La Cène

Le mot Cène signifie repas (les protestants emploient plutôt le terme cène, ou sainte cène, mais on parle aussi d'eucharistie, de communion, de repas du Seigneur). C'est le nom donné au repas communautaire institué par Jésus-Christ, le soir précédant sa mort : "faites ceci en mémoire de moi". Partage du pain et du vin, ce repas est célébré par la communauté pendant le culte. La Sainte Cène n'est pas un sacrifice offert à Dieu, mais un repas auquel le Seigneur lui-même convie les chrétiens et s'offre à eux. Tout chrétien est invité à la Sainte Cène, quelle que soit son appartenance ecclésiale.

D'après "Célébrons le Seigneur : livret de l'Aumônerie Protestante".

Pour approfondir :

La Cène, Controverse entre catholiques, luthériens, réformés... Cours d'André Gounelle, avril 2006, Publié sur le site Réflexions protestantes libérales

La Sainte Cène pour les protestants

texte a été rédigé par A. Reymond et édité par la Commission de formation biblique et théologique de l'Eglise de la Confession dAugsbourg et de l'Eglise Réformée d'Alsace et de Lorraine.

La première Sainte Cène

Peu avant son arrestation et à la veille de sa mort, Jésus partage un dernier repas avec ses disciples. C'est l'époque de la plus grande fête juive, la Pâque, qui célèbre la libération du peuple d'Israël de son esclavage en Egypte et son départ pour la Terre promise. C'est au cours de ce repas que Jésus institue la Sainte Cène (du latin coena, repas).

Rapportant ce qu'il avait "reçu du Seigneur", l'apôtre Paul écrit :

"La nuit où il fut livré, le Seigneur prit du pain, rendit grâce, rompit le pain et dit: Ceci est mon corps offert pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. Le repas terminé, il fit de même avec la coupe, disant: Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. Toutes les fois que vous en boirez, faites ceci en mémoire de moi. Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'Il vienne" (1 Corinthiens 11, 23-26).

Ces paroles de Jésus nous rappellent le don qu'il nous a fait de sa mort et de sa Résurrection en vue de nous libérer du péché (Vendredi saint) et de nous permettre de vivre une vie renouvelée (Pâques). Elles fortifient en nous l'espérance de sa venue.

Après la Résurrection, les premiers chrétiens vont célébrer ce repas chaque dimanche. Chaque dimanche, jour de la Résurrection du Christ, en obéissance à son ordre, ils rappellent par ce repas l'oeuvre du Christ et renouvellent leurs forces dans cette communion à la vie du Christ.

La célébration de la Sainte Cène

Les récits qui rapportent l'institution de la Sainte Cène forment la base de la célébration. Ce sont: 1 Corinthiens 11, 23-26; Marc 14, 12-25; Matthieu 26, 17-29; Luc 22, 17-20; Jean 13, 1-2. Cette célébration reprend les quatre actions du Christ:

L'offrande. Le pain et le vin, fruits de la terre et du travail humain, sont offerts à Dieu: Ils sont les symboles de tout ce que la communauté veut offrir.

La prière d'action de grâce. Cette prière exprime à Dieu la reconnaissance pour l'amour qu'il a manifesté en Jésus Christ. Elle culmine dans l'acclamation "saint, saint, saint est le Seigneur, le Tout-Puissant, la terre entière est pleine de sa gloire (Esaïe 6,3). Qu'il soit béni celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna" (Marc 11, 9-10).

Le récit de l'institution de la Cène. Après un moment de silence, signe de respect et moment de préparation intérieure, on rappelle, en reprenant les paroles de Jésus prononcées au cours de son dernier repas, son oeuvre de libération pour nous.

La demande du Saint Esprit sur la communauté et sur toute la célébration. La Cène, en effet, n'est pas une oeuvre purement humaine: L'Esprit Créateur accomplit ce que Jésus a dit lors de l'institution de la Cène. Poussée par l'Esprit, la communauté communie. En mangeant le corps et en buvant le sang du Christ, l'Eglise devient à son tour corps du Christ.

Quelle est la signification de ce repas ?

On s'est beaucoup interrogé dans le passé sur le sens des paroles "ceci est mon corps, mon sang". Mais citons ce qu'en disent les Réformateurs: "Il te suffit de savoir que c'est un signe divin parce que la chair et le sang y sont véritablement contenus - comment et où, laisse-lui en le soin" ( Luther, "Sermon sur le très vénéré et saint sacrement du corps et du sang du Christ", Oeuvres complètes, t. 9. Genève, Labor et Fides, 1961, pp. 15 ss.). "II faut donc que nous recevions vraiment en la Cène le corps et le sang de Jésus-Christ puisque le Seigneur nous y représente la communion à l'un (c.à.d. le corps) et à l'autre (c.à.d. le sang). De même que le pain nous est distribué dans la main, de même le corps du Christ nous est communiqué, afin que nous y soyons fait participants" (Calvin, "Petit traité de la Sainte Cène", La vraie piété. Divers traités de Jean Calvin. Genève, Labor et Fides, 1986, pp. 127 ss.).

