Cette semaine nous prions pour:

COE et Pentecôtistes 1948-1998 : une vue d’ensemble

Le Conseil Œcuménique des Eglises fut fondé en 1948 par les Eglises protestantes historiques, les Eglises anglicanes et plusieurs Eglises orthodoxes. Des délégués de 147 églises, principalement d’Europe et d’Amérique du nord, participèrent à la première assemblée ; il n’y avait alors pas d’Eglises pentecôtistes présentes à cette rencontre. Les premières Eglises n’adhérèrent pas avant 1961, alors qu’une majorité d’Eglises orthodoxes avaient déjà rejoint le COE ainsi qu’un nombre important d’Eglises du Tiers Monde (comme on l’appelait alors). La plupart d’entre elles étaient nées suite au travail missionnaire des protestants et anglicans, mais il y avait également deux églises pentecôtistes autochtones au Chili : l’Eglise Pentecôtiste du Chili et l’Eglise de Mission Pentecôtiste. Elles furent les premières à devenir membre du COE, et leur décision de demander l’adhésion fut remarquable, en ce sens qu’à l’époque les dirigeants des dénominations pentecôtistes classiques en Amérique du nord et en Europe s’étaient distanciés du mouvement œcuménique. Avec les années quelques autres églises suivirent leur exemple : une église au Chili, deux en Argentine, une aux USA (qui n’existe plus aujourd’hui), une en Angola, une au Kenya. Leur présence au COE est considérable. Par ailleurs, leur nombre et leur taille est minuscule, comparativement aux centaines de dénominations pentecôtistes de par le monde aujourd’hui et à leurs centaines de millions de membres. Une grande église pentecôtiste du Brésil rejoignit le COE en 1969 et il sembla qu’il put y avoir une percée. Mais cette entrée n’eut pas d’impact sur les autres et cette église, suite au décès de son fondateur, se retira après quelques années.

Le COE, composé aujourd’hui de plus de 340 Eglises membres de toutes les traditions chrétiennes, l’Eglise catholique exceptée, est « une communion d’Eglises qui confessent le Seigneur Jésus Christ Dieu et Sauveur selon les écritures ». Il se comprend lui-même en tant qu’instrument des Eglises. Un de ses documents fondateurs, appelé la Déclaration de Toronto, adoptée en 1950, affirme explicitement que le COE n’est pas et n’a pas l’intention d’être une super Eglise. Il n’a pas d’autorité sur les Eglises.

Un autre de ses principes de base, appelé le principe Lund, est que les Eglises membres s’engagent à faire ensemble tout ce qu’elles peuvent faire ensemble dans la limite de leur propre compréhension de ce qu’est une Eglise -– et à se respecter dans toutes choses. Alors que le COE approchait de son cinquantième anniversaire en 1998, il réfléchit à nouveau à sa vision et sa compréhension, et affirma son appel fondamental à être une communion d’Eglises qui prient, partagent, agissent communément, supportent les fardeaux les uns des autres et qui cherchent l’unité pour laquelle le Seigneur Jésus Christ priait – afin que le monde croie. A cette occasion, le COE déclara également que la communion ne serait pas complète tant que l’Eglise catholique d’une part, ainsi que les Eglises évangéliques et pentecôtistes d’autre part n’en ferait pas partie.

