Cette semaine nous prions pour:

Note sur la célébration oecuménique du baptême

Comité mixte-catholique/luthéro-réformé – 1975

1. Demande et préparation de cette célébration

1 Le Comité mixte catholique-protestant de France a été interrogé à maintes reprises sur les baptêmes d’enfants de foyers mixtes et sur la catéchèse œcuménique. Il exprime ci-après ce qui lui paraît pouvoir être dit aujourd’hui sur ce sujet. Il propose ces réflexions aux responsables des Eglises, aux groupes de foyers mixtes et à leurs conseillers spirituels.

2. La demande d’une célébration œcuménique1 pour le baptême de l’enfant d’un foyer mixte est recevable dans la stricte mesure où elle est le moyen d’exprimer et de célébrer la dynamique œcuménique vécue par le couple, de faire progresser sa vie dans la voie de l’unité et d’aider à la formation chrétienne de l’enfant. On devra donc éviter qu’une telle célébration devienne un simple geste de bonne volonté réciproque des parents ou des deux familles ou, pire encore, qu’il prenne la figure d’une mondanité religieuse pour des foyers qui ne sont pas effectivement engagés dans la recherche œcuménique. En aucun cas elle ne saurait devenir un « droit ».

3. Pratiquement, toute demande de baptême pour l’enfant d’un foyer mixte devra continuer à faire l’objet d’un discernement loyal au cours d’entretiens avec le prêtre et le pasteur, afin d’aboutir à la solution qui réponde en vérité à la situation concrète du foyer et de leurs communautés ecclésiales. Si la célébration œcuménique est retenue, la décision finale reviendra aux autorités normalement compétentes en la matière.

4. Dans ce cas le prêtre et la pasteur auront à rappeler au foyer mixte le lien entre le baptême et l’agrégation à une communauté chrétienne visible, et donc confessionnellement située. Pour cet enfant, ce processus d’agrégation s’étalera dans le temps. Sa première formation chrétienne sera prise en charge en accord avec les deux communautés de ses parents, dans lesquelles il est inséré de façon provisoire et ouverte à l’avenir. Néanmoins l’Eglise qui accueillera et baptisera l’enfant sera aussi celle avec laquelle il sera lié de manière préférentielle, car il ne nous semble pas raisonnable, pour l’équilibre psychologique de l’enfant et son identité personnelle, dans le monde tel qu’il est, de l’entretenir dans une situation de pure indétermination. Cependant il va de soi que cette donnée initiale ne saurait préjuger obligatoirement de son appartenance d’adulte. Il reviendra ensuite aux parents de l’aider à trouver le lieu définitif de son appartenance au Corps du Christ.

5. La célébration œcuménique du baptême demandera une double préparation : d’une part, celle des parents et des parrains soutenus par un prêtre et un pasteur ; d’autre part, celle des communautés paroissiales afin que toutes deux en comprennent le sens et la portée et puissent s’y associer en y trouvant une occasion de participer à la dynamique œcuménique.

1 Nous employons à dessein l’expression de « célébration œcuménique » et non de « baptême œcuménique ». Nous soulignons par là qu’il n’y a qu’un seul baptême. Cf. Déclaration du Comité mixte sur le baptême (F.M. n°71 p.58).

2. La célébration œcuménique

6. La célébration œcuménique d’un baptême devra se faire au milieu de la communauté paroissiale de l’une ou de l’autre Eglise, jamais dans le cadre d’un groupe de foyers mixtes et de leurs amis. Aux yeux du Comité ce point doit être considéré comme impératif, afin d’éviter toute évolution vers une « troisième Eglise ». Il est très souhaitable que l’autre paroisse soit représentée par la délégation d’un groupe de ses fidèles.
Si le baptême a lieu dans l’une des Eglises de la Réforme, il sera célébré selon l’usage en cours au cours du culte dominical ; s’il est prévu dans l’Eglise catholique, la communauté en sera informée et sera invitée à y participer par exemple à la suite d’une messe dominicale.

7. L’Eglise où le baptême est célébré, à la suite d’une décision prise en commun, est normalement celle qui accueille et baptise l’enfant. Son ministre est l’officiant responsable et il accomplit seul l’acte baptismal. Il suit les données fondamentales de la liturgie approuvée dans son Eglise, mais en y apportant éventuellement les adaptations qui seront jugés nécessaires.

8. Le ministre de l’autre Eglise pourra intervenir de manière active, en particulier dans la liturgie de la Parole, de l’intercession et de la louange, à la manière de ce qui se fait dans la célébration des mariages mixtes. Là où la chose sera possible, il sera bon d’y associer des laïcs de l’autre Eglise.

9. Puisque l’un des ministres accomplit seul l’acte baptismal, il ne saurait s’agir de concélébration. Elle contredirait l’unicité du baptême chrétien dont la célébration œcuménique veut être précisément le signe. Elle se manifesterait pas la confiance mutuelle que ce font les Eglises.

10. Il sera important de souligner avec clarté au cours de la célébration la signification d’un tel baptême pour cet enfant et ses proches (cf. n°3) et de dire qu’il exprime en particulier l’engagement actif des deux communautés dans la première formation chrétienne du baptisé.

3. La double inscription sur les registres baptismaux 2

11. Aux yeux du Comité rien ne s’oppose sur le fond à une double inscription de ce baptême sur les registres baptismaux des deux paroisses. Pour sa part, il ne désire pas l’encourager systématiquement, mais il semble qu’elle peut être accordée aux parents qui la demandent avec insistance.

