Méditations autour de la Passion

par Catherine Melchio,
Peintre et auteur

Catherine Melchio, artiste peintre et écrivain, vit et travaille dans le sud de la France, elle expose en France et à l’étranger depuis 1986. L’une de ses œuvres, « La parole empêchée » est installée au Mémorial Huguenot de l’île Sainte-Marguerite à Cannes. En tant que romancière, elle écrit des romans ayant trait à l’histoire du protestantisme au XVIe siècle, dont deux seront publiés courant 2006.
Elle est membre de l'Eglise évangélique libre de Cannes. www.geocities.com/cath_melchio
c.melchio@tiscali.fr

Les textes bibliques, les méditations et les prières
nous permettront,
tout au long de la Semaine sainte,
de porter un regard sur la Passion de Jésus
à travers des personnages ayant joué un rôle
parfois très secondaire.
Avec eux nous cheminerons vers la croix
et le tombeau vide.
Nous les approchons avec tout ce qui nous caractérise, nous, chrétiens du XXIe siècle.
Notre humanité est aussi forte et aussi fragile que la leur,
même si nous pouvons, dans l'éclairage de Pâques,
mieux comprendre le don que Jésus a fait
dans l'incompréhension générale la plus totale.

Lundi

Luc 19.37-40

Et lorsque déjà Jésus approchait de Jérusalem, vers la descente de la montagne des Oliviers, toute la multitude des disciples, saisie de joie, se mit à louer Dieu à haute voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus. Ils disaient: Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur! Paix dans le ciel, et gloire dans les lieux très hauts! Quelques pharisiens, du milieu de la foule, dirent à Jésus: Maître, reprends tes disciples. Et il répondit: Je vous le dis, s’ils se taisent, les pierres crieront !

Je ne suis qu'une pauvre potière dans cette foule qui l'acclame. Je le vois entrer dans la ville sainte pour commencer son règne et je crie de joie ; enfin, nous allons être délivrés de l'occupant. Mais un homme se penche à mon oreille, "son royaume n'est pas de ce monde" dit-il. Comment, le Fils de David ne vient pas pour régner ? Si, répond l'homme, mais son royaume ne se verra pas tout de suite, il restera caché, secret. Cependant, potière, si tu le veux, tu peux y entrer, dès la fin de la semaine, la porte sera ouverte pour toi. Je demande à l’homme qui il est pour savoir ces choses, il dit : je suis une pierre. Je me tais soudain, car je ne comprends pas et je vois bien que ce jour de liesse n'est pas ce que j'attendais. D'ailleurs nos chefs déjà tracent une ombre au tableau de la joie.

Prière :

Père, je ne comprends pas toujours ton chemin, je ne comprends pas toujours ce que tu attends de moi, mais je sais que tu m’aimes. Donne-moi de te faire totalement confiance, donne-moi de t’aimer malgré les ombres, et dans la peine de me réjouir de ce que tu m’as ouvert ton royaume.

Mardi

Matthieu 21.12-15

Jésus entra dans le temple de Dieu. Il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons. Et il leur dit: Il est écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs. Des aveugles et des boiteux s’approchèrent de lui dans le temple. Et il les guérit. Mais les principaux sacrificateurs et les scribes furent indignés, à la vue des choses merveilleuses qu’il avait faites, et des enfants qui criaient dans le temple: Hosanna au Fils de David !

Un groupe d'enfants se dirigeait vers le Temple, à leur suite, je me suis glissé dans la cour des Païens. Je viens de loin, du pays de Gadara où j'élevais des cochons. J'y ai entendu parler du Dieu d'Israël et d'un homme qui faisait des miracles, alors je suis venu. Mais depuis mon arrivée, je ne parviens pas à prier dans ce Temple, car le seul parvis où l’on me laisse entrer est occupé par les marchands. Il y a trop de monde, trop de bruit, je n’arrive pas à me recueillir. Pourtant, je sais qu'il est là ce Dieu que je cherche, au-delà de cette cour, dans le lieu appelé Saint. Mais voilà que soudain, le faiseur de miracles est là, en colère, et qu'il chasse ceux qui m'empêchaient de prier. Comme son visage furieux est devenu doux, comme il regarde avec amour les boiteux et les enfants. Alors avec eux je m'écrie « Hosanna au Fils de David ! » car enfin, je l'ai trouvé, enfin je vais pouvoir prier ce Dieu que j’ai cherché.

