Message de François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France

© C.Zimmerlin/FPF

Assemblée générale des 28 et 29 janvier 2017 

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Mesdames et Messieurs les délégués,
Mesdames et Messieurs les invités,
Mesdames et Messieurs, chers amis, 

Une présence confiante et solidaire au cœur d'un monde violent

Lorsque nous portons nos regards sur l'année écoulée, nous ne pouvons qu'être amenés à y voir immédiatement, tant notre mémoire est vive et pour mieux les déplorer et les condamner, tous les drames que causent les guerres et les terribles attentats liés au terrorisme qui ont frappé de nombreux pays dans le monde comme aussi la France, les 7 et 11 janvier, le 13 juin, le 14 juillet à Nice et le 26 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray. 

Nous pouvons en effet porter nos regards sur le monde et y voir avec effroi la violence qui le déchire et la haine qui en inspire ses acteurs. L'an dernier, déjà, je commençais mon message devant l'assemblée générale avec ces deux mots : désarroi et espérance. Je veux à nouveau faire référence à ces termes mais y ajouter celui de confiance. 

Tout d'abord, l'état d'urgence, reconduit dans notre pays jusqu'en juillet 2017, mobilise les forces de l'ordre pour lutter contre la menace, du moins autant que cela est possible. D'autre part, l'opération sentinelle que chacun a pu observer, a mobilisé un grand nombre, et il me faut ici saluer avec une grande reconnaissance non seulement tous les personnels mobilisés mais aussi les initiatives de l'Aumônerie protestante aux Armées et en particulier de son Aumônier en Chef, le pasteur Stéphane Rémy, qui, en plus des responsabilités liées à ce ministère, a permis d'accompagner pastoralement les soldats engagés dans cette difficile opération. Enfin, si la menace terroriste est bien réelle, la situation évolue et le regard que nous portons sur le passé ne doit pas rester fasciné par cette horreur au point d'oublier ou encore de minorer tout ce qui a été vécu, tout ce qui a été réalisé et créé, tout ce qui nous a réjoui, tout ce qui nous a été donné comme bénédictions, de même que tout ce qui advient et qui nous est encore promis.

C'est donc avec confiance que nous pouvons être présents dans un monde violent et regarder demain, malgré les tensions vives et les nouvelles donnes politiques et militaires, pas toujours rassurantes certes, que chacun discerne et pressent.

Tous les membres de la Fédération protestante de France que vous représentez ont donc agi cette année, chacun à leur façon, dans mille secteurs différents. Ils ont œuvré, créé, rencontré, témoigné de mille manières.  Par la louange, la prière et la célébration, par l'annonce de l'évangile, par la catéchèse et par l'enseignement, par l'entraide, l'écoute, l'accueil et l'accompagnement, par la mission et par la solidarité au près ou au loin, et leurs actions se poursuivent inlassablement.

Le témoignage protestant fait sens dans la société française, et plus que cela, il est attendu, vraiment, afin que l'évangile de Jésus-Christ soit connu telle une force qui relève, qui libère, qui réconcilie, qui guérit et qui bénit.

Au cœur de la société, le protestantisme est acteur pour le vivre ensemble, selon les critères de cet évangile que sont la justice, la paix, le pardon et l'espérance.

Les initiatives prises depuis longtemps déjà sur toute une série de sujets manifestent ainsi la compétence et la persévérance. Je n'en retiens que quelques-unes, au risque de faire des choix injustes, et sans insister sur ce qui constitue pourtant l'essentiel des engagements de la FPF, notamment à travers ses aumôneries et les autres services dont vous avez lu l'essentiel des actions dans le rapport d'activités 2016.

Je veux retenir quatre engagements :

- L'accueil des réfugiés, dont déjà l'an dernier nous avions évoqué l'importance et qui requiert un effort de long terme. Il s'agit d'un effort porté principalement par la Fédération de l'entraide protestante (FEP), par des associations locales, par les Eglises elles-mêmes et des Fondations, et par des particuliers aussi qu'il nous faut saluer. Cet effort a été accompagné et soutenu très heureusement cet été par une campagne de plaidoyer lancée par l'Eglise protestante unie : « Exilés, l'accueil d'abord » qui a mobilisé beaucoup de partenaires dont la FPF et dont le message a touché largement non seulement nos membres mais bien au-delà. Je peux, en outre, et dans le prolongement de tous ces engagements, vous informer que le projet de protocole entre le ministère de l'Intérieur et la FPF, la FEP, le Secours catholique, la CEF et la Communauté Sant-Egidio, portant sur la mise en place d'un processus d'accueil plus spécifiquement réservé aux réfugiés considérés comme personnes vulnérables, selon les critères de l'ONU, sera signé prochainement.

