Fiche

Titre : So long my son [Dì jiǔ tiān cháng]
Edition : Chine, 2019, 185 min
Réalisation : Wang Xiaoshuai – scénario: Wang Xiaoshuai et Ah Mei – directeur de la photographie : Hyun-seok Kim - montage : Lee Chatametikool - musique : Dong Yingda - direction artistique : Dong Lv - production : Dongshun Films - distribution: Ad Vitam

Interprétation :

Wang Jingchun (Liu Yaojun), Yong Mei (Wang Liyun), Xi Qi (Shen Moli), Wang Yuan (Liu Xing), Du Jiang (Shen Hao), Ai Liya (Li Haiyan), Zhao-Yan Guo-Zhang (Xinjiang Zhang)

Auteur

Né à Shanghaï en 1966, il réalise The Days en 1993. So Close To Paradise (1999) et Drifters (2003) seront sélectionnés à Un Certain Regard. Toujours à Cannes, il reçoit le Prix du jury pour Shanghai Dreams  (2004), puis à Berlin l’Ours d’argent pour Beijing Bicycle (2001) et le prix du meilleur scénario pour Une famille chinoise (2007). Il tourne ensuite Chongqing Blues (2010, en compétition à Cannes), 11 Fleurs (2011) et Red Amnesia (2014, Mostra de Venise). Observateur attentif et critique de la société chinoise, il en présente une image qui déplaît aux autorités du pays et certains de ses films ont été censurés ou interdits.

Résumé

Au début des années 1980, le régime chinois vient de mettre en place la politique de l’enfant unique. Liyun et Yaojun forment un couple heureux, entourés d’amis, comme eux parents d’un fils. Un évènement tragique va bouleverser leur vie. Pendant 40 ans, alors qu’ils tentent de se reconstruire, leur destin va s’entrelacer avec celui de la Chine contemporaine.

Analyse

Dans cette vaste fresque menée sur plus de quarante ans d’histoire de la Chine, Wang Xiaoshuai démontre, à l’aide d’un scenario complexe et d’une construction faite d’ellipses et de flash back, sa capacité à entremêler drames intimes et enjeux politiques, à montrer l’impact sur les destins individuels des grands chocs de l’Histoire, ce qui représente, quand c’est réussi comme c’est le cas ici, un ressort narratif et une force romanesque d’une efficacité redoutable.
Le film dure trois heures mais on ne les sent pas passer tant la mise en scène est élégante et précise, tant la construction subtile nous force à l’attention pour reconstituer le puzzle proposé à la fois sur le plan temporel et spatial puisque la géographie (ville industrielle du Nord vs port de pêche au Sud) en est aussi éclatée que la chronologie. Grâce en soit rendue au montage virtuose du Thaïlandais Lee Chatametikool, habitué des films de Weerasethakul.
Il s’agit donc de la politique de natalité mise en place à la fin des années Mao jusqu’en 2015, avec l’obligation imposée de l’enfant unique, et de ses implications dramatiques pour le couple formé par Liyun et Yaojun. Sont explorées, mais sans que cela paraisse artificiel, toutes les variations possibles autour de ce thème : l’enfant unique noyé, l’enfant avorté, l’enfant illégitime, l’enfant adopté… et aussi les thématiques du chagrin, du deuil, de la culpabilité, de la honte, des non-dits, de la résilience et du pardon.
Sans oublier le temps qui passe, la mémoire, la force du souvenir. « Dì jiǔ tiān cháng », le titre chinois, qui pourrait se traduire littéralement par « terre ancienne ciel vaste », un idiome de Lao-tseu généralement compris comme « perdurer aux côtés de la création », traduit bien cette idée qui rapprocherait Wang Xiaoshuai d’un autre réalisateur chinois Jia Zhangke et de son dernier film Les Éternels.
Malgré (ou grâce à ?) une caméra pudique, voire par moments distante, comme dans la scène dramatique du début, le film est porté par un souffle puissant. Il nous donne à voir de façon délicate, généreuse, et parfois mélodramatique, la force des émotions de ses personnages, incarnés de façon magistrale par tous les acteurs, dont Wang Jingchun et Yong Mei, fort justement récompensés chacun par un Ours d’argent du meilleur acteur/actrice à Berlin en 2019.
Nic Diament