Témoignages de personnes détenues et d’aumôniers

Solidarité intergénérationnelle entre personnes détenues

Alain 19 ans est en attente de jugement pour une affaire qui devrait le maintenir quelques mois en prison. Il a pris la décision de ne plus y revenir et de préparer sa sortie avec le conseiller d’insertion et de probation.

Il lui faut trouver un travail dès sa sortie et pour cela il devra passer un examen du niveau BEPC en juin prochain. Il se prépare en suivant des cours de français, de mathématiques et autres disciplines de culture générale.

Mais Alain bloque sur le calcul, surtout les divisions dont il n’arrive pas à intégrer le mécanisme de résolution. Pendant les promenades, il a osé en parler confidentiellement à Louis 72 ans. C’est un peu le grand-père de tous ces jeunes en perdition. Il les conseille, les rassure et les écoute. Les jeunes le respectent car il leur parle calmement et posément.

Louis qui aime le calcul a promis à Alain de lui expliquer les divisions à son rythme et de le faire progresser. Il a mis dans le secret son « co-cellulaire » qui est un peu plus jeune que lui et ils préparent tous les deux des pages de divisions. A la promenade suivante Louis fournit les explications nécessaires à Alain qui repart dans sa cellule avec un bon nombre de divisions à faire avant la promenade suivante. Après quelques temps d’efforts, Alain est devenu incollable sur les divisons.

Alain et Louis ont la joie de pouvoir partager cette réussite avec leurs collègues et l’aumônier lors de la rencontre biblique suivante. La prison n’est pas qu’un monde de violence mais c’est aussi parfois un lieu de respect et de solidarité entre générations.

(Les prénoms ont été changés).

Pierre Legrand

ML qui a passé 8 mois à la maison d’arrêt de Digne a donné ce témoignage au dernier culte avant sa sortie de prison

« Je vous ai écrit un petit mot mais, avant de vous le lire, j'aimerais m'arrêter sur un passage de la Bible qui m'a ouvert à la réflexion durant ma détention. Ce passage se trouve dans Ecclésiaste et se nomme « Il y a un temps pour chaque chose... ». Comme vous le savez, du temps, ici, nous en avons, alors essayons d'en faire quelque chose de positif, prenons le temps qui nous reste à faire, pour essayer de se retrouver, de faire la paix avec soi, de préparer son avenir au mieux pour que, lorsque nous serons à nouveau libres et face à une épreuve, nous puissions faire le bon choix.

Lecture du livre de l’Ecclésiaste 3,1-8.

Voici venu le temps pour moi de vous dire à tous bonne continuation, gardez foi en Dieu, il vous aidera à surmonter cette épreuve, comme il l'a fait pour moi. Quand vous avez des doutes, des angoisses, des peurs, des questionnements, n'hésitez pas à demander de l'aide car nous avons la chance, ici, dans cette prison, d'avoir la visite de gens formidables et aux grands cœurs, je veux bien sûr parler de vous tous, Jean-Pierre, Chan, Stéphane et toutes les personnes qui vous accompagnent.

Vous nous apportez énormément que ce soit par nos temps de partages, de prières, de paroles, de chants, vous savez être là, à l'écoute des moindres problèmes de chacun, vous savez nous orienter vers les bonnes questions que nous devons nous poser pour arriver à sortir grandis de cette épreuve. Toutes les semaines vous prenez de votre temps pour nous rendre visite, pour nous aider à sortir plus forts et, ça, pas beaucoup de personnes le feraient. Un grand merci à vous tous. En ce qui me concerne, vous m'avez aidé à ouvrir mon cœur, à laisser entrer Dieu dans ma vie, à croire au bonheur. Vous m'avez été d'un grand soutien dans cette épreuve, je ne l'oublierai jamais. Quant à vous qui allez passer les fêtes de fin d'année à l'intérieur, loin des vôtres, loin des gens que vous aimez, gardez le moral et la foi, viendra le temps où vous aussi, vous goûterez à la liberté. Ne perdez pas de vue cette lumière qui brille, raccrochez-vous aux gens qui vous aiment, ne perdez pas courage la vie est belle et vaut le coup d'être vécue. Je vous souhaite à tous et à vos proches beaucoup de bonheur. Merci pour tout ».

