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19 mars 2008
 
 
C'est une Bible dans un abri qui a inspiré Chiara Lubich à changer le monde
ENI-08-0114\F
 
Londres, le 19 mars (ENI\Peter Stanford) - Des milliers de personnes ont convergé vers Rome pour l'enterrement de Chiara Lubich, fondatrice catholique romaine du mouvement de renouveau spirituel des Focolari, que l'action au service de la coopération oecuménique et de la paix a fait connaître dans le monde entier.
 
Beaucoup de personnes qui n'ont pas pu trouver de place à l'intérieur de la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs le 18 mars ont regardé la cérémonie sur des écrans géants installés à l'extérieur dans le parc et retransmettant la liturgie en direct. Selon des sources du Vatican, près de 40 000 personnes ont suivi les obsèques.
 
Chiara Lubich est décédée le 14 mars à l'âge de 88 ans.
 
Sa vie a trouvé sa voie lorsqu'en 1943, en pleine guerre mondiale, elle a fondé le mouvement des Focolari, nom qui évoque le foyer et qui symbolise le feu, la chaleur et la lumière. Elle avait alors 23 ans et son ambition était de réunir l'humanité au coeur de la flamme de la foi, de promouvoir la paix et la fraternité parmi les femmes et les hommes de toutes religions, en s'inspirant de l'Evangile.
 
Aujourd'hui, environ deux millions de personnes de 182 pays dans le monde se considèrent comme des amis ou des sympathisants du mouvement. Au moment de sa mort, la fondatrice du mouvement entretenait les meilleurs termes avec des cardinaux catholiques, des archevêques anglicans et des patriarches orthodoxes.
 
Chiara Lubich était née le 22 janvier 1920 dans une famille de la classe ouvrière de Trente, dans le nord de l'Italie. Ce fut lors des bombardements aériens de Trente, durant la deuxième guerre mondiale, que Chiara Lubich, enseignante dans une école primaire, a rassemblé un groupe de jeunes femmes pour secourir les victimes et leur porter des vivres, des vêtements, et des médicaments. Dans les abris, elles apportaient aussi des livres, et notamment la Bible, dans laquelle elles ont découvert une nouvelle inspiration. Une nuit, après un bombardement particulièrement lourd, Chiara Lubich s'est sentie appelée par Dieu à fonder une nouvelle organisation qui accomplirait son oeuvre une fois la guerre finie.
 
Avec ses amies, Chiara Lubich se rendait dans les quartiers les plus touchés de la ville, apportant ce qu'elles pouvaient aux victimes qui avaient tout perdu. Elles avaient peu, mais ce qu'elles avaient, elles le partageaient, suivant le principe que "l'amour conquiert tout". Dans une Europe en ruines, les gens manquaient de tout. Aussi ce fut avec surprise que Chiara Lubich découvrit que d'autres aussi voulaient aider son mouvement, en envoyant des dons en nourriture, en vêtements et en médicaments, qu'elle redistribuait aussitôt.
 
A la fin des années 40, le mouvement s'était rapidement développé, et dès 1949, la région des Dolomites dans le nord de l'Italie devint le centre de rencontres des membres et des adhérents du monde entier. Les camps en plein air étaient comme des "cités" temporaires, disait Chiara Lubich, bâties sur le principe de l'amour partagé. En 1964, la première mini-ville permanente fut fondée à Loppiano, près de Florence. Plus de 500 personnes de 50 nations différentes y vivent aujourd'hui. La plupart des habitants sont des jeunes adultes qui participent pendant deux ans à cette "école de vie" avant de retourner vivre dans leur pays, selon les principes de l'Evangile. Plus de 20 autres villes modèles ont été fondées dans des pays comme l'Allemagne, l'Australie, l'Argentine, la Slovénie et les Etats-Unis, à New York. Toutes ces communautés sont des exemples de la coexistence harmonieuse entre gens de religions et de nationalités différentes.
 
En 1977, Chiara Lubich a reçu le prix Templeton pour le progrès de la religion, et le discours qu'elle a prononcé à Londres devant un parterre de personnalités de toutes religions a été la première ébauche d'une oeuvre intense pour promouvoir l'oecuménisme et le travail interreligieux. Invitée dans le monde entier, Chiara Lubich s'est exprimée entre autres devant 10 000 bouddhistes au Japon en 1980. Elle s'était rendue à New York sur l'invitation de l'imam W.D. Mohammed, leader des deux millions de musulmans noirs et a prononcé un discours devant un rassemblement de 3 000 musulmans. En mai 1998, elle a rencontré 150 juifs du B'nai B'rith à Buenos Aires et a établi un "pacte d'unité" entre les participants juifs et chrétiens.
 