-Le deuxième engagement est la mise en œuvre élargie de l'outil de la Fondation du protestantisme nommé « Solidarité Protestante », une plate-forme qui permet de lancer des appels d'urgence ou de crise et qui est constituée de la FEP, de la FPF et du Défap et des opérateurs reconnus dans le monde que sont les trois ONGs, Medair Le SEL et ADRA. Cet engagement porte des fruits et promet des progrès à venir dans la collecte de fonds. Cette dimension solidaire et internationale nous rappelle combien la FPF s'inscrit dans un réseau bien plus large que ce que nous pourrions percevoir au premier abord et nous rend solidaires au loin, avec de nombreux pays et Eglises, notamment en Haïti, au Liban, en Syrie...

- Les travaux du « Groupe climat », troisièmement, dont nous mesurions déjà l'importance à l'occasion du vote de la résolution de la dernière assemblée générale et qu'il nous revient de poursuivre et de mettre en œuvre désormais, nous engagent sur le long terme, si nous voulons bien prendre au sérieux tout ce qui est déjà évoqué (Cf. rapport du Conseil, p.62-63) et la question pourrait se poser de savoir si ce groupe ne devrait devenir un jour véritablement une nouvelle commission de la FPF. D'ores et déjà, nous pouvons nous réjouir que cette action menée à l'occasion de la COP 21 aura été marquée par une réelle dimension œcuménique, interrogeant non seulement la société mais aussi nos propres Eglises sur leur mode de vie, leur implication dans l'action et la réflexion écologique. 

-Et enfin, à l'occasion de cette année commémorative des 500 ans de Réformes, la réflexion riche et multiple et sur tous les sujets liés à nos convictions et à nos responsabilités chrétiennes, une réflexion dans laquelle nos Eglises, communautés, œuvres et mouvements, nos Instituts de formation et Facultés de théologie se sont lancés depuis plusieurs mois déjà : 

Par le moyen de colloques, de conférences, d'expositions, de thèses, de débats, de célébrations, et de parutions nombreuses d'articles et de livres qui sont autant de contributions de qualité à la diffusion du message évangélique, voici une année qui commence déjà riche d'un réel foisonnement de projets.

Il s'agit là, dans ce programme qui est celui de tous les membres de la FPF, non pas tant d'exposer une doctrine ni de l'imposer d'une façon ou d'une autre ; il ne s'agit pas de briguer je ne sais quelle « une », mais de saisir l'occasion symbolique d'un jubilé. Il s'agit de permettre par ces initiatives de tous ordres, la valorisation des actions dans l'espace public de notre société, et de faire connaitre ainsi l'évangile et l'inscription de cette bonne nouvelle qui sauve et réjouit, au cœur-même des préoccupations de nos concitoyens. (Cf. www.protestants2017).

Et s'il était besoin de rappeler que toutes ces actions et ces réflexions s'inscrivent bien dans le monde et sont issues d'une longue histoire, nous pourrions évoquer, parmi tant d'exemples, les 200 ans de la naissance de John Bost : cette année 2017, en effet, sera l'occasion de redire combien l'engagement auprès des plus vulnérables est ancien et efficace. De même, plus directement encore, l'action de l'Armée du Salut qui nous accueille aujourd'hui, alors même qu'est déclenché le « Plan grand froid », l'ADS dont l'action est aussi très enracinée et bien évidement reconnue dans le pays.

Cette inscription du protestantisme dans l'histoire, et sa dimension civilisationnelle, pour reprendre une expression d'un sociologue, est une réalité qui nous oblige : fort de cette histoire, en effet, le protestantisme est amené à savoir aussi se projeter dans l'avenir et à déployer son identité multiple afin de poursuivre sa mission. 

Je vous propose donc de reformuler en cinq affirmations quelle est cette identité et surtout quelle est sa vocation. 

Il est vrai, en effet, que ce questionnement concernant cette identité et cette vocation est apparu avec acuité à l'occasion de ce que je nomme avec reconnaissance la « grande conversation » commencée au printemps 2015 sur des questions éthiques et herméneutiques communes aux membres de la FPF et au-delà d'elle. Ce questionnement a mis en tension le lien fédératif et a interpelé chacun sur sa capacité à vivre la fraternité.

