2. Sur la crise financière

Extrait du document « Vérité - Solidarité - Exemplarité » rassemblant des éléments de réflexion sur les grandes orientations politiques et sociétales en France. Il a été publié en mars 2012 dans le contexte des élections présidentielles et législatives.(Document complet)

La crise que nous traversons est notamment une crise de la place de l’argent dans nos sociétés.

Perte de sens

L'argent en devenant la finalité de toute initiative humaine, le centre de gravité de tous les fonctionnements économiques et sociaux, a perdu sa vocation initiale qui était de favoriser les échanges entre les hommes : échanges de ce que par leur travail ils ont produit, ou échange des services qu’ils peuvent se rendre dans une relation de réciprocité confiante. Délaissant sa fonction économique certains acteurs du secteur financier se sont adonnés à une spéculation sans scrupule et ne remplissent donc plus leur rôle d’intermédiaire qui est d’accorder des prêts à l’économie réelle, favorisant ainsi l’emploi. Ce monde dominé par un signe érigé en valeur suprême est très précisément entraîné dans l’idolâtrie, puisqu’il s’agit de donner sa confiance et sa vie, à une image sans réalité. La domination du monétaire substitue la virtualité des signes inconsistants à la réalité du monde, à la réalité de la vie.

Perte de l’espérance

L'usage du crédit a du sens comme une forme de solidarité fondée sur la confiance entre ceux qui ont des projets à réaliser et ceux qui disposent d’argent sans en avoir l’utilité immédiate. Mais l’encouragement à vivre à crédit est trop souvent présenté comme le moyen de transformer immédiatement le rêve en réalité. Il ne concerne plus seulement l’entreprise mais aussi la consommation quotidienne et conduit souvent au surendettement. Comme un toxicomane dans les comportements d’addiction se détourne du réel en s’adonnant à un produit stupéfiant, on peut s’adonner au crédit par désespérance. L’endettement peut conduire à des décompensations brutales qui font le cortège funèbre des espérances dénaturées. Ainsi, l’argent dévoyé produit-il une crise de l’espérance véritable qui ne trouve de débouché que dans le jeu (encouragé) ou la violence (condamnée).

Perte de la fraternité

Dans un monde où l’argent règne comme référent sans partage, son manque marginalise, rend esclave ; sa possession pousse à la domination et son accumulation à la tyrannie. La séparation entre individus, entre groupes, entre nations, est ainsi confortée. L’argent en envahissant tous les domaines repousse toujours plus loin les espaces où la gratuité et le don pouvaient encore se manifester. C’est pourquoi :

Il est indispensable de redonner son sens instrumental à l’argent dans toutes les relations sociales et économiques en contestant son usage comme moyen exclusif de régulation et de valorisation de l’activité humaine. Ainsi pourront être préservés des lieux et des temps de gratuité, véritables foyers de reconnaissance mutuelle.

Il est indispensable que la création monétaire demeure un outil de solidarité économique mis au service du développement collectif, et en aucun cas, la poursuite irresponsable de profits bâtis sur la crédulité ou la fragilité instrumentalisée des consommateurs, des citoyens électeurs, des contribuables, par des acteurs financiers, politiques, sans scrupules. Il est indispensable que l’accumulation des biens et la thésaurisation de capitaux financiers soient très sérieusement encadrées et qu’une fiscalité plus juste réduise les écarts extravagants qui contrairement à ce qu’on dit souvent, ne servent plus à « tirer tout le monde vers le haut ». La vision prométhéenne d’un marché unifié universel sans entraves, finalement dominé par un petit nombre de spéculateurs, doit être contestée.

Ainsi le signe monétaire retrouvant du sens en redevenant outil soutiendra des échanges véritables, des redistributions équitables, des partages créateurs de richesse humaine. Mettre l’économie au service de l’humain, c’est résister à une financiarisation du monde et réaffirmer la destination partagée des biens de la création que nous avons reçus en héritage, c'est remettre l’honnêteté et la justice au coeur de l’économie.