Texte du professeur Jean-François COLLANGE,
président du Directoire de l’Eglise de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine (luthérienne)
et membre du Conseil de la Fédération protestante de France.
Il représente à cette cérémonie le pasteur Jean-Arnold de CLERMONT, président de la Fédération protestante de France.
Une fois de plus, avec la profanation de ce cimetière juif, ici à Herrlisheim, c’est l’humanité – l’humanité tout entière - qui se trouve blessée.
Bien sûr, c’est d’abord la mémoire et le dépôt sacré du peuple juif qui sont visés et cruellement frappés. C’est pourquoi nous exprimons à ce peuple frère notre émotion et notre solidarité dans l’épreuve ; avec lui, nous disons notre indignation devant ces actes barbares, que nous condamnons sans appel. Ce peuple frère nous a précédés sur le chemin de la foi ; la source de sa piété est notre source ; son Dieu est notre Dieu ; ses enfants sont les nôtres. Aussi, devant ces tombes profanées et ces mémoires salies, nos cœurs s'emplissent de tristesse et monte notre colère.
Et cette colère monte des entrailles mêmes de la terre, de cette terre d'Alsace, de cette terre de France, de cette terre d'Europe, qui a su accueillir en son temps dans ses bras les corps de ces sœurs et de ces frères juifs, dont nous saluons la mémoire.
Mais au-dessus de la terre meurtrie en colère, se tend l'arc-en-ciel du Dieu tout-puissant et miséricordieux. Dieu des couleurs et non du gris ou du vert-de-gris ; Dieu de la diversité des couleurs ; Dieu arc-en-ciel pour une humanité arc-en-ciel !
Dieu de la diversité et du respect de la diversité et de la différence. Dieu de la paix et de la réconciliation et non de la haine et de l'exclusion. Dieu de la tolérance ; non pas de celle qui côtoie souvent l'indifférence et la lâcheté, mais de celle qui se marie avec la conviction ; Dieu de la tolérance comme conviction.
L'arc tendu au-dessus de la terre de ce Dieu-là, protège les humains, protège l'Homme contre les démons qui l'assaillent de toutes parts et ne manquent pas, trop souvent, de l'égarer. Cet Homme, c'est encore celui dont témoigne la voix de ce juif agnostique que fut Primo Levi, emprisonné dans les camps de la mort :
"Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c'est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c'est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N'oubliez pas que cela fut,
Non ne n'oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants,
Ou que votre maison s'écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous "