Cette semaine nous prions pour:

Rencontre au sommet… de la colline de Taizé

Quand le président de la FPF rencontra les frères de Taizé.

3 juillet 2002

Participation à la prière de midi avec 2000 jeunes, repas et échange d’information avec les frères, tour du propriétaire et rencontre avec quelques jeunes bénévoles, entretien plus substantiel avec trois frères, et enfin le thé avec Frère Roger qui nous avait accueillis dès notre arrivés. Voilà notre périple d’une journée concentrée à la rencontre de Taizé.

Des jeunes de partout
C’était les grands préparatifs pour les semaines d’été qui accueillent des milliers de jeunes venus de toute l’Europe et d’ailleurs. Quatre bus entiers font la navette Taizé-Roumanie toutes les semaines par exemple. Et ces jeunes roumains sont les premiers à bousculer leurs pasteurs pour une prière commune entre réformés/orthodoxes/catholiques.
L’Europe de l’Est, du Nord et du sud est largement représentée, dans toutes ses confessions.
La France et la Suisse sont présentes plus ponctuellement. Le monde anglo-saxon très peu. Mais on vient aussi d’Amérique, de Corée, d’Afrique, avec les difficultés permanentes de visa que les frères ont à gérer ! On est aussi venu de Palestine… au temps où c’était possible.
Tout cela place les frères au cœur des problèmes politiques et sociaux de notre monde.
Et si par la loi du nombre, la majorité est catholique, toutes les confessions sont représentées, des catholiques polonais aux baptistes hollandais, en passant par les orthodoxes russes, les luthériens scandinaves, les réformés hongrois ou les anglicans. Des ressortissants d’autres religions s’y sont même risqués avec bonheur.

La richesse de la simplicité
Les générations se renouvellent, on voit arriver aujourd’hui les anciens, en couple avec leurs enfants, ce qui demandent une nouvelle organisation.
La demande se diversifie, ainsi le lieu aménagé pour des retraites d’une semaine de silence : 80 places qui ne désemplissent pas de tout l’été !
Il a fallu s’adapter ce multiculturel et à cette jeunesse en recherche d’expérience spirituelle mais sans repère évangélique ni habitude religieuse. Alliance du visuel, de l’auditif et du nombre. Simplification de la prière : chants multilingues répétitifs, peu de mots, toujours en plusieurs langues, et du silence ouvrant à la prière responsable de l’individu devant Dieu. La prédication se vit plutôt dans le partage de l’évangile du matin, par groupes de langue et d’âge. Et indirectement l’après-midi dans les carrefours plus culturels, sociaux ou professionnels.
Ici, on fait le pari que simplicité peut aller avec approfondissement et suffit à l’essentiel qui touche le cœur.

L’expérience évangélique
Taizé est un lieu d’évangélisation qui marche ! Mais non par des annonces péremptoires de l’évangile, plutôt sur le mode expérimental : venez et voyez, ou pour le dire autrement : venez et expérimentez.
Qu’est-ce qui fait qu’ici comme dans les rassemblements de Taizé, des jeunes réputés allergiques au religieux entrent dans la prière, se saisissent de la Bible, échangent avec d’autres jeunes qu’ils auraient fuis ou agressés en d’autres lieux (ainsi le serbe et le croate) ? Taizé, lieu insaisissable de réconciliation intérieure avec soi-même, avec Dieu, avec les autres.
Les frères donnent l’impression d’être là comme spectateurs plus que comme acteurs, sinon dans la disponibilité de l’accueil, comme catalyseurs, avec le souci de placer le Christ au centre.
C’est l’originalité de Taizé. Dans sa vocation comme dans son organisation, Taizé ne ressemble à rien. Ni aux communautés monastiques classiques, ni aux communautés nouvelles, ni aux mouvements d’évangélisation, encore moins aux mouvements accès sur la culture.
C’est ce Taizé-là que nous sommes venus rencontrer. Taizé qui se laisse porter et reçoit cette vocation de réconciliation, qui se préoccupe peu du lien institutionnel avec les Eglises et se tient au milieu du gué, au service et à l’écoute des personnes. Non sans difficultés pour aider à transformer l’expérience ponctuelle de ces jeunes en marche quotidienne dans leurs lieux de vie. Bref, Taizé porteur d’une expérience spirituelle de réconciliation, simplement cela.

Taizé catholique ?
Les protestants ont boudé Taizé : Taizé est devenu catholique ! Voyez l’ordination de frère Max Thurian qui a « blessé » les anciennes générations de protestants ; voyez la profonde amitié entre frère Roger et les trois derniers papes, et son accueil systématique à l’eucharistie catholique ; voyez le style de la prière…
Soit ! mais pas si simple !
Taizé, on l’aura compris, c’est à la fois beaucoup plus complexe et beaucoup plus simple. D’ailleurs, si le lien institutionnel s’est affaibli, le lien avec le protestantisme français de terrain s’est maintenu. Il y a toujours eu des pasteurs qui ont emmené « leurs » jeunes.
Je ne sais pas si Taizé est devenu catholique. Peu importe. Mais on peut voir que des jeunes sont éveillés à la foi du Christ et à la prière, à une conscience multiculturelle et à l’Eglise universelle. On peut voir que des jeunes sont renvoyés à leurs Eglises respectives et que cela produit des fruits œcuméniques et des réconciliations socio-culturelles.
Rien ne s’oppose à ce que les protestants français acquiescent à cela et l’encourage !
Peut-être se prépare là une relève oecuménique. Du moins est-ce un premier pas.
Nous sommes venus tourner la page, solder le passé, prendre acte de ce qu’est Taizé aujourd’hui, saluer cette œuvre d’évangélisation, et étudier comment nous pourrions en tirer leçon pour nos Eglises. Ce n’est qu’un début.

Gill DAUDE