Une traversée et l'horizon d'une promesse

Ces cinq affirmations, je les place sous le signe prometteur de la traversée. 

Nous voici appelés à traverser : comme les Hébreux, « ceux de la traversée » de l'existence, du monde et de la vie, comme l'homme de la traversée du torrent le Yabbok, l'homme nommé Jacob devenu Israël et qui reste seul devant le gué, celui qui est pris de doute, assailli dans sa nuit par un personnage énigmatique qui finalement l'accompagnera dans ce doute et ne le quittera pas, comme Jacob, donc, qui se sortira de cette traversée blessé et transformé, mais qui ressortira béni.

Blessé, disais-je, et souvenez-vous, nous avons tant parlé de blessures ces derniers mois ; transformés, et nous avons été tant déplacés les uns et les autres, tant bousculés par nos questionnements réciproques dans nos identités et dans nos réflexions ; et enfin bénis, j'attends cela avec vous, comme Jacob qui pressait l'inconnu afin qu'il ne le quitte sans qu'il l'ait béni.
Le protestantisme en marche dans cette traversée est donc repérable à ces cinq marques qui en balisent le champ et que sont l'ascendance, la descendance, l'appartenance, la transcendance et enfin l'espérance.

L'ascendance, en premier lieu, c'est-à-dire une histoire qui le fonde et le précède, avant même la Réforme, avant même la pré-Réforme, peut-être tout simplement dans les premières communautés chrétiennes affirmant comme à Rome au temps de l'apôtre Paul que le salut de Dieu est gratuit et qu'il se reçoit dans la foi. Nous ne commençons donc pas le protestantisme, avec nos affirmations parfois péremptoires, ni en 2017 ni en 1517, nous en héritons, d'une certaine façon. Et en ce sens nous recevons un héritage spirituel complexe et intelligent que d'autres nous ont fait découvrir. Il nous faut prendre soin de ce message, il nous faut le faire fructifier pour d'autres encore, au lieu de croire qu'il n'était que pour nous et que nous en serions les seuls gardiens habilités : par une catéchèse, par un mot, par une rencontre qui a provoqué notre conversion, par un message ou par une vision dont les termes viennent bien des antiques récits de la bible, nous avons rencontré le Christ, ou plus exactement il nous a découverts et transformés. Cette ascendance doit donc nous tenir humbles : nous avons reçu, et nous voici tous responsables à notre tour de la transmission, et de la joie qu'elle nous a procurée. Il y a bien, je le dis cum grano salis, une traditio reformata multiple en ses origines et en ses conséquences, et c'est d'ailleurs pourquoi cette année commémorative est nommée, ce n'est pas un hasard, 500 ans de Réformes au pluriel, assumant clairement les débats fondateurs des différentes confessions issues des mouvements réformateurs au cours des siècles. Mais cette tradition protestante, dans ses plus anciennes origines, comme dans ses plus récents développements, ne doit pas être éteinte, pas plus que les débats qu'elle porte en elle, ne doivent être occultés. Il ne s'agit pas d'être d'accord avec soi-même seulement ou avec le plus proche, mais bien de dialoguer et de témoigner avec l'autre différent, celui qu'en Christ on nomme exactement le frère, c'est-à-dire, bien sûr, le premier le plus proche, mais aussi celui qui rappelle justement par cette identité de frère, l'évidente et nécessaire altérité.

La descendance, ensuite, désigne la génération qui vient et dont nous devons prendre soin. Elle s'inscrit à son tour dans une veine évangélique, dans une ligne novatrice, inventant d'autres formes liturgiques, prenant d'autres initiatives hymnologiques et travaillant à des reformulations théologiques. Elle va devoir sans cesse faire droit aux situations et aux usages du temps présent et du temps qui vient, de sorte que l'évangile ne se retrouve pas figé dans une parole passée, perçue comme périmée, ni ne se dissolve en une parole devenue tiède, laissant le monde indifférent. La descendance témoigne par sa nouveauté de la qualité de la transmission, autrement dit de la qualité de l'évangélisation sous ses modalités les plus diverses. La dynamique de la transmission et de l'évangélisation reste donc une exigence vive et appelle chacun à se confronter aux questions du temps présent, contre la toujours possible logique de la répétition. La descendance ouvre l'horizon et offre la possibilité d'une promesse. La promesse que le monde de demain recevra à son tour le message du salut gratuit en Jésus-Christ.

