Une espérance à vivre - une société à construire : introduction aux dix textes de réflexion

Auteur(s) : LIENHARD Fritz

"UNE ESPERANCE A VIVRE - UNE SOCIETE A CONSTRUIRE"
Assises d'Octobre 1999

Texte 1 : Citoyenneté et espérance
Texte 2 : Spiritualité et espérance
Texte 4 : La spiritualité aujourd'hui
Texte 5 : Imaginaire, mémoire et espérance
Texte 6 : A propos de l'espérance
Texte 8 : Espérance et citoyenneté proposition d'animation
Texte 9 : Première tentative de synthèse
Texte 10 : A titre d'envoi : "Figures d'Espérance"

L'espoir fait vivre ", dit un proverbe. Au-delà de l'affirmation que la vie dépend de l'espoir, cette formule a pris une tonalité plutôt désabusée, du style : " tu peux toujours espérer ". Les anciens disaien : " spiro, spero. " Je respire, j'espère. Cette formule qui lie l'espérance à la respiration donne à penser, et permet de dégager comme une axe dans les textes constituant cette brochure, axe à désigner avant de repérer les points de débat et de proposer une démarche de réflexion à tous ceux qui se sentent interpellés par le thème : " une espérance à vivre, une société à construire ".

La formule " je respire, j'espère " laisse apparaître l'espérance comme un soupir, le soupir de la création soumise au néant. C'est la souffrance dans notre monde qui conduit à espérer avec passion un monde où " Il (Dieu) essuiera toute larme de leurs yeux. La mort ne sera plus. Il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car le monde ancien a disparu " (Apoc. 21, 4). En hébreu, le siège de la respiration est le siège de la vie, mais aussi de la soif. Ainsi ce soupir représente comme la soif d'une créature altérée et aliénée par le mal dans notre monde, qui désire un monde nouveau. Au-delà de ce soupir et sur la base de ce désir, il y a la respiration qui demande un espace, appelé par certains " spiritualité " (Marc Lienhard).

De ce point de vue, il apparaît que le chrétien est solidaire avec tout ce qui vit, dans l'aspiration à un monde meilleur. A ce stade d'élaboration, son espérance ne se différencie pas de celle des autres vivants mais s'articule à l'espoir commun. Le chrétien se sent solidaire du vouloir vivre de toute créature qui invite au respect. Mais cet espoir de vie (différent sur ce point de l'espérance) n'a pas encore d'objet précis, il est seulement un vague désir de délivrance.

L'espérance chrétienne, les dix textes de la brochure des Assises en témoignent , s'adresse à une personne précise : le Seigneur Jésus Christ. En ce sens, l'espérance chrétienne est " céleste " (Emile Nicole). Elle se place dans une certaine étrangeté par rapport aux espérances " terrestres " qui animent notre humanité.

C'est pourquoi la proclamation de l'espérance chrétienne inclut également une double dimension critique vis-à-vis des espoirs de l'humanité dans son ensemble et elle s'oppose ainsi aux idoles de notre monde. D'abord elle invite à distinguer l'espérance de l'imaginaire (Olivier Abel). L'espérance ne consiste pas à attendre la réalisation de tous nos fantasmes. Le message de l'espérance en Christ critique également le mode de la consommation sur lequel l'espoir peut s'exprimer dans notre société. Mais elle s'oppose également à toutes les formes de fuite hors de notre monde. Selon une formule souvent utilisée, l'espérance ne consiste pas à changer de monde, mais à changer le monde, plus précisément, d'ailleurs, à changer notre relation au monde. Ainsi l'espérance en Christ nous renvoie à la terre. Ce sont les pères du Christianisme social qui rappelaient le fait que nous prions dans le Notre Père : " que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ". De même, la spiritualité n'est pas déconnectée de l'ensemble de notre humanité, puisqu'elle commence par le désir et s'épanouit dans le "concret ".