Prière :

Seigneur Jésus merci d’avoir ouvert pour nous un chemin de prière menant au Père.
Seigneur, dans ton amour, tu as voulu que tous puissent t’approcher.
Tu connais notre faiblesse, notre manque de fidélité, notre misère,
Viens à notre aide, Seigneur, afin que nous n’ayons qu’un désir, nous approcher constamment de toi par la prière.

Mercredi

Marc 12.28-34

Quel est le premier de tous les commandements?

Jésus répondit: Voici le premier: Ecoute, Israël, le Seigneur, notre Dieu, est l’unique Seigneur, et: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. Voici le second: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là.

Moïse a donné ce commandement de la part de Dieu : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force ».Le lettré qui interroge Jésus pense avoir suivi parfaitement cette prescription, lui Juif depuis la nuit des temps. Il trouve même que la seconde partie énoncée par Jésus va de soi. Mais nous croyants, pratiquons-nous vraiment le premier de tous les commandements ? Appliquer ces paroles de Jésus, c’est donner à Dieu la toute première place dans notre vie, avant les soucis du jour, le travail, la famille, le divertissement. C’est obéir, accepter ce que nous voudrions refuser. En un mot, c’est lui appartenir totalement, corps et âme et n’avoir qu’un souhait, le suivre à chaque instant.

Prière :

Ô Seigneur, combien nous sommes loin de t’appartenir totalement. Combien nous avons besoin de ton aide pour avancer dans tes pas. Donne-nous ô Maître, de te ressembler un peu plus à chaque matin, de t’aimer chaque jour davantage, et d’aimer nos frères et sœurs de l’amour même que tu as pour nous.

Jeudi

Matthieu 26.55-56

A ce moment, Jésus dit à la foule: Vous êtes venus, comme après un brigand, avec des épées et des bâtons, pour vous emparer de moi. J’étais tous les jours assis parmi vous, enseignant dans le temple, et vous ne m’avez pas saisi. Mais tout cela est arrivé afin que les écrits des prophètes soient accomplis. Alors tous les disciples l’abandonnèrent, et prirent la fuite.

J’ai fui ce jour-là dans ma peur, je fuis encore aujourd’hui lorsque je devrais parler de toi. C’est la peur, Seigneur Jésus, toujours la même peur. Que vont-ils dire, que vont-ils penser de moi, que vont-ils me faire si je me mets à proclamer que tu es venu dans ce monde mourir sur une croix pour que les hommes soient réconciliés avec Dieu. Je ne peux jeter la pierre à tes disciples, alors que lâchement je t’abandonne chaque jour, comme eux, à une effroyable solitude.

Prière :

Seigneur Jésus, c’est pour moi que tu as connu l’abandon et la souffrance, pour que je vive éternellement auprès de toi. Je voudrais me souvenir de ton amour lorsque le courage me manque pour proclamer ton salut à ceux qui ne le connaissent pas. Je voudrais ne plus fuir, ne pas te renier face au monde, être fier de ton nom. Viens à mon secours, Seigneur, car avec toi, je puis tout.

Vendredi

Marc 15.24-26

Ils le crucifièrent, et se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir ce que chacun aurait. C’était la troisième heure, quand ils le crucifièrent. L’inscription indiquant le sujet de sa condamnation portait ces mots : Le roi des Juifs.

Crucifier un homme, travail de routine pour les soldats romains qui en ont crucifié bien d’autres. Indifférents à la souffrance, ils n’ont qu’un souci en tête, le profit qu’il vont pouvoir retirer de ce travail, le partage des vêtements du condamné. Cependant, c’est un roi qui rend l’esprit sur cette croix, un roi, c’est ce qui est écrit comme sujet de sa condamnation. Le soldat perplexe regarde l’écriteau, être roi, est-ce un motif pour être condamné à mort ? Et puis qu’importe, il faut que je gagne cette tunique, tissée d’un seul tenant, hors de prix. Mais lorsque notre centenier s’est écrié « Assurément cet homme était Fils de Dieu !» j’ai été troublé. Roi, Fils de Dieu, cela fait beaucoup, ce condamné, vraiment, n’était pas de l’espèce habituelle. Plus tard, j’ai rencontré une femme qui m’a dit que le crucifié était mort pour mes péchés. Alors j’ai pleuré, car des péchés, j’en ai beaucoup, mais lui, sa seule faute devant les hommes était d’être Roi et Fils de Dieu.

