de la rencontre de la mère et du père, après tant d’années d’exil. « Toul le monde a ses raisons » comme disait le cinéaste Renoir. Beshay obtient une réponse « au pourquoi m’avez vous abandonné ? «, la réponse qui le libère du passé. « Yomeddine » en arabe signifie « Jour du Jugement dernier ». Sous un pont, au lever du jour, un personnage dit à Besnay : au jour de Yomeddine, nous serons tous égaux ! Et si nous commencions déjà dans cette vie à changer notre regard sur les autres différents de nous ?
Alain Le Goanvic