Cette semaine nous prions pour:

Fiche biblique sur Marie

Les textes nommant ou concernant la mère de Jésus dans les écrits du Nouveau Testament sont fort peu nombreux, que ce soit dans ceux de l'apôtre Paul (les plus anciens en datation) ou les Evangiles, cités ici dans leur ordre chronologique de rédaction.

= L'apôtre Paul : Marie, notre sœur en humanité

Dans l'œuvre si abondante de l'apôtre, une seule citation évoque la mère de Jésus, de façon d'ailleurs tout à fait anonyme :
"Quand est venu l'accomplissement du temps, Dieu a envoyé son fils, né d'une femme, pour qu'il nous soit donné d'être fils adoptifs." (Epître aux Galates 4/4)

§ Paul médite l'incarnation de Jésus qui fait de nous des fils adoptifs de Dieu. Sa mère est avant tout notre sœur en humanité. Elle est cette femme qui a donné naissance à Jésus et est comme nous assujettie à la Loi.

= L'évangéliste Marc : La fraternité constituée autour de Jésus transcende les liens familiaux

Deux passages évoquent Jésus dans sa relation avec les siens. Ils mettent tous deux l'accent sur une relation de distance avec sa mère comme avec ses frères, avec sa famille qui ne reconnaît pas sa mission et le traite même de "fou".

Une fraternité nouvelle se crée autour de Jésus, au-delà des liens du sang.
Devant sa mère et ses frères qui le cherchent, Jésus répond :
- "Qui sont ma mère et mes frères? Voici ma mère et mes frères. 
Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère." (3/31-35)

Plus encore :
"Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents et dans sa maison. Et il ne put faire là aucun miracle et il s'étonnait de ce qu'ils ne croyaient pas" (6/1-6)

A l'heure de la Croix, Marie n'est pas clairement nommée :
Au pied de la croix, curieusement, Marie n'est pas nommément citée. Est présente "la mère de Jacques et de José" (15/40-41) Jacques est bien connu comme le frère du Seigneur ainsi que José. La plupart des exégètes reconnaissent donc en la mère de Jacques et de José la mère de Jésus. Cette citation, quelque peu troublante, est livrée à notre méditation personnelle :

§ Est-il évoqué ici le chemin que Marie est appelée à parcourir pour appartenir par la foi, et non seulement par sa chair, à cette nouvelle famille spirituelle née de son fils? Cette dynamique est particulièrement présente chez Marc, dont le témoignage est le plus ancien après celui de Paul.

= L'évangéliste Matthieu : Marie, témoin de la grâce divine, acquiesce à la venue de l'Emmanuel " Dieu avec nous"

• Une généalogie « douteuse »
Cet évangile s'ouvre par une généalogie structurée en trois périodes de 14 générations. Jésus est légitimé tant dans le peuple juif que dans la lignée royale davidique. Outre Marie, quatre femmes sont évoquées : Thamar, coupable d'inceste, Rahab, une prostituée, Ruth la moabite étrangère et Bethsabée, femme pour laquelle David deviendra meurtrier et adultère… Ces femmes ont toutes enfanté un ancêtre de Jésus illégalement.

§ Marie est mystérieusement la compagne de ces femmes qui sont chacune signe de la grâce divine.

Joseph
"Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus que l'on appelle le Christ" (Mat.1/16) Joseph ainsi n'est pour rien dans la conception de Jésus. Lorsqu'il prend conscience de ce fait, il désire rompre avec Marie mais il est informé divinement de ne pas le faire et il obéit à l'injonction divine (1/18-25) Il fuit en Egypte pour sauver l'enfant puis, selon un nouvel ordre divin, il en revient avec Marie et l'enfant (2/13-23)

§ Joseph est un juste (19). Sans tergiverser, il obéit à la Loi de ses pères avec miséricorde et il écoute la Parole divine.

Voici ma mère et mes frères (13/53-58)
Ce passage est encore cité mais à la différence de Marc, toute polémique a ici disparu.

§ Jésus montre ses disciples comme cette nouvelle famille spirituelle dont n'est plus exclue sa famille de chair.

= L'évangéliste Luc : Marie, la femme de l'Annonciation, une mère, une croyante.

