Simplicité de vie : Limites des ressources et partage des richesses

Commission Eglise et Société

L’humanité est aujourd’hui dans un contexte social, économique, technique et politique complètement différent de celui qui s’imposait du temps de l’écriture des textes bibliques. Les moyens d’échanges et de communication, en particulier, permettent d’avoir une connaissance du monde dans son ensemble, notamment de la population, du climat et des ressources de la planète qu’il nous est donné d’habiter. De nouvelles questions émergent.
Après des années de développement « sans compter », il est aujourd’hui possible de mesurer tant l’accroissement de la population que l’abondance des ressources énergétiques, de connaître les mécanismes qui régissent le fonctionnement des diverses « enveloppes » de la terre (atmosphère, hydrosphère, biosphère, géosphère) et d’évaluer l’impact des « développements » en cours. Ainsi peut-on mesurer les conséquences des activités humaines sur la planète. Depuis le début de l’ère industrielle, le recours massif, et croissant, aux énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel), entraine d’importantes émissions dans l’atmosphère, avec une incidence désormais avérée sur le climat.

1. Des ressources limitées

Le recours aux énergies fossiles a entraîné un déstockage massif du carbone accumulé dans l’écorce terrestre depuis plusieurs centaines de millions d’années, qui produit un changement climatique par augmentation de « l’effet de serre ». Aujourd’hui l’humanité atteint progressivement les limites physiques de ces ressources constituées pendant des centaines de millions d’année. En une génération – la nôtre – la maîtrise nécessaire des connaissances et des techniques a permis d’exploiter à notre profit près de la moitié de cette richesse. Or, s’il a fallu près d’un siècle pour réussir cet « exploit », il faudra désormais moins de temps pour atteindre les limites de ces réserves, à des coûts exponentiels.

2. Bilan

Il faut préciser que c’est une petite partie de l’humanité qui a bénéficié de ces ressources. Principalement l’hémisphère nord, qu’il s’agisse de l’Europe, de l’Amérique du Nord ou de l’ancien bloc soviétique. De nouveaux pays industrialisés accèdent depuis peu à ces richesses (Inde, Chine, Brésil…), accroissant fortement la demande, au point que la production peine à suivre. De ce fait, notre génération est placée devant les défis suivants :

- assurer un partage équitable des richesses – notamment énergétiques – de la planète entre les hommes qui la peuplent aujourd’hui.

- se soucier des futures générations : comment en effet accepter de bruler au seul profit d’une seule génération des ressources accumulées au cours des temps géologiques ?

- sortir du pillage des ressources de l’Afrique (réalisé avec la complicité de nombre de ses responsables politiques), pour permettre aux peuples de ce continent de bénéficier de ses richesses et de vivre enfin en paix.

3. Pour un changement d’habitude

Ce ne sont pas les outils scientifiques ou techniques qui manquent mais la volonté politique. La crise à laquelle notre civilisation doit faire face est un défi pour la réflexion, car elle touche à la question de la finalité de la connaissance scientifique, de l’économie marchande et du pouvoir politique. L’humanité doit donc réfléchir sur les principes mêmes qui fondent la science, l’économie, la politique, pour refonder ses pratiques quotidiennes. Outre de possibles solutions scientifiques et techniques, c’est un changement profond non seulement de notre idéal moral, mais de nos mœurs concrètes qui est nécessaire. Cela impliquera nécessairement des débats et de l’information ; cette « conscientisation » permettant de former des citoyens responsables exige de mettre en avant non seulement une éthique de questionnement mais aussi de responsabilité, où l’on cherche à comprendre ensemble les enjeux plutôt que de rechercher des solutions « faciles * ».

«. Soyons conscients que les habitudes, les mœurs sont plus difficiles à changer que nos installations techniques. Par exemple, nous sommes habitués à nous déplacer sans limites, ni de fréquence ni de distance, nous ne savons plus être simplement là où nous sommes. Le plus délicat ici est de changer non pas tant nos opinions que nos habitudes. Et il n’est pas de tâche plus impérieuse, plus délicate, aujourd’hui, que de changer l’image que nous avons de la « vie bonne ». Ce mirage intérieur conditionne des réflexes inconscients qui échappent à l’argumentation.

Pour ébranler l’imaginaire social, bouleverser suffisamment nos préjugés pour littéralement nous convertir, changer l’orientation générale de nos vies, les religions et les arts au sens large sont incontournables. Le recours à l'émotion écologique est un moyen privilégié permettant d’ébranler la confiance quasi religieuse dans le progrès technique. Au-delà de l’émotion il nous faut discerner une vérité, occultée par des discours convenus, qui nous libère pour inaugurer d’autres comportements et d’autres règles de vie commune.

* « le nucléaire, les biocarburants, ou l'hydrogène

4. Savoir rendre grâce

Nous croyons devoir refuser l’optimisme qui prétend qu’il y aura toujours une solution technique, tout comme le pessimisme qui estime que notre monde est irrémédiablement perdu. Le progrès technique, ne nous sauvera pas. Mais ceux-là même qui estimeraient que la fin du monde est inéluctable doivent aussi agir de manière responsable, en attendant. Ni sauveurs de la création, ni spectateurs indifférents de sa perdition, nous sommes appelés à être des gérants fidèles ; de nouveaux acteurs doivent prendre leur responsabilité pour apporter leur contribution.

Les Églises de la Réforme devraient pouvoir témoigner de la sobriété évangélique qui est, selon nous, une voie à retrouver : imaginons une modernité occidentale capable de générer une solidarité fraternelle permettant de partager les biens et les charges de notre planète, de redistribuer les connaissances, les devoirs et les plaisirs. Nous croyons devoir mettre en garde aujourd’hui, comme au premier siècle, contre la séduction de l’argent, du pouvoir et des richesses qui restent le mirage et la prison de tant de nos concitoyens.

Mais nous sommes convaincus que ce sont des ressources spirituelles qui seules nous mobiliseront et nous permettront d’utiliser à bon escient les moyens techniques et politiques à notre disposition. Au cœur de ces ressources, il y a la reconnaissance qui vient de la prise de conscience que nous ne sommes pas les maîtres du monde. Le Créateur nous a fait cadeau d’une planète généreuse qu’il s’agit d’habiter avec mesure et reconnaissance : notre vie est une grâce. La gratitude nous poussera donc à partager ce que nous avons reçu.

Comme le remarque Ricœur dans Parcours de la reconnaissance, « la gratitude allège le poids de l’obligation de rendre et oriente celle-ci vers une générosité égale à celle qui a suscité le don initial ». Face au conflit entre les générations, et face aux inégalités planétaires, la gratitude nous rappelle l’infinie dissymétrie dont nous sommes bénéficiaires, et la solidarité sans laquelle le monde s’effondrerait. Il ne s’agit pas de gagner notre salut, mais de le mettre en œuvre.

Ce n’est donc pas sur une peur apocalyptique que nous préconisons de fonder notre action écologique mais dans la confiance en Dieu, créateur et père, tel que Jésus-Christ nous le fait connaître : "Aimer Dieu et notre prochain comme nous-mêmes.

19 novembre 2008

Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 19 novembre 2008