Cette semaine nous prions pour:

Une femme, une mère

Dossier du journal Baptiste Construire ensemble, 25/10/06

Colette Jornod 

Marie va bientôt se marier. Rien d’anormal pour une jeune fille juive.
Cela fait près d’un an qu’elle est fiancée à Joseph, le charpentier de Nazareth qui habite l’atelier un peu plus loin ; et Marie prépare son trousseau. Le soir, elle coud la robe qu’elle va revêtir lors de la noce, et parfois sa mère la surprend en train de rêvasser. Marie se voit déjà dans la maison de Joseph, menant une vie agréable aux côtés d’un homme gentil, qui a un bon métier, fidèle à Dieu… Pour elle, c’est un merveilleux cadeau de la vie.
Mais voilà que l’ange Gabriel vient lui annoncer une autre « faveur ». Être la mère du Messie.
Il faut sans doute quelques instants à Marie pour réaliser que ses propres raisons de joie de vivre sont insignifiantes à côté de ce que l’ange lui propose.
Bien sûr, elle a été instruite dans la loi de Dieu, elle connaît les prophéties qui parlent du Messie.
Le fait que Marie accepte d’être canal du plan de Dieu, la transforme en femme de grâce, femme choisie, femme de Dieu. Et cela provoque en elle ce bouleversement physiologique qui la fait devenir enceinte.
La parole de l’ange et l’acceptation de Marie va créer la vie.
Souvent décrite comme simple et humble, Marie a un caractère bien trempé. Car, quand même, recevoir cette « faveur » de Dieu, ce n’est pas rien !
Elle partira trois mois auprès de sa cousine Élisabeth pour vivre ce changement en elle et le partager avec quelqu’un qui peut comprendre. Elle en reviendra plus forte, plus mûre, auprès de Joseph pour lui raconter et affronter les ricanements, voire pire…
Chez Élisabeth, son cœur se remplit du fait qu’elle est la servante du Seigneur, bénie pour toujours ! 

Bienvenue au club des mères, Marie !
Comment Marie as-tu reçu cette nouvelle qu’il faudrait voyager jusqu’à Bethléem alors que ta grossesse était déjà bien avancée ?
Elle devait se sentir seule, au moment d’accoucher de son premier-né, sans sa mère, sans femme, ni entourage familier.
Puis, déménagement en Égypte, et enfin retour à Nazareth. Là Marie espère enfin se poser.
Après les événements épiques qui ont entouré la naissance de Jésus, elle est contente de retrouver sa famille, reprendre une vie normale, aller au marché, cuisiner, sans craindre quelque poursuivant. Jésus joue, apprend, va à la synagogue avec ses parents le jour du Shabbat…
Elle essaie peut-être d’oublier qu’il est un peu « différent ».
En fait, pour Marie, l’ordinaire se conjugue avec l’extraordinaire : quand avec ses frères et sœurs, il n’accepte pas de se disputer, ou lorsqu’il est chahuté par ses copains de classe de la synagogue et qu’il ne rend pas le mal pour le mal.
Lorsqu’il est en train d’apprendre à aimer ses ennemis, Marie apprend à être la mère du Messie. L’épée s’enfonce dans son âme.
Lorsqu’à douze ans, Jésus fait courir ses parents pour le retrouver dans le temple de Jérusalem, Marie ne comprend pas. Elle engrange les événements, et plus tard, tout deviendra clair. 

Marie, une vraie mère juive.
Elle est fière de ses enfants, (Jésus avait quatre frères et plusieurs sœurs), mais particulièrement de son aîné.
Parfois, quand elle l’entend enseigner, elle le revoit enfant racontant de belles histoires à ses frères et sœurs. Jésus a toujours su captiver les autres avec ses histoires.
Jacques, Joseph, Simon et Jude sont peut-être un peu jaloux de leur grand frère, mais ils l’aiment. Marie ne sait pas toujours comment faire pour ne pas leur donner l’impression qu’elle aime plus Jésus. D’ailleurs, elle ne l’aime pas plus, mais elle l’admire plus. 

Que ne ferait-elle pas pour lui ? Elle veut l’aider, montrer aussi sa fierté, se montrer avec lui.
Au point où, lors du repas de mariage à Cana, Jésus va reprendre sa mère, doucement mais fermement.
C’est MON fils qui a fait ce miracle ! Voyez comme c’est un homme de Dieu !
Jésus ne peut pas la laisser contrôler sa vie, maintenant que c’est le temps pour lui d’entrer dans un ministère public. Désormais, Dieu a dit qu’il est SON fils.
Le cordon se coupe davantage.
Un autre jour (il y a eu certainement de nombreuses occasions non relatées dans la Bible), Marie et ses garçons veulent parler à Jésus, alors qu’il est en train de prêcher dans la synagogue. Jésus, là encore, se démarque. Il ne peut pas permettre que quelqu’un, fusse sa mère - et une mère en Israël, c’est essentiel, - interfère entre lui et Son Père.
Quand, à la croix, le cœur de Marie est complètement brisé, elle devra se remettre et poursuivre sa vie en dehors de lui.
Marie ne ressemblait sans doute pas aux personnages mièvres et sans saveur que les icônes et les images cinématographiques ont fait d’elle. Pour un destin aussi important, il fallait une femme très courageuse !