Le sens de la Sainte Cène est bien expliqué dans ce texte d'accord entre luthériens et réformés: "Dans la Cène, Jésus-Christ, le Ressuscité, s'offre lui-même, en son corps et en son sang donnés pour tous, par la promesse de sa Parole, avec le pain et le vin. Il nous accorde ainsi le pardon des péchés et nous libère pour une vie nouvelle dans la foi. Il renouvelle notre assurance d'être membres de son corps. Il nous fortifie pour le service des hommes. En célébrant la Cène, nous proclamons la mort du Christ par laquelle Dieu a réconcilié le monde avec lui-même. Nous confessons la présence du Seigneur ressuscité parmi nous. Dans la joie de la venue du Seigneur auprès de nous, nous attendons sa venue dans la gloire" (Concorde de Leuenberg, 1973).

Dans la Cène, le Christ se donne aux croyants. Dès lors la célébration de la Cène rend présents et nous fait revivre les événements du Vendredi saint et de Pâques. Et de même que la Croix rend possible la vie nouvelle du ressuscité, ainsi la communion fait passer notre vie de la mort du péché à la vie du salut. La Sainte Cène renouvelle notre propre existence. En cela, la Sainte Cène n'est pas un "repas du souvenir": Elle nous fait participer à la vie nouvelle du Christ.

Sainte Cène et prédication de la Parole de Dieu sont deux moments d'une seule et même proclamation de l'oeuvre du Christ pour nous. Prédication et communion devraient être associées chaque dimanche, comme le voulaient les Réformateurs.

La Sainte Cène est présidée par le pasteur agissant au nom du Christ, ou par toute autre personne mandatée par l'Eglise à cet effet. Par la parole et les gestes de son serviteur, Jésus invite tous les baptisés (et donc aussi les enfants ayant reçu une instruction sur le sens de la Cène) à sa communion. En apportant la communion aux malades, l'Eglise affirme sa solidarité avec ceux qui souffrent.

Parce que la Sainte Cène montre tout l'amour de Dieu pour les hommes, elle est avant tout un moment de joie. Joie d'être ainsi pardonnés et accueillis, d'être réunis par le Christ à sa table. Et cette joie est source de remerciements, d'actions de grâce (d'où le terme d'eucharistie).

La Sainte Cène et nous

Parce qu'elle nous parle de Dieu, il y a dans la Cène infiniment plus que ce que nous y voyons, infiniment plus que ce que nous pouvons comprendre. La participation régulière à la communion nous fait pénétrer plus avant dans l'amour de Dieu à notre égard. C'est ce qu'écrit le Réformateur Martin Luther: "Ainsi, nous sommes transformés les uns et les autres et amalgamés par l'amour, sans lequel aucune transformation ne peut se produire".

Du coup, le croyant ressent toujours plus vivement à quel point sa vocation est d'être un témoin vivant et résolu de l'amour du Christ pour chaque être humain. Pardonné et accueilli à la table sainte le chrétien non seulement demandera pardon pour lui-même, mais il pardonnera à son tour aux autres. Ne sommes-nous pas en effet tous membres d'un même corps, partageant le même pain et buvant la même coupe ?

Mais il y a plus. En choisissant la forme d'un repas, fait de pain et de vin, Jésus nous rejoint dans notre vie quotidienne. Le repas est un acte indispensable à notre survie physique. Dans la Bible il est toujours le lieu d'une rencontre, et même d'une communion. Le pain symbolise la nourriture essentielle de l'homme. Le vin est symbole de la joie de la fête. A ces éléments très quotidiens le Christ ajoute une dimension supplémentaire: par eux il se donne lui-même en nourriture spirituelle, aussi indispensable à l'être humain que la nourriture physique. A nous d'entrer dans la joie du repas offert, dont le Christ est le maître. Mais les chrétiens des différentes confessions ressentiront avec douleur l'impossibilité de ne pouvoir répondre ensemble à l'invitation du Christ.

Ce don total du Christ est pour nous une invitation pressante à nous donner à notre tour. A donner la totalité de notre être et de nos biens à Dieu et au service de nos frères et soeurs. La communion est ainsi source de solidarité avec tous les êtres humains.

En nous renvoyant à notre vie quotidienne, la participation à la Cène nous oblige à la persévérance dans la foi et dans l'amour. Une fréquentation régulière de la célébration de la Parole et de la Sainte Cène intensifie, approfondit, stimule notre communion avec Dieu et avec nos prochains. Elle nous fait entrevoir l'infini de l'amour et de l'espérance de Dieu pour sa création. Dieu n'a-t-il pas été jusqu'à se donner pour que, à notre tour, nous vivions? La Sainte Cène ne constitue pas un appendice à la vie du chrétien. En la donnant à son Eglise Jésus-Christ veut que nous allions aux limites de l'amour, comme lui-même y est allé.