Pendant plusieurs années, la relation avec les Eglises pentecôtistes (évangéliques) qui n’étaient pas membres du COE ne fut pas prioritaire sur l’agenda du COE. Il n’y avait en effet pas de raisons contraignantes. Sa politique de base était – et est toujours – d’accueillir des Eglises qui postulent, mais pas de prospecter et de chercher à acquérir de nouveaux membres. Le Conseil augmentait et confirmait sa place de principal organe d’Eglises parmi les traditions non-catholiques à l’échelle mondial ; il était soutenu avec force par ses membres et pleinement occupé par ses programmes et activités. De plus, dans le monde divisé idéologiquement de la guerre froide, les déclarations officielles du COE et les enseignements des Eglises pentecôtistes exprimaient des perspectives théologiques et politiques différentes, voire opposées. Pour le COE, les pentecôtistes faisaient partie des mouvements évangéliques conservateurs, avec qui un dialogue était à peine envisageable, et, aux yeux de la plupart, inutile. Il y avait toutefois quelques contacts. Le COE et les Assemblées de Dieu travaillaient souvent ensemble dans les coulisses de l’Europe d’après-guerre, particulièrement dans le relogement de réfugiés et dans des programmes d’aide aux sans-abri et sans lieux de culte adéquats. Au début de l’année 1961 cette relation changea, en partie en raison de la pression qui venait de divers dirigeants et organisations évangéliques. Avec pour résultat que les Assemblées de Dieu adoptèrent une politique anti-œcuménique dirigée contre le COE. D’autres églises pentecôtistes s’affilièrent à la Conférence Pentecôtiste Mondiale que les Assembles de Dieu rejoignirent bientôt par acte de solidarité.

Plus tard, il y eut quelques discussions avec des organisations internationales telles La Communion Evangélique Mondiale (aujourd’hui Alliance) et le Comité de Lausanne, particulièrement après l’assemblée de Nairobi en 1975. Le dirigeant pentecôtiste David du Plessis fut présent à la Conférence de Willingen du Conseil Missionnaire International en 1952 et il participa aux Assemblées de Evanston (1954) à Vancouver (1983). De 1978 à 1983, la sous-unité du COE sur le Renouveau et la Vie communautaire organisa un dialogue avec des charismatiques qui culmina par une consultation à l’Institut Œcuménique au Bossey. Mais aucune de ces conversations n’aboutit à un effort substantiel de dépasser les préjugés et d’établir des relations entre le COE et les Pentecôtistes.

En 1991 le COE tint son Assemblée à Canberra avec, pour la première fois, un thème pneumatologique : « Viens Esprit Saint, renouvelle la création entière ». C’est également à cette époque que l’on commença à prendre conscience du phénomène de croissance pentecôtiste, particulièrement en Amérique latine. De manière évidente, l’Assemblée ne pouvait pas étudier un tel thème spirituel sans prendre en considération la réalité des églises pentecôtistes. La question fut alors confiée à la section de Foi et Ordre, à laquelle participa le théologien pentecôtiste Cecil M. Robeck Jr. Avec son aide, quelques recommandations furent formulées - visant le dialogue, l’étude et l’engagement pentecôtiste au COE – qui furent approuvées en session plénière. La même Assemblée approuva également la création d’un Office d’Eglise et de Relations Œcuméniques (CER). On lui confia la responsabilité d’établir des relations avec les pentecôtistes. Le CER organisa une série de consultations entre pentecôtistes et les représentants des Eglises membres du COE dans différents endroits du monde de 1994 à 1997. L’on put s’appuyer sur le travail qu’avait commencé à effectuer dès 1998 le bureau latino-américain du COE, avec en particulier les églises pentecôtistes locales. Le bureau du CER développa également des relations avec des églises pentecôtistes au travers de visites, d’invitations et à d’autres occasions.

Il est à noter que, dès 1989, des pentecôtistes furent représentés - en dehors de l’appartenance au COE - à la Commission plénière Foi et Ordre et plus récemment à sa Commission permanente, avec une capacité consultative.

Les fruits de ces différents efforts furent récoltés à une rencontre entre le COE et les pentecôtistes en novembre 1997 à Bossey. Cela fut également la dernière d’une série de petites consultations et le secrétaire général du COE y prit part. Ce fut ce groupe qui, à l’unanimité, formula une proposition d’un groupe commun (que l’on appela plus tard : groupe consultatif) de travail entre le COE et les pentecôtistes, qui devait être soumis à l’Assemblée en 1998. Dans les mois qui suivirent les organes dirigeants du COE donnèrent leur approbation. La Huitième Assemblée du COE à Harare en décembre 1998 approuva officiellement la formation d’un groupe consultatif commun.

