Visite à Tulkarem, en Cisjordanie

© EAPPI

Samedi et dimanche, j’étais en déplacement à Tulkarem afin de voir comment cela se passe dans d’autres lieux de mission du programme EAPPI [Programme d’Accompagnement Œcuménique du processus de Paix entre Israël et Palestine].

J’ai été accueilli par Roger (un américain vivant en Norvège avec son épouse norvégienne) au terme d’un voyage un peu difficile car c’était le jour férié des musulmans et les bus de ligne ne desservaient que Ramallah.

Mais, grâce à la sympathie des Palestiniens, j’ai de suite trouvé un taxi collectif qui m’a mené à Naplouse, et de là, le chauffeur m’a fait monter dans un autre taxi pour Tulkarem où je suis arrivé trois heures après mon départ de Jérusalem. Il y a environ 60 kilomètres entre les deux villes.

Le samedi nous sommes allés observer un portail agricole qui permet le passage des personnes, des tracteurs et des ânes entre la barrière grillagée et électrifiée et les parcelles de leur propriétés qui sont à l’intérieur de la ligne verte (frontière théorique après le traité d’Oslo mais sous contrôle israélien). Ce n’était pas le jour habituel, et là, j’ai commencé à voir que Jérusalem est plus « civilisée » que les autres régions de Cisjordanie !!

En effet nous étions tranquillement assis sur un rocher à l’ombre d’un olivier, j’avais pris de loin quelques photos, et nous avons eu la visite de deux soldats, armés de MI-16, le chargeur plein de cartouches. Ils nous ont demandé d’abord en hébreu, puis en anglais ce que nous faisions là : Roger leur a expliqué que nous étions du Conseil Œcuménique des Eglises et que nous observions. Le plus âgé a téléphoné à son supérieur et au bout de 3 minutes, nous a dit que la barrière était électrifiée et que nous ne devions pas nous approcher et ils sont partis en nous souhaitant « a nice day » (une bonne journée).

Dix minutes plus tard, les revoilà ! Non pas à deux mais à cinq, armés tous du même fusil d’assaut. L’un d’entre eux étant le gradé, ils nous dit cette fois qu’ils ne fallait pas prendre de photos. S’adressant uniquement à Roger, il lui a demandé s’il avait pris des photos, il a répondu que non. Ils nous ont alors demandé nos papiers et nos appareils photos ainsi que nos téléphones portables. Comme mon appareil photo est tout petit et qu’il était dans la poche de ma veste, je ne leur ai pas donné. Le plus gradé est parti au poste pour vérifier nos identités et aussi que les portables ne peuvent pas prendre de photos. Pendant ce temps-là, les autres sont restés à nous surveiller en nous regardant, non pas méchamment, mais avec beaucoup de circonspection.

Au bout d’un gros quart d’heure, ils sont revenus avec nos passeports et les portables en nous disant de nous tenir à plus de 100 mètres pour ne pas perturber le trafic !!! Précisons qu’en une heure, il était passé trois tracteurs, une carriole tirée par un âne et une quinzaine de Palestiniens…

Ni Roger ni moi n’avons eu peur mais face à ces soldats, harnachés comme pour partir à la guerre, nous n’étions pas très fiers et passablement impressionnés.

La deuxième chose qui m’a frappé – c’est le chauffeur de taxi de Tulkarem qui l’a fait remarquer – c’est que les soldats ne regardent ni ne parlent aux Palestiniens… comme s’ils n’existaient pas, comme s’ils étaient des animaux.

Le dimanche, nous, les accompagnateurs œcuméniques basés à Tulkarem, Yanoun et Jayyous, avions rendez-vous à l’église orthodoxe de Naplouse pour l’office dominical en langue arabe.

Après le lunch dans un restaurant à Naplouse, nous nous sommes séparés, chacun retournant sur son lieu de mission, y compris ceux qui étaient en visite et repartaient pour le sud (Hébron ou Jérusalem).

Luc Oechsner de Coninck - Octobre 2012