Un enseignant protestant tué au Cameroun

Eric De Putter © Défap

Le Service protestant de Mission – Défap exprime sur le drame que constitue l’assassinat d’Eric de Putter, envoyé comme professeur à la Faculté de théologie protestante de Yaoundé, au sein de l’Université protestante d’Afrique Centrale.

Déclaration du Défap – service protestant de mission suite à l’assassinat, le 8 juillet 2012, d’Eric de Putter, professeur de théologie envoyé à l’Université protestante d’Afrique Centrale à Yaoundé (Cameroun)

Après le temps du silence et du deuil, il est un temps pour parler…

Le Service protestant de Mission – Défap veut maintenant s’exprimer sur le drame que constitue l’assassinat d’Eric de Putter, envoyé comme professeur à la Faculté de théologie protestante de Yaoundé, au sein de l’Université protestante d’Afrique Centrale.

Nous remercions les centaines de personnes ou d’institutions qui ont créé par leurs messages un réseau de solidarité, de sympathie et d’affection autour de son épouse, de sa famille et du Défap.
Nous y puisons consolation, apaisement et encouragement.

Un mot particulier de reconnaissance doit être exprimé à l’égard des services de l’Ambassade et du Consulat de France à Yaoundé pour leur accompagnement dans l’épreuve et leur suivi attentif de l’action judiciaire en cours. Avec la famille d’Eric, le Défap n’aura de cesse de faire en sorte que toute la lumière soit faite sur ce drame, quelles que soient les implications de l’instruction judiciaire.

Deux procédures sont en cours, au Cameroun et en France. A ce jour, deux personnes ont été incarcérées : un étudiant en doctorat et le doyen de la Faculté de théologie protestante. L’enquête se concentre autour de l’Université protestante d’Afrique Centrale. Mais l’instruction n’en est qu’à ses débuts. Nous devons respecter la présomption d’innocence, sans chercher à nous substituer à l’action de la justice à laquelle nous faisons confiance. Nous regrettons que trop d’informations tendancieuses, d’accusations à la légère, de prises de positions péremptoires, aient parfois envahi les forums ou les échanges sur Internet.

A l’Université Protestante de Yaoundé, Eric de Putter a été comme un phare, un révélateur. Intègre, exigeant, il a mis en lumière, avec d’autres, les disfonctionnements d’une institution où se développaient la corruption, le favoritisme, la fraude aux examens… Il y a opposé une exigence de travail, de niveau de recherche, de rigueur académique conforme à l’idée qu’il se faisait de la promotion des étudiants. Nombre d’entre eux lui témoignaient pour cela de l’affection et de la reconnaissance.

La situation dégradée de l’UPAC n’échappait à personne. A tel point que les institutions partenaires ont alerté en juin dernier les présidents des Eglises membres de l’UPAC et les ont interpelés sur les conditions qu’ils jugeaient nécessaires pour la poursuite de leur partenariat. A ce moment-là, nul n’aurait pu imaginer une escalade aussi dramatique.

Une question nous taraude aujourd’hui encore : aurions-nous pu éviter ce drame ? Depuis quand la dégradation de la vie universitaire à l’UPAC aurait-elle dû être prise en compte par les Eglises membres et par les partenaires de l’UPAC ? Pourquoi n’avons-nous pas su évaluer la gravité de la situation et des tensions existantes ? Comment aurions-nous pu mieux accompagner Eric et son
épouse durant leur séjour à Yaoundé ? En nous interrogeant ainsi, nous ne cherchons pas à refaire l’histoire, ce serait vain. Mais nous voulons apprendre de cette dramatique épreuve à mieux vivre dans la clarté et la vérité les uns avec les autres, chrétiens et Eglises d’Afrique et de France. Nous voulons créer les conditions d’une vraie communauté d’Eglises que nous portons ensemble, dans ses joies et ses peines.

Il y a donc lieu de s’interroger sur la distance prise par les Eglises membres de l’UPAC à l’égard de la gestion de leur institution commune ; sur la lenteur des partenaires occidentaux à faire connaitre leurs attentes ; sur l’incurie des principaux responsables de l’UPAC. C’est ce que le secrétaire général de la Cevaa et le président du Défap sont allés dire aux membres du conseil d’administration de l’UPAC lors d’une réunion de crise convoquée les 23 et 24 août derniers. Ils le devaient pour honorer la mémoire d’Eric de Putter. Ils ont été entendus.

Une réforme en profondeur de l’UPAC a commencé. Le recteur, le doyen, la secrétaire académique ont été révoqués de leurs fonctions ; un recteur ad intérim, une équipe extérieure de contrôle, ont été nommés ; la révision des statuts, l’audit de l’administration, sont prévus. Comme nous l’avons exprimé aux présidents des Eglises membres, ce sont les conditions impératives de la poursuite de notre partenariat.

Car l’UPAC pourrait redevenir un lieu de formation privilégié pour notre Communauté d’Eglises en Mission, la Cevaa. Sa vocation est d’être une Université protestante commune aux Eglises du Cameroun, du Congo, du Bénin, du Togo, du Gabon, de la Côte d’Ivoire…. Ce caractère international, trop longtemps négligé dans le recrutement du corps enseignant, devra lui être rendu pour qu’elle soit véritablement portée par une communauté d’Eglises. Il faudra aussi lui permettre de retrouver sa dimension spirituelle dont Eric a tant souffert qu’elle soit négligée ou même oubliée par les enseignants eux-mêmes. Ces conditions, ajoutées à une gestion académique et administrative renouvelée, nous permettront de poursuivre un partenariat, ce que nous souhaitons ardemment.

La disparition d’Eric de Putter est une terrible perte pour nous tous, pour ses proches, pour nos Eglises, pour la recherche théologique, pour le dialogue des cultures et des religions. Il nous appartient aujourd’hui de faire que d’un mal aussi radical puisse sortir un bien, en reprenant à notre compte l’exigence évangélique qui a porté Eric durant ces deux années au Cameroun.

Paris 15 septembre 2012

 

A lire aussi sur le site du Défap

L’évocation du parcours singulier d’Éric par Jean-François Zorn.
Le message de condoléances de l’Église évangélique du Cameroun.


Cette déclaration a été lue le 15 septembre lors de la cérémonie à la mémoire d’Eric de Putter, qui s’est tenue au temple du Saint-Esprit, à Paris (8e).
Eric de Putter a été assassiné à Yaoundé le 8 juillet 2012 et inhumé dans le cimetière de Landouzy-la-Ville (02) le 24 juillet 2012.
Une cérémonie du souvenir a réuni à Paris tous les amis d’Éric, du Défap et de la mission qui ont été touchés par la brutalité de cette fin tragique. Elle a été l’occasion de témoigner de notre soutien à Marie Alix de Putter, la jeune épouse d’Éric, ainsi qu’aux familles endeuillées.

 

Fichiers: declaration-defap_eric-de-putter.pdf