Cette semaine nous prions pour:

Taizé 2003 : 80 000 jeunes en prière

Paris, décembre 2002

« Soyons des hommes d’écoute, non des maîtres spirituels » (Fr. Roger)

Entourés par les Eglises et leurs dirigeants, mais laissés libres dans leur démarche réconciliatrice, les frères de Taizé, les familles parisiennes, les agents de la RATP-SNCF, et des paroisses de toute confession ont donc accueilli ces milliers de jeunes venus essentiellement d’Europe, mais d’une Europe assez ouverte pour en accueillir aussi du monde entier. L’Eglise Universelle était là, de tous lieux et toutes confessions, bien que les catholiques fussent en majorité écrasante, loi du nombre oblige.

L’écho médiatique a surpassé les espérances et même le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a envoyé son message d’encouragement.

Le visiteur est d’abord frappé par la simplicité et l’efficacité de l’organisation et par la discipline qui surprend les gardiens habitués des lieux ! Des dizaines de jeunes volontaires portant des panneaux « silence », des flèches et des cordes délimitant les passages, d’autres aux stands d’accueil, distribution de repas, indications des directions… ici, la signalisation a un visage humain.

Il sont mordus, ces jeunes, pour venir écouter les enseignements des frères et prier à même le sol bétonné et froid, dans une chaleur toute relative, avec des repas frugaux, des heures de déplacement sous la pluie… certes Paris par temps de fête attire, mais il y a une autre motivation, plus spirituelle, leur recueillement et leur écoute en témoignent.

La prière de midi et du soir sert de point de ralliement et de récapitulation des expériences vécues dans la journée. Pour que se lève une confiance sur la terre, c’est en soi-même qu’il importe de commencer. On en perçoit presque physiquement la montée graduelle en intensité jusqu’à la dernière prière de la veille de l’an. Orchestre de jeunes, quelques bougies, chants répétés comme des berceuses qui vous conduisent presque naturellement dans la prière, tentures aux couleurs douces parsemées des reproductions des vitraux de Chartres. Bref une beauté travaillée, une simplicité qui s’adresse au cœur. Chercher la simplicité est plus que jamais au centre de notre vocation écrit Fr Roger, le fondateur  Tout cela porte, et l’on ne peut qu’être émus de tous ces jeunes recueillis dans un silence absolu pendant de longues minutes. Un hall est d’ailleurs réservé toute la journée au silence, toujours bien rempli.

Bien sûr, le goût de tous ne se retrouve pas dans ce style « Taizé » reprenant des éléments de spiritualité des diverses traditions dans une certaine décontraction : sans habit du dimanche, ici les pieds à côté des chaussures ou buvant un café ou à moitié allongé, là des amoureux priant enlacés, là encore trois générations de la même famille… et pourtant cette beauté simple et la répétition pédagogique portent une profonde attention.

Pas de prise de tête, la prière nous fait simplement reposer en Christ, disponible à la présence de l’Esprit Saint, don de confiance et de joie pour l’avenir…et pour la réconciliation avec l’autre. Car Taizé n’offre pas aux jeunes une fuite hors du monde. Peu à peu Sa présence nous transforme, c’est dans la prière que se construitun cœur de bonté. Cette intériorité vécue dans le Christ débouche sur une insertion dans notre temps. Partage ton pain avec l’Albanais, délie la justice…alors ta blessure guérira, priait une jeune de l’Est.

Il y eut donc des carrefours divers : de la vocation personnelle à l’engagement dans une économie solidaire, des difficultés de la prière à la vie avec les handicapés, de l’Espérance évangélique à l’engagement politique, du l’art de la beauté à la construction européenne, etc... Les ateliers de réflexion couvraient bien des domaines de la vie. La rencontre de témoins apportait une touche concrète à un enseignement par ailleurs très biblique, peu dogmatique et très humain à la fois. On voit comment les frères encouragent les jeunes à parcourir un aller-retour entre cette force intérieure qu’est l’Esprit Saint accueilli dans la prière et l’engagement en témoin de paix, avec humilité : Dieu de consolation, si pauvre soit notre prière, ton amour se creuse un passage à travers nos faiblesses et nos doutes.

La personne de Frère Roger ajoute une dimension affective. Il est le grand Père dont on vient recevoir une bénédiction, que l’on photographie, qui porte de hall en hall son message et ses prières : bénis-nous, Dieu de Paix, affermis nos cœurs dans la confiance. Un message simple et direct aux couleurs très « johaniques ». Les mots clés en sont lumière, tendresse, amour, confiance, espérance, consolation, paix et joie dans la présence l’Esprit Saint, bonheur (Oui, Dieu nous veut heureux…). Un message centré sur le Christ jusqu’à ces moments de « vénération de la croix », pas vraiment de la sensibilité protestante, mais qui recentrent concrètement les jeunes sur le cœur d’un christianisme vécu : « je n’ai voulu connaître que Jésus Christ crucifié ».

Au Bilan,

Comment passer des inquiétudse à la confiance ? questionne frère Roger dans sa lettre annuelle traduite en 58 langues, et qui sert de fil rouge à ce rassemblement.

Peu de personnes, institutions ou Eglises savent parler de l’évangile aux jeunes comme Taizé. Parler ? ON devrait dire « expérimenter ». Car il s’agit d’un évangile qui touche au cœur, transforme les vies, donne confiance pour l’avenir, engage comme artisan de paix dans notre monde.

Ils y découvrent l’universalité de l’Eglise, ils entrent presque naturellement dans l’intériorité d’un Christ « plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes », ils grandissent dans la réconciliation avec Dieu, avec soi-même et les autres, ils cherchent à s’engager au cœur du monde à la suite du Christ, ils avancent dans la confiance, sans heurts ni ruptures.

Pas de grandes prédications, s’étonnera le président de la FPF, pas de grands ténors, aucun mot d’ordre, de simples moments de prière, quelques mots de frère Roger, de longs silences, des chants psalmodiés créent un climat de paix. Des ateliers d’échanges, l’accueil dans les familles, voilà qui donne confiance. C’est peu et beaucoup dans l’Europe qui se construit, Taizé apporte ce qu’aucune Eglise ne sait donner. Nos voies sont complémentaires.

Taizé porte aujourd’hui auprès de la nouvelle génération cette veine de l’œcuménisme spirituel qui a traversé les siècles, des Frères Moraves à l’Abbé Couturier en passant par le silence des Quakers, le Piétisme évangélique ou libéral du XIXème, ou les nouvelles communautés charismatiques à vocation oecuménique .

Cette prière engagée a toujours porté l’œcuménisme institutionnel, théologique ou pratique. Elle en a même été l’initiatrice. Aujourd’hui, elle l’interpelle encore. Plus que d’autres, les frères de Taizé rendent pressant le travail œcuménique : Pendant des siècles, écrit Frère Roger, les chrétiens ont connu de nombreuses séparations. Nous engageons-nous aujourd’hui, sans retard, à tout accomplir pour vivre dans une communion les uns avec les autres ? L’appel à se réconcilier entre chrétiens séparés a suscité durant des années des dialogues et de bons échanges. Mais la réconciliation elle-même ne peut pas être remise jusqu’à la fin des temps. Comme jamais, il y a urgence à entrer sur la voie ouverte par le Christ dans l’Evangile : « va d’abord te réconcilier avec ton frère » (Matth 5/24).