Cette semaine nous prions pour:

Je te salue Marie

Louis Lévrier, pasteur réformé

Je te salue, Marie !

Permets qu’un protestant le fasse : une fois n’est pas coutume.
D’ordinaire les Ave Maria nous restent en travers de la gorge.
Il faut dire qu’on t’a donné tant de visages et habillée avec tant de diversité que j’ai du mal à te connaître. 

Qui es-tu ? Vierge noire ou italienne blonde et rose ?
Masque tragique, figure d’innocence ou sourire séducteur ?
Et d’où es-tu ? On te voit partout, multiple aux infinies spécialités et te faisant à toi-même concurrence. 

Et comment te nommer ? Tu as reçu des noms prestigieux.
« Dame du ciel, régente terrienne », chante François Villon.
Péguy lui fait écho : « Etoile de la mer, inaccessible reine ».
Oui, des noms tellement sublimes ou ridicules dans leur démesure qu’on t’ignore maintenant dans ta simplicité de petit juive villageoise. 

Pour le moment, je t’appellerai Marie.
Et j’aime te voir en même temps que Sarah.
Toutes les deux vous voici plantées au commencement de l’histoire du peuple de Dieu.
La vieille Sarah et l’ancien peuple.
Toi, la jeune Marie et le nouveau peuple,
Et toutes les deux dans l’impossibilité d’avoir des enfants.
Car il est bien clair que l’œuvre de Dieu s’accomplit hors de toute possibilité humaine.
Que Dieu choisit des hommes et des femmes, qu’Il veut bien se servir d’eux, mais que c’est Lui et Lui seul qui créé et donne la vie. 

Les théologiens t’ont donné de grands et beaux noms.
« Mère de Dieu ».
J’aime ce nom, car il ne désigne point ta grandeur, petite servante, mais l’humilité de ton Fils devenu pleinement homme.
« Toujours vierge ». Alors là, ils me font sourire. Et je crois que cela t’amuse aussi.
Mais, je veux bien ! Car la virginité ne se situe pas où l’on pense.
Je me souviens d’une vieille icône te représentant alors que tu accouches par l’oreille. Il n’y a d’enfantement que par l’oreille : c’est la Parole qui engendre.
Et tu es vierge car tu n’as voulu entendre qu’une seule Parole. Il n’y a de virginité que de l’oreille : l’autre n’en est que le signe !
Oui, cela doit t’amuser que des théologiens contraints à la chasteté aient disserté sans fin, et s’extasient sur « la Vierge et mère »… Peut-être ont-ils peur de la femme… 

Je te salue, Marie ma sœur.
Non pas ma mère.
Car je n’ai que deux mères :
Louise Lévrier, née de Davail, ma mère selon la chair et aussi, par grâce, selon l’Esprit.