Victor RIVET

Victor Rivet, un pasteur dans la tourmente de la grande guerre...

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Victor Rivet est pasteur à Lyon lorsque la mobilisation générale est décrétée en France le 1° août 1914. Il a 42 ans, il est marié et père de 3 enfants. Mobilisé comme aumônier militaire, il quitte sa paroisse lyonnaise et sa famille le 8 août en compagnie de deux prêtres catholiques. Dès le lendemain, il est à Épinal rejoignant ainsi le secteur des Vosges. Le sentiment qui l'habite dès les 9 et 10 août l'amène à penser que l'exercice de son ministère aux armées lui apparaît très compliqué. Il s'interroge sur ce qu'il pourrait faire dans la formation sanitaire où il est affecté. A cela s'ajoute le manque d'information quant aux mouvements des troupes.

Mais le 15 août, Victor Rivet va connaître la guerre. Il est au sommet du col du Bonhomme, au dessus de la plaine d'Alsace, il va approcher la ligne de front, là où les combats se déroulent. C'est ainsi qu'il décrit un spectacle de désolation. Le 25 août, la bataille fait rage dans le secteur de Raon l’Étape dans les Vosges, et Victor Rivet est le témoin d'une canonnade intense et effrayante. Il note dans ses carnets qu'il entend crier les blessés et il écrira : « on ne sait si c'est une bête ou un homme tellement que la voix est changée... Les morts restent sans sépultures... C'est une affreuse chose que la guerre. »

En septembre 1914, Victor Rivet rencontre un médecin à un poste de secours qui s'adresse à lui en ces termes : « Pourquoi vous attachez-vous à ne voir que vos coreligionnaires... Voyez les tous, cela leur fera toujours du bien... » Fort de cette remarque reçue avec reconnaissance, Victor Rivet, je cite ses propos « modifiera sa méthode » constatant que les blessés sont sensibles à une parole dite. Mais à côté de ce langage verbal, il y a aussi le langage du corps qui participe à l'accompagnement spirituel. C'est ainsi qu'au chevet d'un blessé grave, toujours dans ses carnets, Victor Rivet rapporte cette simple phrase : « il me serre la main... »

Pendant les quatre années de guerre, Victor Rivet sera sur les champs de bataille des Vosges, de Picardie, de Champagne, de Verdun et de Lorraine-Alsace. Il réconfortera les blessés, assistera les mourants, priera avec des prisonniers ennemis et même accompagnera un soldat allemand condamné à mort.
Sa citation à l'ordre du Service de Santé résume à elle seule le ministère de cet aumônier : « N'a cessé depuis le début de la guerre, dans les divers secteurs occupés par le Corps d'Armée, d'apporter le réconfort moral de sa présence à tous nos soldats, sans distinction de religion, jusque dans les postes de secours les plus exposés. Recueille pieusement les dépouilles de nos morts et leur rend les derniers devoirs avec la plus complète abnégation sur des terrains battus par le feu de l'ennemi. »

Jacques Richard