Wilhelm Vischer

1894 - 1988

Avec le professeur Wilhelm Vischer qui est décédé à Montpellier le 27 novembre 1988 dans sa 94e année, disparaît le doyen des professeurs de théologie français.

Dans le monde des spécialistes de la Bible son nom restera celui de l'auteur du "Christuszeugnis des Alten Testaments" (Le témoignage du Christ de l'Ancien Testament) dont la première édition date de 1934.

Ce jeune théologien suisse, inconnu jusqu'alors, enseignait l'Ancien Testament à l'Ecole théologique de Béthel, annexée aux institutions diaconales fondées par Bodelschwing. Par cette publication Vischer voulait rappeler aux Eglises et aux théologiens que l'Ancien Testament fait partie intégrante de la Bible et que si le Nouveau Testament montre qui est le Christ en la personne de Jésus, c'est l'Ancien qui annonce ce qu'est le Christ.

Dans les milieux universitaires l'ouvrage fut considéré comme un combat d'arrière-garde, dépassé par la critique moderne et assez mal accueilli. En revanche, dans les milieux plus jeunes, fortement influencés par la théologie de Karl Barth, on vit là une nouvelle manière de lire l'Ancien Testament, susceptible de renouveler la prédication de l'Eglise.

Prêcher l'Ancien Testament était une nécessité à un moment où une propagande antisémite était prête à souligner son caractère inférieur et à réclamer son exclusion du Canon. Aussi les idées lancées par Vischer ne cessèrent-elles de gagner du terrain, si bien qu'aujourd'hui le terme de "Christuszeugnis" n'est plus guère contesté, même s'il est interprété dans un sens radical par les uns et avec réserve par les autres.

Le combat de Vischer pour une lecture renouvelée de l'Ancien Testament coïncide avec une autre activité moins connue et existentiellement liée à la première. 1934 est l'année de la déclaration dite de Barmen, fondatrice de l'Eglise confessante. Dès 1933 le synode de Barmen avait été précédé de la Confession de Béthel où Vischer, soutenu par Bonhoeffer, avait rédigé un texte sur l'Eglise et les Juifs où était affirmée l'élection d'Israël selon la chair.

Par souci de pacification des esprits, par timidité ou par peur, la déclaration finale de Barmen resta silencieuse sur ce point et ne reconnut pas assez clairement que Hitler considérait comme sa vocation providentielle l'anéantissement des Juifs. Le professeur de Béthel devint rapidement suspect aux yeux des autorités et dut comme Karl Barth prendre le chemin de l'exil.

Cet exil fut pour Vischer un retour aux origines, sa famille étant depuis des générations installée à Bâle. C'est à Bâle qu'il fut chargé d'une importante paroisse de la ville, tout en poursuivant ses recherches d'hébraïsant. C'est seulement en 1946 qu'il accède de nouveau à un enseignement académique à plein temps. Mais l'appel ne vient ni de Suisse ni d'Allemagne, mais de France, et c'est la Faculté de Montpellier qui eut le privilège de le recevoir.

Il a toujours souligné ce qu'il a reçu, lui, dans ce milieu nouveau pour lui et dans ce Midi protestant, si riche en histoire de fidélité et de souffrances. Son enseignement suscita un enthousiasme communicatif par la manière dont il savait traduire le langage des prophètes et faire chanter les psalmistes.

Il aimait retrouver ses anciens étudiants dans les rencontres pastorales qui étaient pour beaucoup une occasion de ressourcement. Toujours soucieux d'affirmer le caractère chrétien de l'Ancien Testament, il n'a pas pour autant négligé ce que les rabbins du Moyen Age et les penseurs modernes comme Martin Buber et Franz Rosenzweig lui avaient appris sur le réalisme et la spiritualité de la pensée juive.

Il y a peu de temps, il définissait sa position théologique en ces termes : "Avec les Juifs Dieu montre à l'Eglise et au monde qu'il réalise son Royaume dans l'histoire sur la terre. Avec Israël il l'a commencé, avec Israël il l'accomplira".

Voilà l'homme dont la chaleur fraternelle et la fermeté des convictions, pouvant se traduire en maintes colères, à la manière de Luther, quand il s'agissait de ne pas transiger sur l'essentiel, laisseront une trace lumineuse, reflet de celle du Seigneur dont au sein de nos ténèbres on ne cesse de s'émerveiller.

Professeur Edmond Jacob,
(Messager Evangélique, Strasbourg)
(Document BIP)
BIP n° 1123 - 11 janvier 1989