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01 avril 2008
Selon un responsable d'Eglise, des bandes disparates sèment actuellement la terreur au Darfour
ENI-08-0126\F
Nyala, Soudan, le 1er avril (ENI\Fredrick Nzwili) - Au Soudan, dans la région occidentale du Darfour, les organisations humanitaires doivent affronter une nouvelle menace : des milices armées itinérantes faisant partie de nouveaux groupes de rebelles n'ayant pas de programme politique connu s'attaquent aux véhicules pour s'en emparer, en tuant parfois des travailleurs humanitaires.
"Les groupes d'action humanitaire sont maintenant plus que jamais des cibles", a déclaré au correspondant d'ENI à Nyala, au sud du Darfour, le pasteur Fred Nyabera, directeur exécutif de la Communauté des Conseils chrétiens et des Eglises des Grands Lacs et de la Corne de l'Afrique". Ils travaillent dans des conditions très difficiles, en étant exposés aux menaces que représentent les factions armées et les éléments criminels".
Le pasteur Nyabera fait partie d'une équipe internationale composée de représentants d'Eglise, notamment du secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises, le pasteur Samuel Kobia, qui effectuent du 26 mars au 2 avril une visite au Soudan. Cette équipe se rend à Khartoum, dans le Darfour et la partie sud du Soudan. D'après les personnes travaillant avec les groupes d'aide humanitaire soutenus par l'Eglise dans la région, les groupes rebelles dissidents ont modifié profondément le conflit au Darfour, alors que les causes initialement défendues portaient sur les droits, les ressources et le développement. Au début, on comptait trois grands groupes de rebelles, maintenant on estime à au moins 25 le nombre de milices.
Le Darfour, une région située à l'ouest du Soudan d'une taille comparable à celle de la France, est le théâtre de la plus grande opération humanitaire au monde suite à un conflit qui, selon les experts des organisations internationales, a entraîné la mort de plus de 200 000 personnes et en a fait fuir 2,5 millions.
Les travailleurs humanitaires ont expliqué à la délégation des représentants d'Eglise que le Darfour était une région difficile et dangereuse, mais qu'ils y restaient à cause des besoins immenses des populations déplacées. Auparavant, le conflit avait été marqué par des actions violentes, notamment des meurtres et des viols, qui auraient été commis par les janjawid, une milice essentiellement arabe et progouvernementale dont le nom signifie : hommes à cheval.
Néanmoins, selon les habitants de la région, les janjawid disparaissent peu à peu pour laisser la place à des bandits et à d'autres milices.
Au cours d'attaques séparées début mars, des bandits ont tué trois chauffeurs de camion du Programme alimentaire mondial. Puis, le 24 mars, des hommes armés non identifiés ont tiré sur un chauffeur du Programme, Mohamed Ali, et blessé son assistant alors qu'ils se rendaient à Nyala pour tenter d'y apporter une aide humanitaire.
"On nous a parlé d'une augmentation des vols de voiture s'accompagnant de violences exercées sur le personnel humanitaire et de travailleurs humanitaires qui sont tués par ces groupes", a déclaré le pasteur Nyabera en tant que membre de la délégation du COE lors de la visite de Nyala dans le Sud Darfour.
Selon les informations disponibles, le Programme alimentaire des Nations Unies aurait ainsi perdu plus de 50 camions.
"Nous sommes extrêmement choqués et profondément attristés par ces incidents. Les chauffeurs qui acheminent l'aide humanitaire du PAM et nos prestataires externes doivent affronter quotidiennement des violences", a déclaré le représentant du PAM au Soudan, Kenro Oshidari, dans un communiqué de l'agence de presse soudanaise le 25 mars.
Plusieurs autres organisations, dont des organisations humanitaires chrétiennes, ont également signalé que leurs véhicules avaient été attaqués et braqués par des bandits.
D'après certains habitants du Darfour, les véhicules sont vendus dans les pays voisins, le Tchad ou la Libye, d'autres sont équipés d'armes à feu et utilisés dans le conflit. D'autres encore sont démontés et vendus en pièces détachées.
"Il n'y aura de paix équitable pour personne tant que ce conflit n'aura pas été réglé", ont rappelé les responsables d'Eglise au Soudan dans une déclaration en date du 26 mars.
En mai 2006, un accord de paix pour le Darfour a été signé entre le gouvernement soudanais et le groupe rebelle le plus important, mais il a été rejeté par deux petits groupements rebelles.
"Il y a eu des pressions exercées sur ceux qui ont signé, sur ceux qui n'ont pas signé et sur ceux qui ne l'ont pas appliqué", a déclaré le pasteur Yesse Kubo de l'Eglise épiscopale (anglicane) au Soudan. Tout en se montrant optimiste à propos de la paix au Darfour, il a ajouté qu'il restait encore beaucoup à faire.
D'après certains responsables d'Eglise, il faut trouver une solution politique pour le Darfour et que toutes les parties concernées manifestent leur volonté d'y parvenir. Cela augmenterait la capacité de la population locale à surmonter l'adversité, qui, malgré les violences, continue à se rendre au marché de Nyala.
"J'ai constaté à Nyala que les gens étaient décidés à survivre coûte que coûte", a déclaré le pasteur Nyabera. "Avec davantage de sécurité, la vie de la population serait plus supportable". (833 mots)
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