Cette semaine nous prions pour:

Positions et propositions (protestantes)

Past. Michel LEPLAY

(Juin 2004)

La visite du pape Jean-Paul II à Lourdes, le 15 août prochain, pour les 150 ans de la promulgation du dogme de l’Immaculée conception, va être cet été un événement important. Au moins pour trois raisons.

D’abord, son amplification médiatique, et cet article y contribue, qui va permettre à un phénomène religieux très particulier d’être porté à la connaissance du plus grand nombre. Comme des Jeux Olympiques de Rome en concurrence avec ceux d’Athènes, mais ce pape a compris en quel temps nous sommes, et il s’y connaît en communication théâtralisée.

Ensuite, le renouveau identitaire catholique apparaît dans toute sa splendeur, avec autant de courage dans l’audace du vieil homme que de précipitation à vénérer la Jeune femme, notamment sa virginité tellement perpétuelle qu’elle aurait été précédée d’une pureté éternelle.

Enfin, cet excès de ferveur mariale et mystique donne quelques arguments aux réticences récentes sur la mention de l’héritage chrétien qui a fait l’Europe : serait-il plus mariologique qu’évangélique, et Notre Dame serait-elle égale à Notre Patrie ?

On fera maintenant sept observations historiques et ecclésiologique.

1. Sur la conception de Marie elle-même (ce dont il s’agit, et non de son Fils), la réflexion des anciens est tardive, qui n’apparaît qu’aux VIIIème et IXème siècles.
2. Les théologiens du Moyen-Age sont divisés sur son caractère « immaculé », les dominicains s’y opposant à la suite de leurs maîtres Albert Le Grand et Thomas d’Aquin .
3. La décision romaine de promulguer le dogme marial de 1854 a été prise dans le climat religieux du siècle, sous la pression populaire et sans la consultation d’un Concile qu’aurait demandé un acte de cette importance.
4. De plus, les autres Eglises chrétiennes en furent blessées, par le mépris de leur tradition (orthodoxes) ou l’ignorance de leurs convictions (protestants).
5. En effet, les Eglises d’Orient célébraient sagement une fête de la Naissance de Marie, tandis que celles de la Réforme s’en tenaient à la sobriété évangélique.
6. Car c’est ici le point névralgique, de la référence à l’Ecriture comme source et norme de la foi chrétienne, et l’application d’un « principe de précaution » au développement souvent incontrôlable de la piété et de ses traditions.
7. Enfin, une telle orchestration festive d’apparition pontificale et d’immaculée conception pose question à la théologie œcuménique de la modération telle que la propose le Groupe des Dombes .

Pour conclure, trois remarques.

L’apologétique catholique du XIXème siècle, et la polémique protestante en retour, ont souligné ou décrié « les trois blancheurs » : celles de l’hostie eucharistique, de la Vierge immaculée et de la soutane du pape.
Or, le théologien original Paul Tillich nous aide à faire la distinction entre « la substance catholique » qui affirme la présence de Dieu en certains lieux, du pain consacré, une femme sainte, un homme infaillible, et « le principe protestant », iconoclaste et prophétique, qui récuse le pouvoir sacerdotale d’enclore la grâce, atteste une Parole de vie qui s’inscrit dans l’histoire et dont l’efficacité intime échappe à toute institution.
Nous serions alors dans une situation difficile d’opposition, au défi de trouver nos complémentarités, entre les excès religieux « mariolatriques » des uns et le déficit marial des autres .
L’issue de cette impasse et un chemin d’avenir nous sont proposés à tous si nous retrouvons la dimension humaine et sociale de nos convictions respectives.
D’abord, proclamer le partage du pain, « la messe sur le monde » qui meurt de faim, et l’hospitalité eucharistique à tous les biens de la terre pour tous ses enfants et petits-enfants.
Ensuite, la culture respectueuse des valeurs féminines et maternelles de tendresse et de fécondité, dans une Eglise du sacerdoce universel qui permette à toute créature l’épanouissement de sa vocation propre.
Enfin, pour autoriser la vie commune, en organiser les débats et régler les conflits, nous aurions à mettre en œuvre un exercice de l’autorité qui soit vraiment et tout autant personnelle et collégiale que communautaire.
Les trois blancheurs, si éblouissantes soient-elles, ne remplacent pas toutes les couleurs de la vie sur la terre, leur culte les occulte. Et trop d’écrins font écran à la beauté du monde.