Critiques et préjugés

Du point de vue des pentecôtistes non membre du COE, les critiques principales s’expriment ainsi : a) parmi les églises membres du COE il y a celles qui réfutent certaines doctrines historiques ; b) le souci d’évangélisation et de mission est remplacé par le souci du travail social, et c) la peur que le mouvement œcuménique puisse devenir un instrument de l’Antichrist.

Comme déjà relevé, une des objections fortes au sein du COE est que les pentecôtistes sont des conservateurs, voire des fondamentalistes. Quelques églises vont même jusqu’à considérer les groupes pentecôtistes comme des « sectes ». Une autre accusation souvent entendue, en particulier après les changements politiques en Europe centrale et de l’Est, est le prosélytisme. De manière générale, les églises pentecôtistes sont perçues comme divisées, fragmentées, sous-développées en terme de théologie et d’ecclésiologie, seulement intéressées par l’implantation d’églises et la conversion des âmes, et surtout, comme anti-œcuménique.

Le processus de dialogue qui fut mis en route ne mit pas fin à ces critiques et préjugés. Mais cela eut pour effet au COE que la problématique fut plus fréquemment mise à l’ordre du jour au travers de procédures de rapport et de prise de décisions. D’un côté, cela signifie que les voix négatives parlent plus fort et plus souvent. D’un autre côté sont offertes des occasions d’explications, d’apprentissages mutuels et de modifications de conceptions fausses ; ce qui n’existait pas auparavant. De manière positive, on reconnaît de plus en plus que le nombre important de pentecôtistes et leur vitalité ne permet pas au COE de les ignorer plus longtemps. Un autre facteur, qui a contribué à plus d’ouverture, est l’impact du pentecôtisme et des mouvements charismatiques sur la vie de nombreuses églises. Dans certaines parties du monde, les églises pentecôtistes et les Eglises membres du COE se rapprochent de plus en plus, à l’instar de la Corée et de l’Afrique du sud.

Bref, un « espace » a été crée pour un engagement sérieux entre le COE et les pentecôtistes.

L’expérience des Eglises membres pentecôtistes

Pour les Eglises pentecôtistes membres du COE, ce cheminement avec d’autres églises soeurs a permis de témoigner de la fidélité à l’évangile de Jésus Christ et également de témoigner ensemble de l’unité afin que le monde croie (Jean 17 :21), un témoignage soulignant l’unité dans la diversité. Ces églises ont ainsi pu rejoindre la communion d’Eglises, personnes et nations en vue de répondre au défi d’unir efforts et talents pour surmonter les différences sociales, raciales, économiques, sexuelles et religieuses. Dans ce chemin parcouru ensemble, l’on expérimenta le dépassement de préjugés et l’ouverture à ce qui était nouveau, la disponibilité sur une base d’égalité, le relèvement commun de défis et l’acceptation d’une guidance du Saint Esprit. L’on accepta de s’exposer à l’inconnu, à la différence et d’engager des conversations sans préjugés, de se rapprocher et de s’accepter les uns les autres, ainsi que d’unir les forces dans le travail diaconal.

Dans un sens, l’expérience œcuménique a favorisé, pour les églises pentecôtistes membres, un élargissement d’horizon intellectuel et spirituel. Ces églises ont été enrichies, les aidant à réaliser que le christianisme était beaucoup plus large que leur tradition pentecôtiste. D’un autre côté, beaucoup de progrès doivent encore être fait concernant leur participation dans les structures de travail du COE qui, jusqu’à présent, demeure faible. A cet égard les Eglises pentecôtistes associées au COE regrettent de ne pas toujours être reconnue au même niveau que les autres Eglises membres, et que la participation pentecôtiste est plutôt faible. Pourtant, elles sont convaincues qu’aux travers d’efforts spécifiques et de réponses aux défis communs, cette situation peut être renversée pour plus d’égalité, un plus grand engagement chrétien et un appel œcuménique plus fort.

Les Eglises pentecôtistes membres du COE regrettent l’absence de leurs églises sœurs pentecôtistes qui ne font pas partie de la communion et aimeraient que celles-ci les rejoignent sur la route de l’œcuménisme.

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