Le prix Templeton n'était que le début d'une longue série d'honneurs décernés à cette femme aisément reconnaissable à ses vêtements flottants et ses lunettes épaisses : en 1981, une distinction, remise par l'archevêque de Cantorbéry, Robert Runcie, pour sa contribution à l'oecuménisme ; la Croix byzantine des patriarches oecuméniques Dimitrios Ier (1984) et Bartholomée Ier (1995) ; en 1996, la Croix d'or de Saint Augustin, remise par l'archevêque de Cantorbéry, George Carey ; le prix de l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture) de l'éducation pour la paix ; et le prix de la civilisation d'amour à Rieti, en Italie. Plusieurs universités lui ont conféré le titre de docteur honoris causa - entre autres, l'Université de Bangkok, en Thaïlande, en 1997, et l'Université du Sacré-Coeur de Milan, en 1998.
 
En 1998, elle devint la première femme à obtenir le Prix européen des droits de la personne, qui lui fut décerné par le Conseil de l'Europe à Strasbourg en septembre. Dans son allocution, elle a souligné que son mouvement s'employait "non pas tant à proclamer les droits de la personne qu'à aider le plus grand nombre de femmes et d'hommes à mener une vie ... empreinte d'amour et de respect pour la personne humaine et pour ses droits".
 
Amener les gens à appliquer dans la vie de tous les jours les principes du Mouvement des Focolari, tel était l'objectif de Chiara Lubich. Pour propager cette parole, Chiara Lubich a su se servir des médias : elle a fondé 28 maisons d'édition, qui publiaient un total de 300 titres chaque année. Consciente aussi de l'importance des relations avec les membres du mouvement, qui se développait de plus en plus, elle maintenait le contact avec les adhérents en leur transmettant chaque mois "parole de vie", une phrase choisie par elle dans l'Evangile et un commentaire diffusé en 80 langues par les biais de la radio, de la télévision et du site Internet de l'organisation.
 
Le monde en développement est toujours resté cher à son coeur, et le Mouvement est présent dans les régions défavorisées, comme aux Philippines, où il gère des écoles qui reçoivent 1 000 enfants, et au Brésil il a aidé à la mise en place de coopératives agricoles. Il est aussi actif dans les zones de trouble : en Irlande du Nord, où Chiara Lubich a participé à l'organisation de conférences de paix, et en Croatie où le Mouvement a ouvert une école pour 70 enfants de différentes origines ethniques.
 
En 1991, lors d'un voyage au Brésil, elle a inventé l'expression "économie de partage" pour interpeller l'économie de consommation. Ce projet, qui a attiré quelque 750 petites et moyennes entreprises dans le monde, qui s'engagent à mettre leurs profits au service des défavorisés et à former davantage de gens à "la culture du partage".
 
En 1997, elle a été l'un des principaux intervenants lors du deuxième Rassemblement oecuménique européen à Graz, en Autriche, qui a rassemblé des milliers de personnes de toutes les principales traditions chrétiennes d'Europe.
 
Cinq ans plus tard, Chiara Lubich s'est rendue au Conseil oecuménique des Eglises (COE) à Genève, où, dans un communiqué commun avec le secrétaire général d'alors, Konrad Raiser, elle avait exhorté les Eglises à faire preuve d'un "authentique repentir" dans leur recherche de l'unité. "A mesure que les Eglises se rassemblent pour manifester une unité sincère, les attitudes envers Dieu et envers les autres doivent être changées."
 
Des représentants du COE et des traditions orthodoxe, anglicane, luthérienne et réformée étaient présents à Rome pour ses obsèques. La télévision publique italienne a retransmis la cérémonie en direct et au moment de l'Eucharistie, le commentateur a fait la remarque suivante : "Chiara, à ce moment, aurait souffert, parce que les chrétiens qui ne sont pas catholiques ne peuvent pas recevoir la communion. Malheureusement, les Eglises restent divisées." (1356 mots)
 
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