Faire justice autrement

L'aumônerie protestante des prisons lance une réflexion sur la justice restaurative, un concept déjà répandu dans les pays anglo-saxons.

Un fait divers dramatique et oh ! combien révoltant donne lieu à des accusations tous azimuts à la recherche d’un fautif : magistrats, policiers, directeur d’établissements pénitentiaires, personnel des services  d’insertion et de probation, tous sont déclarés coupables et jetés en pâture à la vindicte populaire qui aurait donc besoin pour se rassurer de dire « c’est la faute à.. » L’inflation de législation pénale à laquelle nous assistons depuis ces dernières années n’a pas permis d’éviter ce drame et les autres précédents. L’augmentation des mesures répressives contre les récidivistes non plus. Plutôt que d’offrir à l’opinion un discours expiatoire et vengeur ne faudrait-il pas réfléchir au sens que l’on donne à notre justice pénale ? Qu’est-ce qu’une peine de prison ? A quoi sert-elle ? Depuis le livre du célèbre criminaliste du XVIIIe siècle, Cesare Beccaria, on admet que la peine de prison est une punition qui substitue une violence légitime à une violence illégitime. Or cette symbolisation de la peine n’est aujourd’hui plus du tout perçue par la majorité des détenus de nos prisons. La peine prononcée par les tribunaux est abstraite et la plupart du temps incomprise. D’une part parce que toute notre justice se joue au moment du procès, qui est l’affaire des magistrats et des avocats pas des victimes et des infracteurs, et d’autre part parce que le procès s’intéresse avant tout au passé. Le seul moment où l’on évoque l’avenir c’est dans le prononcé de la peine qui laisse le plus souvent la victime dans sa souffrance et l’infracteur avec ce temps suspendu et sans contenu. Il est temps que l’on considère qu’un acte criminel ou délictueux n’est pas l’unique transgression d’une loi mais qu’ils sont d’abord des relations rompues entre les infracteurs, les victimes et la société et que notre justice doit aussi s’intéresser à la reconstruction de cette relation. Depuis bientôt trente ans beaucoup de pays anglo-saxons ont adopté le principe d’une justice restaurative en plus de la justice retributive classique. La justice restaurative, en organisant des groupes de rencontres victimes-infracteurs-société, cherche à restaurer les liens rompus par le crime. Née dans les milieux mennonites américains, cette justice porte des fruits remarquables là où elle est appliquée parce qu’elle contribue à remettre les victimes debout, à responsabiliser les infracteurs et à restaurer l’harmonie sociale. La France y est longtemps restée sourde mais commence timidement à s’y intéresser. Cette justice a quelque chose d’évangélique mais pas d’utopique.

Pasteur Brice Deymié
Aumônier national des prisons

 

 

Pour une justice tournée vers l’avenir

Naissance d’un groupe de réflexion sur « la justice restaurative » dans le cadre du service Justice et Aumônerie des prisons de la Fédération protestante de France.

La justice restaurative (restorative justice) existe dans plusieurs pays du monde depuis une trentaine d’années et elle connaît généralement un remarquable succès. Elle se veut, en plus des différents systèmes pénaux, une façon d’aborder les crimes, Sans nier que le crime ou le délit constituent une violation de la loi, elle se veut une façon de les aborder principalement comme des torts faits à des personnes et à des relations En permettant la rencontre entre les différentes parties touchées par l’infraction (victimes, délinquants, membres de la collectivité) elle encourage la communication et la responsabilisation de toutes les parties en vue d’une réparation et de la restauration de l’harmonie sociale. La justice restaurative refuse de réduire l’infracteur à l’acte commis, la victime aux blessures subies et la communauté aux fractures du lien social. Alors que le temps du procès est un temps tourné vers le passé, la justice restaurative se veut résolument tournée vers l’avenir, afin de permettre à tous ceux touchés par le crime de ré-envisager un futur possible.

Les aumôniers de prison au contact quotidien avec les détenus constatent de plus en plus que la peine est devenue une notion abstraite pour ceux qui la subissent. La peine n’est plus reliée ni à la loi, ni à la société et parfois même ni à la victime. La prison ne peut pas avoir comme unique objectif d’écarter pour une période plus ou moins longue des individus. La gestion du temps de la détention ne peut pas être l’ultime finalité de notre système pénal. Le temps du procès ne peut pas être l’unique moment où les différentes parties se trouvent en présence. 

Le groupe se propose :

  • de faire connaître les principes de la justice restaurative au sein de nos Églises, au sein des institutions œuvres et mouvements du protestantisme, aux associations qui travaillent dans les prisons
  • d’encourager les aumôniers de prison à se former aux réalités de la justice restaurative
  • de susciter davantage de communication et de liens entre différentes parties en conflit, dans le domaine pénal ou même civil
  • de réfléchir aux implications théologiques et pratiques dans le domaine de la guérison, la réconciliation, le pardon et la paix
  • de mettre à disposition de ceux que le sujet intéresse, une documentation complète et à jour
  • d’encourager les pouvoirs publics (et le ministère de la Justice en particulier) à se saisir de ce dossier pour en faire un axe de réflexion à la justice pénale. 


Brice Deymié, pasteur, aumônier national protestant,
Christophe Hahling, pasteur de la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France à Orléans,
Frédéric Rognon, professeur de philosophie,
président de la Commission nationale Justice et Aumônerie des prisons 
de la Fédération protestante de France
Arnaud Stoltz, pasteur, aumônier régional protestant, région de Strasbourg

Février 2011

Contact : Pasteur Brice Deymié
fpf-justice@federationprotestante.org
Tél. : 01 44 53 47 09