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Avec les chrétiens d’Irak
« Résister », tel est le témoignage des chrétiens irakiens

 

Le pasteur Didier Crouzet, chargé de mission pour les relations internationales de l’Église réformée de France, a participé au voyage de la délégation "Pâques avec les chrétiens d'Irak", du 11 au 19 février 2008, comme représentant de la Fédération protestante de France.

 

Protestants.org— En quoi la dimension œcuménique était-elle importante pour ce voyage ?
Didier Crouzet — En plus d’un message de solidarité et de soutien, la délégation tenait à donner un message d’unité aux chrétiens d’Irak. Le christianisme irakien est une mosaïque complexe, traversée aussi par des tensions. C’est notre manière de dire qu’on a tout intérêt de travailler ensemble. Je crois que des hommes et des femmes ont perçu ce message d’encouragement.

Quelles sont ces tensions ?
Au sein des Églises irakiennes, plusieurs points de vue s’affrontent sur les perspectives politiques. Ainsi certains sont favorables au regroupement des chrétiens dans une sorte de zone autonome qui se situerait dans le Nord de l’Irak, au sein du Kurdistan, là où justement se trouvent 250 000 réfugiés. Le gouvernement kurde, notamment avec l’action du ministre des finances Sarkis Aghajan, a fait construire 10000 maisons dans ces villages autrefois détruits par le régime de Saddam Hussein. Cette option d’une région autonome est d’ailleurs soutenue par les États-Unis. En revanche, d’autres chrétiens irakiens revendiquent le droit de continuer à vivre dans tout l’Irak au nom de l’universalité du christianisme et de sa présence très ancienne en Mésopotamie. Pour ces chrétiens, c’est la seule alternative en vue d’une reconstruction du pays dans son ensemble. Enfin, la perspective de l’exil est envisagée par bon nombre de chrétiens qui ne se voient pas d’avenir à court terme dans le pays.

Au retour de la délégation, Mgr Stenger a déclaré qu’il était nécessaire que l’Europe intervienne. Pouvez-vous préciser dans quelles mesures ?
La délégation souhaite intercéder auprès des responsables politiques européens afin que ceux-ci soutiennent les forces de reconstruction en Irak dans les domaines économique, de la formation, etc. Le pays aurait grand besoin que l’Union européenne joue un rôle majeur dans la reconstruction.

Plus personnellement, qu’avez-vous retenu de votre voyage ?
En rencontrant ces hommes et ces femmes, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mes ancêtres huguenots car ces chrétiens connaissent l’exil et la persécution. Un médecin, démis de ses fonctions de directeur de l’hôpital de Kirkouk parce que chrétien, a reçu des menaces de mort et craint d’être enlevé en échange d’une rançon. Le kidnapping est devenu un sport national en Irak et touche chrétiens et musulmans d’ailleurs ! Ce médecin, grâce à sa formation, pourrait quitter l’Irak. Je lui ai demandé pourquoi il restait. Il m’a répondu : « C’est mon pays et c’est mon devoir de transmettre la foi de mes ancêtres à mes enfants. » Voilà, ces gens sont pour moi des témoins de ce « résister » cher aux protestants.

Des projets de jumelage entre diocèses et paroisses ont été évoqués par Mgr Stenger. Du côté protestant, comment concrètement pouvons-nous manifester notre solidarité ?
Des dons peuvent être versés sur un compte spécial ouvert par Pax Christi pour cette opération .
Il faut reconnaître que le protestantisme français a davantage de liens avec des pays tels que le Liban. Dans le cadre du voyage, pour des raisons d’organisation très serrées et de sécurité, je n’ai pas pu rencontrer des chrétiens autres que catholiques. Cependant, le christianisme irakien comprend également des anglicans, des communautés évangéliques qui grandissent.

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