L'appartenance, pour sa part, pourrait être ici, au cœur de mon propos, l'essentiel du sujet, car il est relatif au lien fédératif. L'appartenance pourrait être le point essentiel de notre discussion. Je pourrais insister, en effet, sur ce thème de l'appartenance en vous rappelant combien dans un monde quelque peu disloqué, dans une société qui à bien des égards se défait, et dans un protestantisme en débat permanent, non pas seulement ici en France mais partout ailleurs, il faudrait à tout prix savoir « appartenir », et en quelque sorte serrer les rangs, rester groupés, et non pas seulement croire et porter témoignage, chacun dans sa ligne de course en une forme de concurrence vaine. 

Je pourrais même dire avec ferveur qu'il faut rendre prioritaire en toute chose le « commun » et non pas laisser les logiques libérales de l'individualisme ou du souverainisme ecclésial et confessionnel l'emporter sur tout projet d'ensemble. 

Je préfère toutefois  rappeler ici ce qui, à mes yeux, constitue ce commun : un commun qui est non seulement l'appartenance, aujourd'hui, mais bien aussi l'ascendance qui nous lie les uns et les autres à la source vive du même évangile de la grâce, et puis encore la descendance qui nous rend co-responsables de la voix du protestantisme pour demain, et puis encore de l'espérance qui ouvre notre horizon commun d'un royaume de paix.

L'appartenance, à elle seule, donc, ne se suffit pas, quand bien même on en ferait le sujet d'une incantation religieuse. Elle est le choix volontaire de nous relier en vie fédérative, par exemple, le choix de rester à portée de la prière les uns des autres, les uns pour les autres, la volonté de tenir ensemble nos engagements solidaires dans les services que nous rendons à Dieu et aux hommes dans notre diversité. L'appartenance est aussi cette volonté commune et farouche de porter le témoignage public de nos Eglises et de nos œuvres dans la société, un témoignage et dont nous valorisons le plus possible le message. En vérité, l'appartenance est bien cette marque qui signifie ce « vouloir être ensemble », évidemment, mais c'est fondamentalement une appartenance qui n'est pas que celle de notre choix, mais celle de notre vocation : elle est reçue, depuis les origines, et elle est promise jusqu'à la fin des temps.

Or le message de cette vocation est celui-là même qui nous dépasse et dont aucun de nous n'est le propriétaire. Ce message, cet évangile qui nous vient d'un autre que nous et que je nomme transcendance, troisième marque, est celui qui nous fait dire de Jésus qu'il est Christ, Fils de Dieu qui vient pour sauver le monde. Le lien qui nous unit est donc, à mes yeux, référé à autre chose qu'à notre seul désir de nous tenir ensemble et de nous appartenir les uns aux autres, y compris dans le projet fédératif : en Christ, ce lien est déjà établi, et l'unité donnée même si nous ne la discernons pas encore, même si nos pensées et nos théologies ne s'accordent pas toujours, et comment pourrait-il en être autrement entre frères par définition différents et  non frères jumeaux ? Et même si nos théologies et nos liturgies expriment la vérité d'une vérité insondable, et alors même qu'ensemble nous confessons la même grâce.

C'est la raison pour laquelle l'ascendance qui nous ressource aux eaux communes de l'évangile, la descendance qui nous fait héritiers et pionniers, coresponsables pour demain, l'appartenance qui requiert aujourd'hui notre discernement spirituel et la transcendance qui nous offre le lien et espère qu'on le renforce ensemble, sont les marques de cette identité protestante, évangélique, ou chrétienne.

Le rapport de la mission sur le lien fédératif titré « Vers une vision renouvelée pour la Fédération protestante de France » prend en compte, à sa façon, ces marques multiples de notre identité. Il fait droit, dans ses analyses, non seulement à la diversité bien connue de chacun des membres concernés par le sujet mais aussi à l'histoire, au passé, d'une part, et aux évolutions, aux orientations qui se dessinent, d'autre part. Plus qu'une photographie, c'est une réflexion qui rend possible une projection vers demain. Et je souhaite qu'à l'occasion de la discussion, chacun s'inspire de cette façon de penser, non pour s'enfermer dans le passé mais pour traverser le présent, figuré par le gué du Yabbok, et désigner la promesse, figurée par le nouvel élan dont parle le chapitre IV du rapport.

