Fiche

Titre : Roubaix, une lumière
Edition : France, 2018, 1h59
Réalisation : Arnaud Desplechin. Scénario: Arnaud Desplechin et Léa Mysius. Photographie: Irina Lubtchansky. Montage: Laurence Briaud. Musique: Grégoire Hetzel. Décors: Toma Baqueni. Production: Why not productions et Arte France. Distribution: Wild Bunch et Le Pacte.

Interprétation :

Roshdy Zem (Daoud), Léa Seydoux (Claude), Sara Forestier (Marie), Antoine Reinartz  (Louis).

Auteur

Chacun des dix longs métrages très personnels d’Arnaud Desplechin a été remarqué et nombre d’entre eux  ont été primés. Né à Roubaix il a été impressionné pendant ses études à l’IDHEC par le cinéma d’Alain Resnais. De La vie des morts aux Fantômes d’Ismaël il a consacré son oeuvre à des récits romanesques et biographiques explorant l’intime, avec des acteurs fidèles et notamment Mathieu Amalric, son alter ego à l’écran.

Résumé

À Roubaix, un soir de Noël, Daoud le chef de la police locale et Louis, son jeune lieutenant fraîchement diplômé, font face au meurtre d’une vieille femme. Les voisines de la victime, Claude et Marie, sont arrêtées…

Analyse

En totale rupture apparente avec les précédents, ce dernier film, en sélection officielle à Cannes 2019, fait place au réel social le plus sordide, dans la ville natale du réalisateur, où 45% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le charismatique commissaire Daoud, qui connaît parfaitement son métier et sa ville et cherche comme Maigret à comprendre plus qu’à juger, enquête sur les affaires courantes habituelles. Aidé de Louis, il va se concentrer sur le  meurtre d’une vieille femme de 83 ans, étranglée et étouffée à son domicile. Les voisines de la victime,  Claude et Marie, sont arrêtées. Elles sont amantes, alcooliques, toxicomanes. Admirateur du Faux coupable de Hitchcock, l’auteur s’est inspiré du documentaire Roubaix commissariat central de Mosco Boucault relatant les étonnantes confessions d’un couple de jeunes filles après leur crime perpétré à Roubaix en 2002 pour dissimuler un cambriolage minable. Partant de  ce matériau réel, Desplechin, dans une fiction qu’il juge politique,  l’éclaire -le transfigure ?- par le personnage lumineux et serein de Daoud, humaniste à la dimension véritablement spirituelle dont  Roschdy Zem donne une interprétation bouleversante. La mission cachée que Daoud, en quête des âmes, s’est fixée dans  l’univers de détresse qui l’environne,  est de réintégrer ses frères pêcheurs dans l'humanité. On le voit écouter religieusement les suspects qu’il interroge dans le but de faire surgir leur part de lumière. Soumises à un interrogatoire minutieux, chacune de leur côté puis ensemble, Claude et Marie, ces deux amoureuses, -vertigineux visages  éperdus de Léa Seydoux et de Sara Forestier-, rappellent le tandem meurtrier de  La Cérémonie de Chabrol. Mais ici, au cours de la reconstitution d’un crime que la détresse humaine et sociale a rendu possible, c’est l’accouchement douloureux de la vérité qui nous est montré dans un film déconcertant mais fascinant.
Jean-Michel Zucker