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Jean-Pierre LeMay
Se tenir debout
Le courage d’être dans l’oeuvre de Paul Tillich
Paris/Québec (Canada), L’Harmattan/PUL, 2003, 427 p.
Le courage d’être est probablement le livre le plus connu de Tillich. S’il est fascinant, il présente aussi bien des difficultés, en particulier le chapitre 6 à la fois très beau et très profond. L’A. (un des mes anciens étudiants de Québec) étudie le thème du courage d’être à travers trois œuvres de Tillich : la Dogmatique de 1925, la Systematic Theology et enfin Le Courage d’être.
Selon Tillich, la mélancolie (un mot dont opportunément ce livre souligne le caractère très fort, pas un simple vague à l’âme mais une « humeur noire »), si elle a des formes pathologiques (qui relèvent d’un traitement psychologique), a surtout une dimension ontologique liée à la nature même de l’homme, à sa finitude, et une dimension existentielle liée à son aliénation (ou péché). Elle témoigne de la puissance du non-être, par quoi il ne faut pas entendre un « néant » ou un « rien », mais une force qui nous agresse et menace de nous détruire. Confronté au non-être, l’être humain a cherché le salut soit dans un sentiment d’appartenance collective soit dans un personnalisme héroïque. Mais le salut ne se trouve ni dans le communautarisme ni dans l’individualisme ; nous le recevons de la transcendance qui nous donne la puissance d’être, c’est-à-dire la force de faire face.
L’argumentation de Tillich présente quatre originalités. D’abord, une analyse, utilisant de nombreux éléments culturels (littéraires et artistiques) des trois formes principales que prend le non-être (la mort, la faute et l’absurde). Ensuite, une compréhension de la transcendance qui conduit à se référer à « Dieu au-dessus de Dieu », c’est-à-dire au-delà de la conception de Dieu devenue classique. Troisièmement, une description de la foi (autre mot pour le courage d’être) qui n’exclut pas le doute et que le doute ne détruit pas ; au contraire il en est un élément constitutif. Enfin une insistance sur la manière dont le quotidien ou le banal implique la foi.
Ce livre dégage très bien les diverses étapes de la réflexion et du raisonnement de Tillich. Il nous offre des analyses précises, claires et bien documentées qui aideront à comprendre une théologie riche et complexe.
(Recension d’André Gounelle) |