Une école palestinienne sous haute surveillance

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Autre photo des territoires occupés en octobre 2012 : nous avons été invités chez Khalil Katheeb, le directeur d’une école primaire non loin de Ramallah, dans l’AREA C, zone entièrement sous contrôle militaire israélien. Cette école se tenait, juste après la guerre des 6 jours, dans une ancienne mosquée, qui a été saisie par les Israéliens et qui est maintenant devenue une synagogue. L’école a donc été déplacée dans la maison d’une Palestinienne partie en Jordanie. Les locaux sont très petits et l’école ne peut accueillir que 25 élèves. Il y a 4 ans, les responsables ont essayé d’obtenir un permis de construire pour agrandir l’école mais cela a été refusé. Ils ont donc planté une tente dans la cour mais l’armée est intervenue rapidement pour la faire démonter. Quand deux accompagnatrices œcuméniques de l’équipe de Jérusalem ont visité cette école, elles étaient sous surveillance de jeunes colons qui, selon les enseignants sont en permanence à observer les enfants pendant la récréation : dans cette école sous très haute surveillance, les écoliers n’arrivent pas à s’épanouir et à se libérer.

Nous arrivons donc chez Khalil en début d’après-midi, après notre participation hebdomadaire à la manifestation de Women in Black, et après 1h30 de trajet (25km), car c’était le premier jour des vacances en zone palestinienne et aussi le jour de l’Aïd El Khébir. Comme d’habitude, l’accueil est chaleureux et convivial. Khalil nous présente sa femme, qui est habillée comme une occidentale (elle travaille pour une chaîne de télévision palestinienne) et qui fume autant que son mari. Ils ont 6 enfants : 5 filles et un garçon de 8 ans, l’avant dernier de la fratrie. Les filles sont âgées de 4 à 25 ans, et l’aînée fait ses études pour être cinéaste à Damas en Syrie. Nous passons tout l’après-midi chez eux et avons un dîner palestiniens : riz, poulet et salade.

Khalil et sa famille sont de bons pratiquants musulmans, mais ils détestent les manifestations ostentatoires telles que le port de la burqa, ou autre tenues vestimentaires excentriques. Ils ont une liberté apparente, ce qui est confirmé lors du repas où sa femme mange avec nous (seuls les enfants sont à la cuisine faute de place et nous rejoignent au salon pour le café). De même, ils désapprouvent totalement les Islamistes radicaux « qui ne pensent qu’à tuer ceux qui ne pensent pas comme eux ». Malgré cette hospitalité et cette joie de vivre, je ressens un mal être diffus.

Ce ressenti, pour moi, est traduit par deux faits: une hyperactivité des enfants, une excitation permanente et surtout ce qui est visible, le seul garçon de la famille est obèse, tellement obèse qu’il du mal à marcher correctement. Ces deux « détails » me troublent et m’interrogent sur le vécu réel de cette famille tout au long de l’année, alors que cette épée de Damoclès est toujours au-dessus d’eux et qu’ils ne peuvent pas s’en débarrasser.

Cette visite, où nous avons été reçus avec toute l’hospitalité orientale, me fait penser à la conversation que j’ai eue avec le Consul Général Adjoint en Israël et Palestine, lors d’un entretien pour le programme EAPPI : « la pression exercée par l’Etat d’Israël sur les Palestiniens est devenue totalement insidieuse, sournoise et invisible mais elle est particulièrement efficace ».

 

Luc Oechsner de Coninck, accompagnateur œcuménique du programme EAPPI

Jérusalem – octobre 2012