Cette semaine nous prions pour:

Orthodoxes-protestant : rencontre annuelle

Bulletin d'Information Protestant - décembre 2006

Elle s’est tenue au Foyer Hellénique de Chatenay Malabry qui loge plus d’une centaine de jeunes pour leurs études. Accueil particulièrement soigné comme il sied à l’hospitalité orthodoxe, à la veille du début du Carême de l’Avent.
La rencontre rassemblait comme chaque année une délégation orthodoxe présidée par son éminence le Métropolite Emmanuel, et une délégation présidée par son éminence le Pasteur Jean Arnold de Clermont.

S’informer sur la vie de nos Eglises
C’est l’occasion de se questionner mutuellement sur la vie de nos Eglises, d’échanger nos points de vue sur la conjoncture, par exemple l’agitation antireligieuse actuelle, les soucis du Patriarcat œcuménique dans une Turquie peu encline à la liberté religieuse, ou encore nos débats avec l’Eglise catholique Romaine.
L’actualité nous conduit à l’ecclésiologie : les protestants, qui sont aussi l’Eglise d’Occident, ne peuvent pas faire l’économie de l’histoire et se désintéresser de la suppression du titre de Patriarche d’Occident pour le Pape. Il y a derrière des questions de communion, de sens de l’universel et de la catholicité (cf. la pensée d’Oscar Cullman). Comment les protestants et les orthodoxes le vivent-ils ?
De leur côté, les protestants peuvent dire leur « étonnement » devant certaines voix orthodoxes les cataloguant de promoteurs du laxisme moral en Occident depuis la Réforme su XVIe siècle qui a « lâché » la Tradition. Ces jugements dénotent une mécompréhension de l’histoire occidentale : il ne faut pas oublier que l’orthodoxe et l’évêque moyens des pays de l’Est ne connaît pas l’Occident ni l’Eglise d’Occident, ses évolutions culturelles, philosophiques et théologique.

Travail théologique
Le thème de la journée était tourné vers l’histoire.
Le jeune étudiant Nicolas Kazarian, de l’Institut St Serge et Chambésy, nous a fait part de sa recherche sur la correspondance au XVIe siècle entre les luthériens et le Patriarche Jérémie II, et la réponse de celui-ci à la Confession d’Augsbourg (en particulier l’art.7) traduite pour l’occasion en Grec. Tous nos débats ecclésiologiques actuels sont déjà là, même si le Patriarche a développé que partiellement certains points.
Les prolongations vont loin, jusqu’à Oslo en 2002 où orthodoxes et luthériens affirment ensemble : Nous sommes d’accord sur le fait que l’Eglise est un mystère et que les sacrements en sont une manifestation.
Mgr Emmanuel est de son côté spécialiste du dialogue du XVIIe siècle entre les Réformés et le Patriarche Lukaris, via l’ambassade des Pays-Bas à Constantinople. Un Patriarche qui a pu trouver dans le Calvinisme une inspiration réformatrice sans se renier pour autant (il installe une imprimerie, fait traduire le Nouveau Testament en grec…). Toute une partie de cet échange de correspondance reste encore à étudier et à publier – avis aux thésards ! Dans ce contexte compliqué de concurrence catholiques/protestants devant le Patriarche, celui-ci publiait non sans pression en 1930 une confession de foi quasi calviniste. Elle sera par la suite condamnée par les conciles, mais le Patriarche, devenu martyr, reste une sainte figure et un office fait l’éloge de ce précurseur œcuménique qui allait à la rencontre de l’autre. 1

Dans les deux cas, outre un front commun anti-romain, le dialogue était facilité par le fait que protestants (qui s’ancraient dans les Pères, surtout Calvin) et orthodoxes faisaient fi de la scolastique. Les relations étaient sincères, sans idée de conversion réciproque, malgré des options théologiques divergentes. Une anticipation des relations qui se développeront au XXe dans le cadre du COE… après 3 siècles de silence.

Conclusion
A cette rencontre, les délégués ont pu prendre connaissance du Tome II des dialogues protestants-orthodoxes de 1990 à 1996, dans lesquels on retrouve de grands noms aujourd’hui disparus : le Père Cyrille Argenti, André Dumas d’heureuse mémoire sur des thèmes aussi précieux que la mort, le salut aujourd’hui, la prière, Eglise et nation…
L’an prochain, 13 novembre 2007, nous reprendrons la question sacramentelle, dans sa dimension pastorale et interconfessionnelle, par exemple à partir du document suisse sur les mariages orthodoxes-protestants. (GD)


1 On pourra aussi se référer à l’article de Marianne Carbonnier-Burkard dans Foi et Vie juillet 1990.