Je veux ici dire ma grande reconnaissance au groupe de travail qui a préparé ce rapport. Je veux la dire à chacun des huit dont vous avez lu les noms, et en particulier à Valérie Duval-Poujol et Christian Krieger qui ont animé l'équipe et finalisé la rédaction, notamment celle de la résolution qui vous sera proposée au vote demain.

Ce retour critique sur soi qu'opère cette réflexion et cette proposition d'un nouvel élan constituent un moment privilégié dans la vie de la FPF. Vous êtes encouragés à prendre votre part dans ce moment pour avancer et traverser.

Je veux aussi remercier tous ceux qui ont été consultés, qui ont répondu, qui ont écrit, qui ont d'une façon ou d'une autre, fait en sorte que depuis l'an dernier, les choses ont évolué.

Laïcité et spiritualité : rester vigilant.

Pour finir, j'aimerais conjoindre deux sujets qui ne vont pas de soi ensemble mais qui pourtant nous questionnent sur le rapport de la religion et de la société. Tout d'abord, celui relatif au contexte politique qui est le nôtre où la question désormais fétiche de la laïcité revient inlassablement dans le débat, comme si l'on n'en avait assez d'en définir les enjeux, les limites, et les atouts1.  Et puis celui, relatif à cette année 2017 que nous avons nommée « 500 ans de Réformes, vivre la Fraternité » et dont l'ambition est justement de faire valoir dans l'espace public les aspects pertinents et impertinents du protestantisme et de sa spiritualité au sein d'une société post-moderne, « post-vérité », désenchantée et pourtant toujours en quête sens, dans son rapport avec la République laïque.

1 Cf. aussi : « La laïcité garantit-elle l'égalité homme-femme ? », Rapport d'information du Sénat, Chantal Jouanno, n° 101, 2016-2017. Ou encore : « L'expression du religieux dans la sphère publique, comparaisons internationales », La Documentation française, 2016.

Nous avons l'honneur de recevoir aujourd'hui M. Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la laïcité, qui s'adressera à vous, chers amis, délégués de l'assemblée, sur ce sujet si important. Vous trouverez d'autre part dans votre dossier une note intitulée Bilan 2016 inquiétant. Laïcité, neutralité : de nouvelles discriminations. Je ne veux ici que reprendre les termes qui concluent cette note et qui signalent que « plusieurs mesures discriminatoires ont été prises au cours de l'année 2016 pour restreindre le champ d'action des associations cultuelles » afin d'alerter l'assemblée sur ce qui se passe dans le pays, de façon certes encore presque insensible mais malgré tout réelle : le développement d'une compréhension de la laïcité dont les effets impactent directement nos Eglises, principales utilisatrices de la loi de 1905.

Les contacts avec les interlocuteurs concernés, d'une part, les initiatives prises par la FPF d'autre part, en lien avec la Faculté de théologie de Strasbourg, concernant la formation des aumôniers et la mise en œuvre d'un D.U, notamment sur les question civique et civile et enfin, les auditions de nos représentants par l'Observatoire de la Laïcité, tout cela n'a pas permis d'empêcher de penser que cette mise en œuvre de la laïcité n'est pas aussi bienveillante envers les cultes qu'il y parait. Nous restons donc vigilants, avec la Commission droit et liberté religieuse.

L'année des 500 ans de Réformes2, vivre la fraternité et …la reconnaissance pour tous les bienfaits reçus des acteurs de la FPF :  

2 Cf. « Martin Luther », Marc Lienhard, Labor et Fides, 2016. « Histoire de la Réformation » Thomas Kaufmann, Labor et Fides, 2014. « Histoire des protestants », Jean Baubérot et Marianne Carbonnier- Burkard, Ellipses, 2016.

Pour ce qui concerne l'occasion symbolique de la commémoration, plusieurs éléments peuvent être retenus :

- tout d'abord, nous nous réjouissons que les aspects mémoriel, documentaire et historique ne prennent pas le dessus sur les aspects de restitution, de réinterprétation et d'actualisation d'un message spirituel, et surtout, que la dimension œcuménique et fraternelle qui, il y a peu de temps encore, n'était pas toujours placée au premier plan dans nos esprits, apparaisse désormais clairement. Il faut souligner cette couleur délibérément œcuménique de l'année 2017 dont témoigne par exemple le document « Du conflit à la communion » dont la version française a été publiée en 2014 par Olivétan pour le compte de la FPF.