L'annonce inattendue ( Luc 1/26-56 )
Fiancée à Joseph, Dieu fait irruption dans une existence qui semblait au départ sans histoire et toute tracée.

§ Marie, lors de l'annonce de l'ange, fait le pari de la foi et de la confiance. Elle accepte la nouveauté libératrice de Dieu. Son magnificat s'inscrit dans la grande histoire de son peuple, d'Abraham jusqu'à Paul.

L'apprentissage d'une maternité bien particulière :
Marie est appelée à garder ce qu'elle vit, à en faire mémoire, à lui en donner signification.
"Quant à Marie, elle retenait tous ces événements en en cherchant le sens" (2/19)
C'est à Marie que s'adresse Syméon au sujet de l'enfant :
"Il est là pour la chute ou le relèvement de beaucoup en Israël et pour être un signe contesté – et toi-même un glaive te transpercera l'âme ; ainsi seront dévoilés les débats de bien des cœurs." (2/34-35)
C'est à ses parents que Jésus à 12 ans répond, alors que Marie et Joseph le cherchent depuis trois jours et qu'il est dans le temple avec les maîtres:
"- Mon enfant, pourquoi donc as-tu agi de la sorte avec nous? interroge Marie.
Vois, ton père et moi, nous te cherchons tout angoissés.
- Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père ? " (2/42-51)

§ Marie est ainsi écartelée entre son être maternel encore possessif et l'obéissance à la volonté de Dieu qui dépossède …Là encore, "sa mère retenait tous les événements dans son cœur" (51)

L'appartenance à la famille de Jésus
Luc, lui aussi, cite cet épisode. Il fait dire à Jésus :
"Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique" (8/19-21)

§ Ainsi Luc élargit-il le concept de famille en précisant qu'écouter la Parole de Dieu et l'accomplir sont constitutifs de la vraie famille de Jésus sans pour autant reconnaître à sa famille charnelle un quelconque privilège.

Preuve en est donnée par un autre passage:
"Une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit: "Heureuse celle qui t'a porté et allaité!"
Mais lui, il dit: "Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l'observent !" (11/27-28)

= L'évangéliste Jean : Une relation de l'ordre de la foi et de la révélation

Un regard sévère sur la famille de Jésus :
Jean sur ce plan rejoint tout à fait l'évangéliste Marc. Pour Jésus, sa parenté est un prétexte à l'incrédulité des Juifs (6/41) Ses frères manifestent clairement leur incrédulité (7/3-5). Les liens du sang ne jouent aucun rôle dans l'ordre de la foi.

D'autre part, Jean ne nomme jamais la mère de Jésus par son nom alors qu'il use du nom de Marie une quinzaine de fois pour nommer d'autres femmes.

§ Est-ce le signe d'une place particulière qu'il octroie à Marie ?

Dans son évangile, elle est présente deux fois, mais intensément, à l'entrée du ministère de son fils et à l'heure de sa mort. :

Lors du premier signe à Cana : " Femme, qu' y a- t- il entre toi et moi? "
Ce récit symbolise le début de l'accomplissement des promesses divines par la transformation de l'eau des vases de purification des Juifs en vin nouveau du festin des noces messianiques. C'est Marie, d'une certaine façon, qui impose à son fils de poser un signe. Mais Jésus la nomme "Femme ", comme il va le faire à l'heure de la croix.

§ Marie symbolise-t-elle ici le reste fidèle d'Israël qui a reconnu dans la foi son fils comme le Messie promis par les prophètes. ? (2/1-12)

Près de la Croix de Jésus se tenaient debout sa mère, la sœur de sa mère ... (19/25-27)
"Voyant ainsi sa mère et près d'elle le disciple que Jésus aimait, il dit à sa mère: "Femme, voilà ton fils" Il dit ensuite au disciple: "Voici ta mère". Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui"

§ Marie serait-elle appelée à changer de statut ? Elle qui, comme le disciple bien-aimé, a cru en la messianité de son fils, devient-elle alors disciple, voire par là-même, mère de la communauté chrétienne?

=== A partir de la lecture de : Qui donc es-tu, Marie ?
d'Elian Cuvillier Editions du Moulin, 1994 ==