Théologie de la mort de Dieu

Les théologies dites de la " Mort de Dieu ", ont trouvé leur expression la plus originale dans les années 1960 aux Etats-Unis. Sans toujours s’en réclamer explicitement, elles sont souvent la transcription au plan théologique de problématiques déjà exprimées en philosophie, ou en littérature.
Feuerbach, Nietzsche, Marx et Sartre pour la philosophie, Heine, Dostoïevsky, Camus et Bernanos pour la littérature. Malgré des analyses profondément différentes, ces œuvres se caractérisent par leur critique de Dieu, de la religion, ou parfois plus particulièrement du christianisme. En règle générale, l’expression " Dieu est mort ", n’affecte pas la divinité - on se demande bien d’ailleurs comment l’homme pourrait être informé d’un tel événement - elle exprime que notre culture s’est maintenant émancipée des croyances traditionnelles. Cette émancipation s’explique par de multiples phénomènes: les progrès de la connaissance scientifique, la philosophie de l’Histoire, une nouvelle compréhension existentielle de l’individu etc...

Sur le plan théologique, c’est Gabriel Vahanian qui lança le mouvement par son livre: " La Mort de Dieu ", publié en 1957 aux Etats-Unis. L’auteur se livre à une critique radicale de la religiosité américaine qui n’est que l’aboutissement d’un des travers du protestantisme. Dans ce cadre, le christianisme et ses valeurs se sont totalement confondus avec les valeurs du siècle. Alors que Dieu est toujours pour la Bible, le Tout Autre, il est devenu une sorte de gadget culturel qu’on utilise au même titre que d’autres concepts, " l’american dream " par exemple. Ce que stigmatise Vahanian, c’est le paradoxe dans lequel se trouve aujourd’hui le christianisme. On peut dire que sa réussite culturelle est responsable de la " Mort de Dieu ", du Dieu de la Bible, qui s’il est toujours un Dieu pour le monde, ne se confond jamais avec le monde. A la suite du mouvement initié par Vahanian, William Hamilton a voulu radicaliser plus encore la théologie de la Mort de Dieu. Il critique le discours traditionnel de la foi, et montre que face aux souffrances humaines et aux catastrophes de l’Histoire, la doctrine classique reste inadaptée. Pour finir, Dieu s’éloigne de plus en plus de l’homme, il s’efface, disparaît, et meurt.

Dans une seconde étape, Hamilton glissera vers l’athéisme.
L’homme n’a plus besoin de Dieu, il est devenu un être majeur. Reste un attachement au Christ qui devient le maître spirituel par excellence, il incarne l’amour et la liberté à la perfection. Hamilton parle alors de christianisme athée qui doit être une véritable délivrance, et l’origine d’une nouvelle vie chrétienne. La " Mort de Dieu " est ici comprise comme une libération de Dieu. D’autres auteurs comme Van Buren, Cox, Altizer reprendront ce thème. Ces différentes critiques ne font que poser le problème de la signification du message chrétien dans le monde moderne. Certains auteurs ont emprunté des chemins qui les ont menés dans l’impasse. D’autres comme Vahanian ont développé toute une théologie sur cette base, incorporant à leur réflexion des phénomènes comme la sécularisation, la technique etc...

Philippe Aubert
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