Le protestantisme

Au départ du christianisme, quelques femmes et une poignée d'hommes, modestes juifs de Galilée autour d'un itinérant, Jésus de Nazareth. Ils annoncent la révolution de la paix, de la solidarité, de la libération intérieure.

Ce groupe initial, après la mort de son chef, va se séparer rapidement de la synagogue. Persécuté pendant plusieurs décennies par le pouvoir impérial, il se développe néanmoins et met par écrit des textes regroupés sous le titre de "Nouveau Testament".

Ces communautés prennent peu à peu le nom d'églises, "celles qui sont appelées". Au IVe siècle, l'ensemble - l'Eglise chrétienne ou Christianisme - devient religion reconnue et favorisée de l'Empire romain.

Des frontières religieuses majeures seront tracées au XIe siècle entre Orient (orthodoxes) et Occident (catholiques), puis au XVIe siècle entre catholiques et protestants.

Le protestantisme, quant à lui, sera persécuté et interdit en France de 1685 à la Révolution de 1789. Il demeure aujourd'hui encore une composante religieuse très minoritaire de l'Hexagone. Par contre, il est largement représenté en Europe du nord.

Le protestantisme présente cinq caractéristiques.

La personne de Jésus

Les protestants, comme les autres chrétiens, voient en Jésus celui qui a été choisi ("le Christ"), la "voie". Il l'est par son enseignement ("l'évangile"), par son oeuvre (il guérit et délivre toute la création), par sa mort et sa résurrection (qui font naître à une vie nouvelle, thème de la nouvelle naissance). "Jésus est la voie" signifie: il apporte la lumière qui nous éclaire et nous ouvre à une vie authentique d'amour.

Il faut souligner que cette voie n'est pas d'abord une recherche humaine pour atteindre Dieu, pour parvenir à la vérité et à la réalité ultimes, mais elle est la voie que Dieu (par quoi nous entendons la vérité et la réalité ultimes) a prise pour aller vers les êtres humains, et pour entrer en relation avec eux. C'est dans la personne humaine de Jésus-Christ que Dieu se révèle pleinement, et par l'Esprit Saint qu'il communique avec les êtres humains. L'Esprit Saint nous permet d'accueillir l'amour de Dieu et de nous ouvrir à l'amour universel.

La foi

Il y a des religions qui mettent l'accent sur l'obéissance, d'autres sur la sagesse et la connaissance, d'autres encore sur la méditation ou la contemplation, d'autres enfin sur les célébrations. Le protestantisme veut mettre l'accent sur la foi, c'est-à-dire sur une rencontre personnelle avec l'ultime. L'ultime se manifeste sous les traits d'une personne, mais les textes bibliques ne disent rien sur l'être de cette personne, rencontrée uniquement en tant que personne indicible. Le vocabulaire pour dire cette présence sera toujours et en même temps inadéquat. Ainsi le protestantisme désigne-t-il le plus souvent Dieu comme le "tout autre" ou le "radicalement autre" et préfère s'en tenir à cette évocation de présence.

La foi est une relation vivante, par le Christ, Jésus, avec Dieu, reconnu comme Père. Dans cette relation qui s'exprime notamment dans la prière, le fidèle reçoit. Il n'a pas d'abord à faire ou à apporter quelque chose, mais à "accepter d'être accepté". Ce n'est donc pas la loi de la rétribution qui commande et structure la foi, mais le don et la gratuité (ce que nous exprimons en parlant de "justification par grâce"). L'Esprit de Dieu en nous en porte témoignage.

Les écrits bibliques

Le protestantisme considère que les textes de la tradition chrétienne, ceux des grands conciles, ceux des autorités ecclésiastiques, ceux des théologiens et des spirituels peuvent être utiles et apporter de l’aide, mais que seuls les écrits bibliques donnent des principes, donnent sens et font autorité. C’est la méditation de ces textes qui nourrit la foi des fidèles. 

Le monde créé

Pour les protestants, le monde où nous vivons est créé par Dieu et a donc une valeur positive. Même si le bien et la mal s'y mélangent, même si toute vie, à côté des joies qu'elle connaît, éprouve des souffrances, il n'en demeure pas moins que le monde n'est pas négatif, que le temps nous est donné pour l'habiter avec espérance, et que l'existence vaut la peine d'être vécue. Le rôle du Christ consiste à nous délivrer du mal qui pèse sur nous, à nous ouvrir à la joie de vivre, et à nous mobiliser pour améliorer le monde. Aussi répondons-nous à notre vocation spirituelle et religieuse en nous engageant dans les affaires du monde.

La personne humaine

Les protestants donnent une grande importance à la personne. Elle n'est pas une apparence transitoire, mais a une valeur éternelle. L'ultime prend la forme d'une personne pour se manifester aux humains. C'est pourquoi la vie authentique n'abolit pas la personnalité. Aussi parlons-nous de l'amour, lien de communion qui s'établit entre deux personnes différentes sans faire disparaître leur distinction, et de l'espérance de vie à jamais. Les droits de la personne humaine prennent ainsi une grande importance.

Le protestantisme en France et dans le monde

A l'origine, la Réforme se voulait non la création d'une nouvelle Eglise, mais la simple réforme de l'Eglise d'Occident. La rupture entre Rome et les réformateurs (Luther, Zwingli...) a ainsi situé le protestantisme comme un ensemble d'églises en face de l'Eglise catholique. Au fil du temps, des mouvements spirituels ("réveils") et les tensions qu'ils connurent avec l'institution suscitèrent de nouvelles Eglises.

Pluriel dès ses origines lors de la Réforme du XVIe siècle, le protestantisme, uni autour de quelques grandes convictions, s'est développé en plusieurs confessions (ou dénominations) qui sont autant de traditions particulières issues de situations historiques ou de la personnalité d'un fondateur (Calvin, Wesley, etc.). Certaines datent de la Réforme elle-même : c'est le cas des Eglises luthériennes, réformées ou mennonites. D'autres sont nées plus tard, au XVIIe siècle, comme les baptistes, au XVIIIe comme les méthodistes et jusqu'au XXe comme les pentecôtistes. De nombreuses autres confessions protestantes existent et continuent de se créer.

Ces traditions se différencient entre elles sur quelques points théologiques et sur les formes de l'Eglise et du culte. Elles se reconnaissent néanmoins mutuellement en communion fraternelle et se retrouvent pour une grande part d'entre elles au Conseil Oecuménique des Eglises qui rassemble aussi les Eglises orthodoxes et, dans notre pays, dans la Fédération Protestante de France. Il n'y a pas, dans le protestantisme, d'identité simple entre l'Eglise de Jésus-Christ (ou Eglise Universelle) et une quelconque institution ecclésiale. D'autre part, les relations entre protestants et catholiques sont devenues beaucoup plus étroites et, si des différences subsistent, le dialogue remplace les anathèmes. C'est d'ailleurs pourquoi protestants, catholiques et orthodoxes se retrouvent dans le Conseil d'Eglises Chrétiennes en France.

Nombreux dès le XVIe dans les pays anglo-saxons, germaniques ou nordiques, les protestants existent aujourd'hui dans le monde entier (Afrique, Asie...). On évalue à environ un million le nombre de protestants dans notre pays.