Combattants pour la paix

En ce premier dimanche de l'Avent où les textes et la liturgie nous invitent à prier pour la  paix et la justice dans le monde, je pense à ces hommes rencontrés à Jérusalem qui oeuvrent pour la paix et la justice avec leurs forces et leurs faiblesses, avec leurs convictions et leurs doutes. Ils ont créé une association "Combattants pour la Paix". D'un côté des soldats israéliens, de l'autre des combattants palestiniens pour la libération. Ils ont chacun du sang plein les mains. Bassam Aramin a passé 7 ans de prison où il a eu quelques contacts avec des Juifs, mais ce n'est qu'en 2003 qu'il a rencontré un pilote israëline, Yonatan Shapira, qui a refusé de prendre part à des attaques aériennes pendant la seconde intifada.

Ensemble, ils ont organisé les premières rencontres entre palestiniens et israëliens. Pas facile de se retrouver face à son ennemi. Et si c'était un piège ? Mais lentement, au fil des rencontres, chacun a raconté son histoire. La haine de l'autre, l'envie de lui fracasser la tête, et ce que chacun a mis en oeuvre pour tuer, l'autre, qu'il soit civil, une femme, un enfant.

Deux ans plus tard, ils ont créé "Les combattants pour la paix" et ont fait connaître leur charte. En tête, une déclaration de Nelson Mandela. "Si tu désires faire la paix avec ton ennemi, travaille avec ton ennemi. Alors il deviendra ton partenaire !"

Trois points :
1. Nous ne croyons plus qu'il est possible de résoudre le conflit par la violence.
Nous désirons la création d'un Etat palestinien à la frontière de l'Etat d'Israël.
2. Le cycle de violence israélo-palestinien ne se terminera que si, ensemble, nous travaillons pour mettre fin à l'occupation et pour arrêter toute forme de violence.
3. Notre action sera non-violente et entraînera nos deux peuples à la non violence.

Le mouvement a pris une certaine ampleur. Des anciens prisonniers, des soldats, des combattants et des femmes ont rejoint le mouvement qui a un certain écho sur le plan international.

En janvier 2007, un drame terrible touche Bassam Aramin et sa famille. Des soldats ont tiré sur sa fille Abir, de 10 ans, alors qu'elle sortait de l'école avec ses amies. La police a fait une enquête et a refermé le dossier. La famille a fait appel. Les frères et soeurs d'Abir n'ont pas compris que leur père refuse de se venger. Bassam Aramin veut poursuivre la lutte pour la paix, pour lui, pour ses enfants, pour son pays. Et le mot n'est pas trop fort !

Un ancien militaire, aujourd'hui auteur de pièces de théâtre, a écrit une pièce de théâtre sur ce drame. Elle a été jouée en 2008 lors du festival de théâtre de Jaffa. Je ne sais pas si elle a été tranduite en anglais ou en français. Le père était joué par un acteur israélien.

J'ai rencontré Bassam Aramin. Un homme au visage marqué, des yeux pétillants d'intelligence et tristes. Il parle doucement, mais chaque mot qu'il dit est réfléchi, posé, juste. Mais ce n'est que très pudiquement qu'il parle de sa vie et du deuil encore si vif. Il est profondément non-violent, mais pour arriver à cette conviction enracinée en lui, que de doutes, que de luttes intérieures, que de force.

Les "Combattants pour la Paix" ont reçu le prix "Euro-med" en septembre 2009, je rêve qu'on leur donne le prix Nobel !

Martine Millet
EAPPI 2009