12. La double inscription soulignerait la solidarité et l’engagement commun des deux communautés à l’égard de la formation chrétienne de l’enfant, ainsi que leur disponibilité à l’accueillir l’une et l’autre de manière définitive en rien un « transfuge ». L’enfant est ainsi placé au bénéfice des richesses de l’une et de l’autre, au premier chef par le ministère de ses parents.
Cette double prise en charge de l’enfant est en fait beaucoup plus importante que la double inscription elle-même.

2 Voir en annexe (p.36) les propositions en ce cas.

4. La catéchèse œcuménique (ou catéchèse commune)

13. Les recherches actuelles de catéchèse œcuménique se présentent sous deux formes :

a) Au nom de leur responsabilité catéchétique – domaine privilégié baptismale – deux communautés décident une mise en commun de certaines phases de la formation chrétienne des enfants. Elles le font moyennant une réflexion approfondie commune à tous les catéchètes engagés dans cette voie. Ceci commence à exister ici et là et fait l’objet de certaines études en commission.

b) Par ailleurs des foyers, mixtes pour la plupart, ont mis en place en divers lieux une catéchèse adaptée à la situation propre de leurs enfants. Ils le font avec l’aide des prêtres et de pasteurs, mais de manière autonome par rapport à la catéchèse d’ensemble de leurs communautés.

14. Devant cette situation, le Comité mixte estime que les recherches et expériences mettant en avant le rôle des parents comme catéchèses premiers des enfants doivent être largement prises en compte. Il pense néanmoins que le second cas ne devrait être que temporaire et qu’il lui faudra tendre à rejoindre le premier.

15. En toute hypothèse, la catéchèse donnée aux enfants des ménages mixtes doit :

• conduire l’enfant à une connaissance et une familiarité avec les deux communautés auxquelles ses parents appartiennent ;

• inclure une prise de conscience pacifique mais réelle du fait et des motifs de la division ;

• amener au choix final d’une communauté à laquelle sera vouée une réelle fidélité, incluant service et responsabilité.

16. Le problème de la catéchèse œcuménique doit être examiné d’urgence par les Eglises. Le moment est largement venu d’établir dès à présent des orientations fondamentales, de mettre à jour une sorte de « tronc commun », assorti d’un relevé pédagogique des points de division encore existants et de nos interrogations mutuelles.
Ce nouveau travail doit tenir compte des documents issus des recherches actuelles et comporter un dialogue avec tous ceux qui sont déjà engagés dans de premières expériences. Ceci permettra de dégager des constantes, de dénoncer certains écueils possibles et de retenir ce qui est bon.

5. La pastorale des foyers mixtes

17. Il demeure un contentieux confessionnel. Il n’est pas saint de faire comme si celui-ci n’existait pas et il n’est pas suffisant de prétendre vivre seulement de l’unité déjà donnée. De même, ce que l’on pourrait appeler la « double appartenance affective et spirituelle » des foyers mixtes demande à être réfléchie doctrinalement, dans la perspective du cheminement vers l’unité.
A ce cheminement des foyers, le prêtre et le pasteur qui les accompagnent peuvent aider beaucoup, en mettant à leur service le recul qui leur vient d’une situation différente et la compétence théologique capable de les alerter sur certains aspects inaperçus ou sous-estimés.

Aujourd’hui de multiples expériences sont vécues qui posent des questions théologiques et sont le signe d’une dynamique croissante vers l’unité. Il est temps que les autorités se concertent à nouveau afin de donner des orientations qui en tiennent compte 3.

3 Cf. le document du Comité mixte Pastorale commune des foyers mixtes (nouvelle édition, 1977). Voir également l’Accord doctrinal sur le mariage (F.M. n°71 p.60).

Annexe

Proposition en cas de double inscription :

a) Sur le registre de la paroisse (registre de référence) où a été célébré le baptême :

N……………….., né d’un foyer mixte,

a été baptisé par moi……………….., etc.

avec la participation de X ………………..,

ministre ……………….., de l’Eglise de ………………..,

qui a signé.

Suivent les signatures d’usage.

b) Sur le registre de l’autre paroisse (registre de report)4 :

N………………..,, né d’un foyer mixte,

a été baptisé par X………………..,

ministre ……………….., de l’Eglise de ………………..,

dans la paroisse de ………………..,, etc.

en ma présence et avec ma participation.

En foi de quoi, moi ……………….., j’ai enregistré ce baptême 5.

Signature ………………..

 

Ce document officiel publié il y a plus de 30 ans en France est mal connu des pasteurs et des prêtres. Il est cependant toujours valable.

4 Il s’agit bien dans ce b) de la transcription de l’acte de baptême sur le registre de l’autre paroisse (appelé ici « registre de report ») et non de l’acte original. Cette transcription peut à la rigueur être portée sur une feuille qui sera répertoriée à la fin du registre du baptême.

5 Note particulière pour l’Eglise catholique. Les actes ultérieurs normalement reportés sur le registre baptismal le seront toujours si le baptême a eu lieu dans ma paroisse catholique (registre principal de référence). Ils seront sur le registre de report au cas où le baptême ayant eu lieu dans la paroisse protestante le baptisé ferait ensuite acte d’appartenance définitive à l’Eglise catholique.

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