Chandrasen Chunwan, aumônier à la maison d’arrêt de Digne

Rencontre à la maison d'arrêt de Grasse

Louis, le pasteur tsigane, m’appelle : « Pierre, peux-tu organiser une visite à la maison d’arrêt de Grasse ? Je suis dans la région pour une convention d’évangélisation et je voudrais rendre visite à plusieurs personnes détenues que je connais. »

Louis coordonne au niveau national les ministères des aumôniers tsiganes membres de la Mission Evangélique Tsigane de France (METF).

Les démarches administratives demandent une dizaine de jours : nous pourrons entrer tous les deux dans la maison d’arrêt avec une guitare, rassembler les détenus pour un culte et Louis pourra faire des visites dans les cellules.

A l’entrée de la maison d’arrêt, nous nous heurtons aux difficultés habituelles ; l’intendance n’ayant pas suivi, rien n’a été organisé. Heureusement, nous rencontrons la directrice adjointe qui nous accueille chaleureusement et fait sauter tous les verrous … administratifs !

Plusieurs détenus tsiganes sont rassemblés dans une salle ; n’ayant pas été prévenus, les autres sont en promenade ; Louis les rencontrera individuellement après.

Le culte commence ; des accords de guitare réjouissent nos oreilles et la voix de Louis chante les louanges du Seigneur. Cette musique inhabituelle dans ces murs crée une ambiance de joie et de sérénité propice à la méditation. Chacun est prêt à entendre une parole forte.

Louis énonce quelques versets de la Bible qu’il commente. Les personnes présentes adhèrent personnellement à ses propos ; les uns confirment par des « Oh, oui, Seigneur » ; D’autres se mettent à genoux et prient à haute voix. Louis les invite tous à s’exprimer et à prier. Ceux qui étaient restés sur la réserve se libèrent et entrent dans une louange expressive. L’un d’entre eux pleure et se repent des actes qui l’ont conduit ici en prison.

Après quelques minutes, la sérénité revient ; la musique accompagne les paroles de pardon prononcées par Louis ; la joie et la paix se lisent sur les visages ; la grâce du Seigneur a été reçue. Alléluia.

 

Pierre Legrand

« Bonjour ma petite fée »

Comment vas-tu ? Moi je travaille toujours ; ça se passe très bien. J’ai un peu triché, j’ai demandé à Dieu de m’aider tous les matins et je passe mes soirées à le remercier pour tout et pour rien aussi !

J’ai retrouvé la phrase sur la sagesse en lisant ce soir 1 Cor 3/18-23. Je remercie Dieu d’avoir fait croiser nos chemins. Je te ferais de jolies écritures à la calligraphie pendant tes vacances bien méritées. Je prie fort pour que tu nous reviennes à la bonne date et en forme !

Dieu m’a ramené à lui en m’amenant ici, il me tient la main. Il me mènera là où je dois aller. L’Amour est la plus belle et la plus grande puissance de ce monde. L’Amour de Jésus nous donne la vie dans l’amour de celui qui vit dans les cieux. Dieu qui nous aime, nous guide et nous protège Grâce à toi, j’ai laissé mon fardeau, je ne calcule rien pour demain ; je suis sereine et calme, alors que je n’étais pas du tout comme ça, mais angoissée et stressée. J’ai dit à Jésus de se débrouiller.

Certaine chose prennent du temps, mais tout arrive !

Je sais que je suis guérit ! Je me suis réconcilié avec Dieu. J’étais un bébé qui boudait parce que je ne voulais plus d’épreuve pour avoir du bonheur. J’avais des épreuves toujours plus grandes mais je lui ai ouvert mon cœur. Il fait le ménage un peu chaque jour. Et pour tout cela, je te remercie, toi Manuéla, instrument de Dieu, qui a réussi à toucher mon cœur, toi qui réussit à me passionner pour reprendre le goût d’étudier la Parole du Seigneur.

Tu comptes beaucoup dans ma vie. Tu rayonnes quand l’obscurité m’envahie. Tu m’as permis de faire la paix avec mon Sauveur.

Merci d’être toi et de partager mon chemin vers Jésus. Je suis honoré de te connaître. Merci, Merci, Merci. »

Lettre d’une personne détenue envoyée à Manuéla Moreno, aumônier au quartier des femmes du centre pénitentiaire de Marseille-Baumettes.