Prière :

Mon Seigneur et mon Dieu !
Ton amour me dépasse, car c’est pour moi que tu as souffert sur la croix. En mourant, tu m’as donné la vie, car par toi mes péchés sont pardonnés. Sans ce geste d’amour incroyable, Mon Seigneur et mon Dieu, je serais condamné, comme tu l’as été. Mais tu es mort à ma place, et avec ton Père, et mon Père, me voilà réconcilié. Viens occuper, Mon Seigneur et mon Dieu, le trône de ma vie.

Samedi

Matthieu 27.62-65

Le lendemain, qui était le jour après la préparation, les principaux sacrificateurs et les pharisiens allèrent ensemble auprès de Pilate, et dirent : Seigneur, nous nous souvenons que cet imposteur a dit, quand il vivait encore : Après trois jours je ressusciterai. Ordonne donc que le sépulcre soit gardé jusqu’au troisième jour, afin que ses disciples ne viennent pas dérober le corps, et dire au peuple : Il est ressuscité des morts. Cette dernière imposture serait pire que la première. Pilate leur dit : Vous avez une garde ; allez, gardez-le comme vous l’entendez.

Oui, le tombeau était bien gardé, c’est le moins que l’on puisse dire, les responsables religieux avaient tellement peur ! Il est vrai qu’étant eux-mêmes capables de produire de faux témoins, il ne pouvaient que soupçonner les disciples de vouloir exhiber de fausses preuves d’une résurrection de leur Maître. Mais les hommes auront beau multiplier les gardes, les portes, les barreaux, rien ne pourra empêcher la résurrection du Fils de Dieu, ni la propagation de la bonne nouvelle du salut. Ni Dieu, ni ses disciples n’ont besoin de recourir à l’imposture car la Vérité est visible et criante. Aujourd’hui encore, cette Vérité se fait entendre au-delà des persécutions, des mensonges, des prisons. La Vérité est entre nos mains, nous en sommes porteurs, alors ne craignons pas et allons sur les places proclamer haut et fort qu’il n’y a de salut qu’en Jésus-Christ.

Prière :

Gloire à toi, notre Dieu, dont la puissance dépasse les pièges et le mensonge.
Gloire à toi, Dieu de Vérité dont la Parole perdure au travers des siècles.
Gloire à toi, notre Sauveur, que le tombeau n’a pu retenir.
Gloire à toi, Esprit-Saint par qui nous proclamons le nom de Jésus.

Dimanche

Jean 20.15-16

Jésus lui dit: Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit: Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je le prendrai. Jésus lui dit: Marie ! Elle se retourna, et lui dit en hébreu: Rabbouni ! c’est-à-dire, Maître !

Marie de Magdala eut bien du mal à reconnaître son Maître. Mais, qu’il soit ressuscité, c’était tellement extraordinaire ! Cette victoire sur la mort de notre Sauveur crucifié, est sans doute l’événement le plus difficile à croire de toute l’histoire du monde. Mais Marie a vu Jésus avec les yeux de son cœur, avec les yeux de la foi. C’est avec un regard semblable que nous aussi, un jour, nous avons accepté l’impensable et séché nos larmes. Oui, il est vivant ! Cette conviction du matin de Pâques nous accompagne à chaque instant de notre vie et quelles que soient les circonstances, c’est chaque jour que nous crions « Rabbouni », reconnaissant en Jésus notre Sauveur et notre Maître. Ce premier jour d’une semaine différente, neuve, loin de la souffrance et de la mort, ouvre pour nous une route nouvelle, un chemin de vie et d’espérance, dans l’amour du Maître, et à son service

Prière :

Seigneur Jésus, quelle joie en ce matin de Pâques de te savoir vivant, vivant sur ton trône, vivant dans nos cœurs, vivant dans ton Église. Quelle joie de savoir que ton sacrifice pour nous a été agréé par le Père. Ta victoire sur la mort est nôtre aussi, et parce que tu vis, nous vivrons. Comment te rendre grâce, Seigneur, pour tout ce que tu as accompli, comment te remercier pour ton amour ? En ce jour de ta résurrection, nous voulons renouveler notre engagement, et tout te donner Seigneur, tout ce que nous sommes, tout ce que nous faisons. Oui, prends tout, Seigneur, notre Maître.