Les sacrements

Ce terme n'est pas directement biblique puisqu'il traduit le terme grec mystèrion (c'est-à-dire "mystère") qui désignait depuis le VIIe siècle avant J.C. les cultes secrets qui étaient pratiqués en Orient ancien et en Grèce par des groupes restreints d'initiés (culte de Mithra, par exemple).
Cette origine clairement païenne n'a pas empêché ce mot de devenir une notion clé de la vie en Eglise. Les enjeux qu'elle comporte ont d'ailleurs fortement agité les esprits et alimenté les disputes théologiques, principalement à l'époque de la Réforme.

Le protestantisme s'est ainsi vigoureusement refusé de reconnaître la qualité de sacrement à tous les sept actes cultuels défendus comme tels par la tradition catholique et orthodoxe (baptême, confirmation, eucharistie, mariage, confession, extrême onction et ordination). Elle n'en a retenu que deux : le baptême et la Cène car ce sont les seuls à avoir été directement institués par le Christ (Matt 3,13-17 ; Mc 1,9-11 pour le baptême, et Matt 26, 17-35 ; Mc 14,12-31 ; Lc 22,7-23 pour l'eucharistie). L'enracinement biblique apparaît donc à nouveau comme une exigence typiquement protestante. En plus de cette référence à l'Ecriture, le protestantisme ne considère ces actes comme sacrements que s'ils sont liés à une promesse de grâce et à un élément tangible qui devient la manifestation visible du don divin (tel l'eau pour le baptême et les espèces pour la Cène).
Par ailleurs, les Eglises réformées et luthériennes considèrent qu'un sacrement n'est efficace (c'est-à-dire qu'il devient don de grâce) que s'il est reçu dans la foi par son bénéficiaire et la communauté ecclésiale. En affirmant cela, elles s'opposent à une compréhension "magique", ayant longtemps prévalu dans le christianisme, qui estime que le seul fait d'administrer le sacrement garantit son efficacité. La perception protestante peut être renvoyée à cette affirmation de Martin Luther " Ce n'est pas le sacrement, mais la foi du sacrement qui justifie"(WA 57, 169, 23).

Gérard SIEGWALT, Dogmatique pour la catholicité évangélique. Système mystagogique de la foi chrétienne. Tome II. Cerf et Labor et Fidès. Paris/Genève. 1992

Astrid VOGLER
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A noter : l'administration des sacrements n'est pas constitutive du ministère pastoral, à la différence de la prêtrise catholique ou orthodoxe.