« Bonjour, je m’appelle Bruno et je suis en prison depuis janvier 2011

Au pire moment de ma vie où j’avais tout perdu, j’ai eu envie de me suicider et j’ai fait une tentative quand l’aumônier est venu à la porte de ma cellule. J’avais besoin de soutien et d’une personne qui écoute sans préjugés.

L’aumônier m’a fait découvrir le culte, où j’ai bien trouvé ma place, mais dommage que c’est uniquement une fois par mois, car pour moi c’est un moment de ressourcement.

Presque tous les vendredis l’aumônier vient me voir et pour moi qui suis sans famille, son soutien me permet de voir de l’avant. Elle a écouté mon histoire sans me juger, merci, car ici c’est très rare. Nous parlons de Jésus, car dans la bible que l’aumônerie m’a offerte, il y a des questions et lors de nos échanges je trouve des réponses et des repères. J’ai découvert le pardon et surtout pour moi, à reconnaître mes erreurs.

Voilà, je sais que je ne suis plus la même personne et je tiens à rester et à avancer comme ça.

Mille mercis pour tout et ça vient du cœur ! Bruno »

Jean-Claude Sellès et Sibylle Klumpp, Aumôniers au Centre pénitentiaire d’Avignon-Le Pontet

Pierre, tu m'as rallumé !

Gaston rayonne de joie ; son visage arbore un large sourire et ses yeux pétillent de bonheur. Ce solide gaillard togolais me jette ces mots « Pierre tu m’as rallumé » quand j’ouvre la porte de sa cellule.

Gaston me tend une enveloppe avec des yeux impatients de voir ma réaction. C’est une carte de fête des pères : ‘Bonne fête des Papas. Pierre, je te considère comme un Père à moi, en plus comme mon Père spirituel. Je te souhaite bonne fête des Pères ».

Mon cœur chavire et les larmes me montent aux yeux. Cela fait dix mois que je rends visite à Gaston un ou deux fois par semaine à la maison d’arrêt de Luynes. Des liens d’amitié se sont tissés rapidement entre nous deux, grâce à Dieu qui nous rapproche. A chaque visite nous parlons des merveilles que Dieu nous accorde à l’un et à l’autre ; nous lisons la Bible et prions ensemble. Gaston est aussi très fidèle à l’étude biblique hebdomadaire et au culte mensuel.

Né au Togo dans une famille musulmane, il s’est converti au christianisme grâce à des missionnaires protestants. Sa foi profonde et vivante lui a permis de convertir toute sa famille au christianisme. Venu en France, il a succombé au miroir aux alouettes de la consommation et s’est petit à petit éloigné de son Dieu. Sa foi s’est presque éteinte…

Son emprisonnement a été le déclic d’une deuxième conversion. C’est pour cela qu’il estime que j’ai rallumé sa foi en Dieu.

Gaston a retrouvé une foi active et généreuse. N’ayant aucune ressource, l’administration pénitentiaire lui accorde une petite allocation d’indigence. Quand il y a du travail, il reçoit un maigre salaire. Dès qu’il dispose d’une petite somme sur son compte, il « cantine » (*) de la nourriture et la partage avec d’autres détenus aussi démunis que lui. Il est devenu un artisan de paix dans la prison. Par son attitude faite d’attention aux autres et d’écoute il attire la sympathie des détenus et des surveillants. Certains collègues le consulte pour recevoir ses conseils. Il ne manque jamais de leur parler de l’amour de Dieu pour eux. En prison, chacun reste ce qu’il est mais le lieu produit un stress qui décuple tous les sentiments : haine, déprime, violence bien sûr mais aussi solidarité, joie et reconnaissance.

Dès septembre 2010, Gaston s’est inscrit aux cours de préparation du bac. Il vient d’être reçu avec la mention très bien.

Dieu a transformé Gaston depuis son entrée en prison ; quand il sera libre, il reprendra une vie nouvelle sous le regard de son Seigneur Jésus-Christ.

Pour l’aumônier qui a accompagné cette deuxième éclosion à la foi c’est la joie d’une mission accomplie ; c’est la reconnaissance de la puissance du Grand Dieu.

 (*) Cantiner : acheter nourriture et autres biens mis en vente dans le magasin de la maison d’arrêt.

Pierre Legrand

Retour à la page d'accueil