A cet égard, je me dois avec beaucoup de reconnaissance et non sans une vraie émotion, de vous redire combien le Service des relations avec les Eglises chrétiennes (SREC) que dirige la pasteure Jane Stranz, a été largement impliqué dans cette orientation œcuménique pour ce qui est de la France depuis ces dernières années. Je veux ici la saluer et lui dire combien les mois qui viennent et qui voient se mettre en place dans tout le pays une série impressionnante d'initiatives œcuméniques de toutes sortes vont compter dans l'histoire et la mémoire de la FPF comme aussi pour elle. Les rendez-vous de septembre et d'octobre prochain en seront, d'une certaine façon, le couronnement 3.

De même, fin 2017, le pasteur David Brown quittera ses responsabilités au service du programme Mosaïc.

3 « Commémorer ensemble la Réforme en 2017 ? », Istina, n°1, 2016. Nous annonçons par ailleurs la parution, en septembre prochain, du livre « Protestants, fidélités et promesses » aux éditions Olivétan pour le compte de la FPF, sous la direction du pasteur Michel Bertrand, de même que la tenue d'un colloque à Paris sous la direction du professeur Patrick Cabanel, les 22 et 23 septembre. Et nous notons d'ores et déjà les rendez-vous fédératifs de Lyon, les 7 et 8 octobre et de Bordeaux les 14 et 15 octobre, et enfin celui, national, de PEF à Strasbourg les 27, 28 et 29 octobre.

Un lieu désormais reconnu au carrefour des cultures, des confessions, des spiritualités et aussi des musiques et des chants du monde entier. Comment dire à l'une et à l'autre que l'année 2017 sera celle de la célébration des Réformes, des réveils et des diversités cultuelles dont la FPF a la responsabilité d'en accompagner les évolutions et les défis. Peut-être y a-t-il là, avec certaines Eglises évangéliques du Cnef, un nouveau chantier de collaboration à ouvrir… Nous savons, en tout cas, combien nous sommes au bénéfice de tout le travail accompli et de toute la réflexion engagée.

Je veux aussi saluer Michel Schaeffer, responsable du Service radio, dont la maladie empêche la présence aujourd'hui, mais dont nous savons combien l'anticipation dans le travail en vue de 2017 lui a permis de concevoir à temps les émissions prévues, notamment avec la plateforme des radios protestantes les  « 95 émissions » en référence aux 95 thèses de Luther. Qu'il reçoive par ces mots nos plus vifs encouragements et nos souhaits d'un vrai rétablissement.

Je veux saluer enfin particulièrement les initiatives interreligieuses que les commissions des relations avec le Judaïsme et avec l'Islam et les trois aumôneries ont prises, sous l'impulsion du pasteur Philippe Poupin et du professeur Philippe Gaudin notamment. Vous trouverez la référence à ces initiatives dans leur rapport : la FPF est, sur ce plan, consciente de la nécessité d'inscrire le témoignage du protestantisme dans un aujourd'hui fait de défis et de promesses de réconciliations, de réflexions communes sur le rôle des religions, et d'actions qui font sens dans l'esprit d'un meilleur vivre ensemble, par le dialogue, l'analyse, la rencontre et les projets communs. Les 500 ans sont ici une belle opportunité dans le dialogue interreligieux pour rappeler l'actualité des affirmations protestantes concernant la liberté de conscience, la liberté d'interprétation et la promotion jamais finie de l'égalité homme-femme, pour ne citer qu'elles.

Pour finir, je veux tout d'abord saluer un peu à l'avance, qu'elles me le pardonnent, si c'est possible, Françoise Zénouda et Chantal Crétaz, l'une et l'autre collaboratrices au Service Communication et au Service Radio qui nous ont annoncé leur départ. Et d'autre part annoncer l'arrivée, au Service radio, de Roswitha Von Ankum-Hoch, et, après le départ à la retraite de Marie Christine Péri que vous connaissiez tous, l'arrivée de Frédérique Wild, nouvelle assistante du Président.

Que chacun de vous, chers amis, délégués de l'assemblée générale, soit dans la reconnaissance et que chacun, dans la responsabilité qui lui est confiée, prenne sa part avec joie à la mission commune de la FPF.

Je vous remercie,

François Clavairoly