9. Sur la fin de vie

Extrait du document « Vérité - Solidarité - Exemplarité » rassemblant des éléments de réflexion sur les grandes orientations politiques et sociétales en France. Il a été publié en mars 2012 dans le contexte des élections présidentielles et législatives. (Document complet)

Que penser de la revendication du « droit à mourir » ? Cette question se pose, en particulier dans les services hospitaliers, quand les circonstances semblent rendre la vie insupportable. Est-on en droit, par le truchement d’une loi, de décider des conditions requises pour quitter la vie ?
On ne peut ignorer que ce débat se mène sur un fond de vieillissement de la population française et de crise du système de santé.

Le refus d'une maîtrise de la mort

Ce qui est inquiétant dans l'euthanasie, c'est la prétention à disposer totalement de soi, à être encore le sujet actif de sa vie jusque dans la mort, et de faire de celle-ci un acte, une décision (et non quelque chose que l'on subit ou que l'on reçoit), imposée à un autre, en l’occurrence un médecin contre la finalité même de la médecine.
La notion d'euthanasie recouvre des situations et des demandes très diverses parfois bouleversantes mais on ne voit pas comment trancher aisément ce qui est un débat si difficile. Nous croyons que la loi doit rester un signe symbolique de défense de la vie.
Nous pensons qu'une euthanasie légale est la réplique exacte de l'acharnement thérapeutique, et recoupe la prétention humaine à rester seule maîtresse de son destin. Cependant la demande du mourant, d'être délivré d'un vain combat, doit être écoutée et non jugée. Nous nous accordons en tous cas pour dire que, conformément à la loi sur le droit des malades, doit être respecté celui pour le malade de refuser une obstination thérapeutique jugée par lui déraisonnable, comme doit être respecté sa demande d’arrêt des traitements ce qui ne signifie nullement un arrêt des soins et de l’accompagnement. Son droit est d’être soulagé de toute douleur, même si cela a pour conséquence d’abréger sa vie.

Orientations

Depuis la loi Kouchner de juin 1999, les soins palliatifs sont un droit mais le nombre de médecins formés dans ce domaine reste insuffi sant et l’université reste peu encline à les enseigner. La loi Leonetti de 2005 permet de prendre en compte les droits du malade en fin de vie. Il apparaît qu’elle est méconnue et parfois même dénigrée par les soignants. Nous avons la conviction que les soins palliatifs doivent être développés ; or ce développement, comme l’indique le tout récent rapport Aubry, se heurte au « faible degré de sensibilisation du grand public aux réalités et aux enjeux de la fin de vie […] bien plus que les ressources économiques, c’est bien le manque d’information (notamment sur l’offre disponible) qui induit une inégalité d’accès aux soins palliatifs. Au-delà de la question de l’offre de soins et d’accompagnement, c’est bien le défi de la diffusion d’une “culture palliative” partagée par l’ensemble des professionnels de santé qui doit être relevé. »

¬ Nous encourageons donc la mise en oeuvre de la loi existante (loi Leonetti).

¬ Nous encourageons le développement et le soutien d’un bénévolat formé à l’accompagnement des mourants.

¬ Nous disons notre inquiétude devant une logique comptable des dépenses de santé qui pourrait pousser à une euthanasie pour raisons économiques.
¬ Nous mettons en garde contre l’évacuation de la responsabilité de celui qui choisit de donner la mort. Aucune loi ni instance morale ne doit supprimer la responsabilité pénale et éthique des médecins et de l’entourage.