Cette semaine nous prions pour:

Marie-Claude Pélissier : un oecuménisme joyeux

Marie-Claude Pélissier

Jeune retraitée de l’Enseignement supérieur (université de Toulon) et libérée de la présidence du conseil presbytéral de Sanary-La Seyne (12 ans de service), Marie-Claude Pélissier, l’œcuménisme chevillé au corps, anime avec une amie catholique, le Café théologique de Sanary. Elle a validé entre mars 2004 et juin 2006, un Certificat d’études œcuméniques à l’Institut supérieur d’études œcuméniques.

Origine œcuménique

De par ses origines Marie-Claude est dotée déjà de quelques gènes œcuméniques : sa mère a vécu en Egypte à Alexandrie et côtoyait aussi bien chrétiens que non chrétiens et musulmans. Sa grand-mère maternelle était russe, d’une famille orthodoxe devenue luthérienne. Son grand-père paternel, mort jeune à la guerre de 14, était catholique et sa grand-mère protestante. « J’aurais donc pu tout aussi bien naître dans une famille orthodoxe ou catholique plutôt que protestante » dit en souriant Marie-Claude. Née en Suisse à Bienne, c’est finalement le côté « apaisé » du protestantisme suisse qui a prévalu dans son éducation. « Je suis donc, reconnaît Marie-Claude, largement étrangère au protestantisme cévenol plus crispé sur son histoire, à juste titre sans doute ». Elle n’en suivra pas moins pour autant le parcours classique du parfait petit protestant dans une paroisse réformée parisienne (Passy Annonciation), où elle fera sa confirmation et bien sûr sera cheftaine de louveteaux.

Insouciance œcuménique
A 21 ans, en 1967, alors qu’elle est élève en section Mathématiques à l’Ecole normale supérieure de jeunes filles, Marie-Claude épouse François Pélissier, qu’elle a rencontré en classes préparatoires, et dont la famille catholique réside à Sanary. Ce mariage « mixte » s’est plutôt bien passé, même si le climat œcuménique que le Concile Vatican 2 avait généré, n’inspirait pas encore partout les pratiques des Eglises tant catholiques que protestantes. La dispense de forme canonique du mariage, nécessaire au conjoint catholique, ayant été obtenue, les jeunes époux ont reçu leur bénédiction de mariage au temple de Rambouillet, en présence d’un prêtre catholique, sans signer d’engagement d’élever leurs enfants dans la foi catholique, mais dans la foi chrétienne.

Pour Marie-Claude et François Pélissier la mixité confessionnelle de leur couple n’a jamais fait problème. Ils l’ont vécu de manière très naturelle, « presque de façon inconsciente et insouciante, confesse Marie-Claude, loin des grandes querelles théologiques entre les Eglises qui ne semblaient pas changer grand-chose à notre vie de foi ». Celle-ci va se vivre ensuite dans des groupes œcuméniques de recherche biblique, et dans l’éducation chrétienne de leurs cinq enfants, lesquels suivront une catéchèse catholique ou protestante selon leur âge et les copains qu’ils fréquentent. Ils suivront ensuite aussi bien le scoutisme protestant que l’aumônerie catholique de leur lycée privé. La famille vit donc conjointement dans les deux Eglises, sans avoir le sentiment de devoir traverser des barrières infranchissables.

Monologues œcuméniques
« Ce n’est que plus tardivement et progressivement que j’ai pris conscience des difficultés de relations entre Eglises, ou à l’intérieur même des Eglises » confie Marie-Claude. D’où, pour elle, l’envie de mieux comprendre un certain nombre de problématiques. La formation de l’Institut supérieur d’études œcuméniques (ISEO) « fut d’abord pour moi un bol d’air fantastique »déclare Marie-Claude, « des passionnés d’œcuménisme, ça existe encore ». Certes au début c’est un peu déprimant ! Car, dit-elle, « en étudiant les différentes Eglises, on réalise mieux les forteresses que chacune a bâties, et qui semblent loin du message qu’elles sont supposées servir ». Et ce fut pour elle un choc de réaliser qu’à vues humaines, rien ne bougera en profondeur, car déplacer une seule petite pierre met en péril le mur entier, ce qui effraie tout le monde. « Par ailleurs, poursuit-elle, moi qui croyais savoir "parler catholicisme" à mon aise, je me suis aperçue que cette langue m’était encore bien étrangère ». Et, deuxième choc, elle comprend que dans le dialogue œcuménique, chacun monologue en fait dans un langage spécifique qui n’atteint pas l’autre véritablement. « L’ISEO m’a donc un peu appris les langues étrangères ! » affirme-t-elle sans complexe.

Témoignage œcuménique
« Le grand problème actuel de l’œcuménisme, poursuit Marie-Claude, c’est que l’on n’a pas réussi à renouveler la génération des déçus de Vatican 2, ceux qui pensaient que l’on allait rapidement évoluer au plan institutionnel ». Et de constater que lors des semaines de prière pour l’unité, il ne reste qu’un petit noyau très âgé, accroché à faire vivre la flamme de Vatican 2, mais qui intéresse peu les plus jeunes dont l’univers et les problématiques ont profondément changé. Pour Marie-Claude, la question centrale pour l’œcuménisme est sans doute davantage celle de l’évangélisation. « Sur ce terrain le travail pourrait être œcuménique à 75 % ».
Notant qu’il est plus difficile d’annoncer par affichage un café théologique chrétien qu’une conférence sur le bouddhisme, Marie-Claude Pélissier estime que catholiques comme protestants sont devant le même défi : avec un christianisme refoulé dans la sphère privée, comment se situer comme chrétiens dans la société actuelle ? Témoigner dans la société, simplement comme chrétien, est déjà assez difficile, pourquoi le faire en tant que catholique ou protestant ! Malheureusement selon Marie-Claude, les « cellules d’évangélisation » des paroisses catholiques fonctionnent en circuit fermé. Quant aux protestants réformés, ils se méfient d’une religion des signes et de l’émotionnel qui touchent aujourd’hui les gens.
Et de conclure : « Je trouve l’œcuménisme plutôt triste en ce moment ! A l’ISEO, heureusement, j’ai retrouvé un œcuménisme joyeux ! »

Christian Davaine
N° de juin 2007 de la Presse réformée du Sud.

REPERES

L’ISEO, Institut supérieur d’études œcuméniques, est une œuvre commune du Conseil des Eglises chrétiennes de France. Au service de l’unité des chrétiens, il favorise la connaissance des confessions chrétiennes, du mouvement œcuménique, son histoire et ses enjeux. Les enseignements sont assurés par des professeurs des Instituts de théologie catholique, orthodoxe et protestant. Il dispense une formation en deux ans (deux jours par mois) et permet de valider un certificat d’études œcuméniques.
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