Cette semaine nous prions pour:

Eglise, Evangélisation et les liens de la Koinonia

EGLISE CATHOLIQUE-ALLIANCE EVANGELIQUE MONDIALE

(le texte complet)

(61) En ce qui concerne le «prosélytisme», on remarquera que la compréhension de ce terme a considérablement changé dans certains milieux au cours des dernières années. Dans la Bible, le terme prosélyte n'avait aucune connotation négative. Il désignait une personne étrangère à Israël, qui, par la foi en Yahvé et l'acceptation de la loi, devenait membre de la communauté juive. Le terme avait le sens positif de converti au judaïsme (Ex 12, 48-49). La chrétienté a repris ce sens positif et impeccable pour désigner une personne convertie du paganisme. Jusqu'au vingtième siècle, l'œuvre missionnaire et le prosélytisme étaient généralement considérés comme synonymes et sans connotation discutable (B 32, 33). Ce n'est qu'au cours du vingtième siècle que le terme a été appliqué aux tentatives faites pour recruter des membres chez les autres (B 33), comme une forme illicite d'évangélisme (P 90). Au moins dans certains milieux évangéliques, le sens du terme prosélytisme n'est pas péjoratif; il l'est par contre dans les milieux catholiques et dans la plupart des milieux œcuméniques. Les tentatives faites «pour se prendre des membres les uns aux autres» (B 33) par des moyens indignes constituent un prosélytisme négatif et péjoratif. Les membres de nos communions se sont rendus coupables de prosélytisme dans ce sens négatif du terme. Cela doit être évité.

(62) C'est pourquoi nous affirmons «que devraient être évités: les offres ... d’avantages temporels ou matériels ... ; l'utilisation impropre de situations de détresse ... ; l'usage de pressions politiques, sociales ou économiques pour obtenir la conversion ... ; le discrédit jeté de façon injuste et peu charitable sur d'autres confessions; la comparaison des points forts et des idéaux d'une communauté avec les points faibles et les pratiques d'une autre communauté» (B 36). La question des tentatives de gagner des membres d'autres Églises a des conséquences sérieuses du point de vue ecclésiologique et missiologique, qui requièrent un examen ultérieur.

(63) Les méthodes peu éthiques d'évangélisation doivent être nettement distinguées de l'acte légitime d'une présentation convaincante de l'Évangile. Si un chrétien, après avoir entendu une présentation de l'Évangile faite de manière responsable, choisit librement d'adhérer à une autre communauté chrétienne, on ne doit pas en déduire obligatoirement qu'un tel transfert est le résultat d'un acte de prosélytisme (P 93, 94).

(64) Les relations entre catholiques et évangéliques ont été perturbées par les tentatives d'évangéliser des personnes appartenant déjà à une autre Eglise, une pratique qui crée des malentendus et du ressentiment, surtout lorsque les évangéliques essayent de «convertir» des baptisés catholiques en les amenant à quitter l'Église catholique. C'est plus qu'un conflit verbal, sur un emploi différent de termes tels que conversion, chrétien et Église. Les évangéliques parlent de «chrétienté de nom seulement» à propos de ceux qui portent le nom de chrétiens mais ne le sont en réalité que marginalement, même s'ils ont été baptisés. Les chrétiens de nom contrastent avec les croyants convertis qui peuvent témoigner d'une union vivante avec le Christ, dont la confession est biblique et la foi est active dans la charité. Cette nette distinction est courante parmi les évangéliques pour qui les chrétiens de nom doivent être gagnés à un rapport personnel avec le Seigneur et Sauveur. Les évangéliques s'efforcent d'évangéliser les membres de nom de leurs propres Églises, de même que ceux d'autres Églises; à leurs yeux, cette activité correspond à un réel souci de l'Évangile et n'est pas une manière répréhensible de «voler les brebis» des autres (E section iii). Les catholiques parlent aussi de la nécessité d'«évangéliser» ces personnes, bien qu'ils les appellent membres «non pratiquants» ou «inactifs» plutôt que «de nom», et les considèrent toujours comme des «Chrétiens», puisqu'il s'agit de croyants baptisés. Ils se sentent à juste titre offensés lorsque les évangéliques semblent juger tous les catholiques comme des chrétiens de nom, ou chaque fois qu'ils basent leur évangélisme sur une fausse opinion de la doctrine et de la pratique catholique.

(65) Nous reconnaissons qu'une distinction doit être faite entre l'appréciation des doctrines et des pratiques dune Église et le jugement porté sur la condition spirituelle d'une personne, c'est-à-dire sur sa relation avec le Christ et avec l'Église.

(66) En ce qui concerne la condition spirituelle ou religieuse d'une personne, qu'elle soit chrétienne de nom, non pratiquante, inactive ou détachée, tout jugement négatif est suspect d'intrusion, à moins que la personne que l'on veut évangéliser ne soit elle-même à l'origine de cette information. La condition spirituelle individuelle est toujours un mystère. D'abord devrait venir l'écoute, accompagnée d'une bienveillante présomption de charité, et dans tous les cas nous ne devrions proposer notre perception et notre expérience de la Bonne Nouvelle qu'avec une attitude de respect total des personnes que nous cherchons à évangéliser. Cette même attitude est nécessaire, non seulement pour l'évangélisation, mais également pour tout effort tendant à persuader nos frères et sœurs de ce que nous croyons être vrai.

(67) Évangéliques et catholiques sont exhortés à se repentir d'avoir donné de fausses images les uns des autres, soit par indolence dans l'étude des faits, soit en raison du refus d'écouter l'autre, de préjugés ou de jugements peu éthiques (E i). Nous regrettons notre ignorance coupable qui néglige le savoir aisément accessible sur la tradition de l'autre (P 93). Nous sommes profondément conscients du commandement: «Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain»! (Ex 20, 16).

(68) Nous regrettons les formes d'évangélisation suggérées par la rivalité et le prestige personnel, de même que les références injustes ou peu charitables aux croyances et aux pratiques d'autres communautés religieuses, comme moyen de gagner de nouveaux membres (E 1, p. 91; J 19). Nous regrettons l'usage de ces moyens dans le but de conserver nos propres membres. Nous déplorons les formes concurrentielles d'évangélisation qui nous opposent à d'autres chrétiens (P 93) (cf. DH 4, 12; JEAN-PAUL 11, Tertio millennio adveniente 35). Toutes les formes d'évangélisation devraient rendre témoignage à la gloire de Dieu.

(69) Nous regrettons toute forme d'évangélisation visant à exercer des pressions sur les personnes pour les amener à changer d'allégeance religieuse, par des méthodes qui discréditent l'Évangile et compromettent plutôt qu'elles n'accroissent la liberté du croyant et la vérité de l'Évangile (B 3 1).

Traduction du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens, publiée dans Service d’Information n° 113