Il convient de rappeler aussi que l'espérance chrétienne invite à dépasser la dispersion des désirs qui a été appelée, suite à Max Weber, le polythéisme des valeurs, pour proposer un monothéisme des valeurs. Ce rassemblement des fragments de notre existence dispersée est fondé d'un point de vue éthique sur l'idée de justice qui traverse d'une certaine manière l'ensemble des dimensions apparemment contradictoires de nos vies (Frédéric de Coninck). A partir de ce renvoi de l'espérance vers l'ici-bas, tout en maintenant la différence de la foi chrétienne face aux idéologies du monde, se dessine la seconde partie de notre thème : une société à construire. Les textes de la brochure des Assises sont particulièrement prudents en matière de proposition concrète au sujet de la construction d'une société meilleure. La seule proposition concrète qui est avancée, c'est la remise de la dette pour les pays du Tiers-monde dont on sait qu'ils ne pourront jamais payer (SEL). Il est important que les expériences de terrain des communautés de la Fédération donnent lieu à des propositions. Il est vrai que c'est sur la base d'une fréquentation au quotidien des problèmes de société que des propositions pertinentes peuvent émerger, tant la construction d'une société est affaire aujourd'hui de tissu social, élaboré patiemment au niveau local.
C'est ensuite que se pose la question à quelle échelle se situe la société qui serait à "construire" : la société française ? européenne ? mondiale ?
Telle est donc la première question qui est posée aux communautés locales :

1) Quelles propositions concrètes pour construire une société un peu plus proche des aspirations de l'humanité ?

La seconde question est plus proprement théologique. Dans les tentatives d'articuler espérance chrétienne et construction d'une société, trois dangers sont relevés (Florence Taubmann) : a) le risque d'absolutiser une espérance politique, justifiant les sacrifices des générations présentes aux générations futures ; b) la rupture entre deux règnes qui ne communiquent pas entre eux ; c) le conformisme qui n'ose plus sortir du rang avec des propositions audacieuses.
La véritable difficulté théologique consiste à élaborer une démarche qui permette d'échapper à ces trois dangers. D'où la deuxième question posée aux communautés :

2) Quelle articulation entre notre espérance en Christ et les formes de notre "militance" au sein de notre société ?

La difficulté " politique " qui en découle consiste à formuler des propositions audibles si ce n'est recevables dans notre monde. La question a surgi : " est-ce que l'on peut convaincre la société ? ". Elle se prolonge dans la suivante : comment motiver l'Europe à s'intéresser au reste du monde ? L'espérance invite à dénoncer des modes de vie et des structures qui s'opposent à la soif de vie des humains.

Les textes de la brochure des Assises n'ont d'autre ambition que de nourrir le débat et la réflexion, dans les communautés membres de la Fédération Protestante de France, pour préparer la rencontre d'octobre 1999. Dans le cadre de cette démarche, à côté de la lecture des textes composant cette brochure, le plan de réflexion suivant a été proposé (Christian Bonnet) :

1. Dimension religieuse de l'espérance
- Polythéisme-monothéisme
- Espérance reçue et espérance commune
- Espérance en Dieu et espérance des hommes

2. Dimension prophétique de l'espérance
- Apaiser les peurs
- La mémoire et l'oubli, lutter contre l'éphémère
- Faut-il dénoncer ?
- Faut-il poser des actes symboliques ?

3. Dimension éthique de l'espérance
- éthique locale, éthique générale
- Logique de responsabilité
- Logique de prévention
- La relation à l'argent et à l'économique
- Les équilibres à construire : individuel, social, international
- Les frontières sociales : L'exclusion, les minorités
- Construire avec qui ?

4. Dimension chrétienne de l'espérance
- Face à face avec le Christ
- La vie d'Eglise : terrain d'expérimentation, lieu de ressourcement
- La prière : carburant de l'espérance

Fritz Lienhard

Source(s) : BIP
Date de parution : 1-15 mars 1999