Expulsion en territoire occupé

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Nous avons été avertis  après coup qu’une famille palestinienne venait d’être expulsée du logement dont elle était propriétaire. En fait d’expulsion, la maison a été totalement démolie.

Le terrain appartenait à une femme israélienne qui avait donné par écrit à cette famille le droit d’y construire une maison. Cette femme est morte sans héritier et la loi lui interdisait de vendre ou de donner un terrain à un Palestinien. Après plusieurs années de procès, la justice israélienne a ordonné l’expulsion, mais un dimanche matin (ce qui correspond au premier jour de la semaine) un bulldozer est arrivé et la maison a été démolie : le chef de famille palestinien n’a rien pu faire, bien qu’il soit assisté par un avocat.

Cet homme est marié et a 4 enfants, lui n’était pas effondré mais ses enfants et le voisinage l’étaient car ce sont des descendants de fermiers et ils aiment les animaux. Ils ont 2 chevaux et plusieurs chats, le terrain faisant plusieurs milliers de mètres carrés. La chatte n’a d’ailleurs pas quitté les ruines de leur ancienne maison et vient se frotter à nous. Tous les enfants aux alentours venaient jouer dans le jardin, s’occuper des chevaux et les monter de temps en temps : eux aussi ont été terriblement traumatisés par cette démolition.

Maintenant, la famille s’est réfugiée chez les grands-parents qui ont une grande maison pas loin, dans le même quartier. Le père nous invite à boire le café et nous parlons en anglais, car il a séjourné plusieurs années aux Etats-Unis. Il est correspondant en Palestine du Washington Post. Il écrit aussi des articles pour d’autres journaux (The Guardian, Haaretz). Il est de plus arbitre pour certaines courses de chevaux.

Ce qui étonne chez cet homme, ce n’est pas tant sa résignation (Inch Allah), mais  le fait que malgré la catastrophe qu’il vient de subir, sa pensée aille vers les milliers de  personnes plus malheureuses que lui, qui n’ont pas de parents pour les héberger et qui seront obligées d’aller dans un camp de réfugiés : solution qu’il connaît bien car ses parents ont vécu pendant cinq ans dans le camp de réfugiés de SHU’FAT au Nord-Est de Jérusalem quand il était enfant.

Luc Oechsner de Coninck, accompagnateur œcuménique du programme EAPPI

Jérusalem – octobre 2012