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Les évangéliques et les questions éthiques

Un congrès européen portant sur les questions éthiques a réuni près de 370 évangéliques à Strasbourg. Le Bulletin d’information protestant a saisi l’occasion d’interroger le pasteur Luc Oleknovitch sur la manière évangélique de se saisir de ces sujets brûlants.

Luc Olekhnovitch, vous êtes pasteur de l’Union des Eglises évangéliques libres et vous présidez la commission d’éthique libro-baptiste. Quel est l’objectif de cette commission ?

L’origine de cette commission remonte à un vœu voté par le synode de 1995 des Eglises Evangéliques Libres. Sa création correspondait à un double souci de mieux faire entendre la voix des évangéliques au sein de la Fédération protestante, et en particulier dans ce qui était alors sa commission d’éthique, et de pallier un déficit de réflexion interne dans ce domaine. Ce double souci étant partagé par la Fédération des Eglises évangéliques baptistes, nous avons mis en commun nos ressources pour créer une commission d’éthique.

Les réseaux associatifs et d’Eglises évangéliques expriment-ils des attentes en la matière ?

La demande nous parvenant de nos Eglises ou associations, pour être honnête, est assez faible. En même temps, j’ai été sollicité par une Eglise pentecôtiste pour assurer une conférence sur les conséquences des biotechnologies ce qui est quand même assez pointu ! Il faut dire que cette Eglise est fréquentée par des médecins et des infirmières d’un hôpital spécialisé dans la procréation médicalement assistée...

Tout récemment, j’ai rencontré le directeur d’une institution évangélique pour adultes lourdement handicapés qui était en demande de réflexion sur les questions de fin de vie.

Y a-t-il une manière évangélique de travailler les questions éthiques ?

Frédéric de Coninck sociologue, explique que l’approche réformée des questions éthiques partent de la société tandis que l’approche évangélique part de l’Eglise. Je rajouterai que l’approche évangélique est en réponse aux attentes du 1er commandement du Décalogue qui commence par la famille avec « honore ton père et ta mère », d’où les débats sur les questions d’éthique familiale. On aborde les sujets par la base plutôt que par le haut. Notre commission a néanmoins le désir d’anticiper les attentes. Le Défi Michée par exemple, c’est une manière de penser l’éthique.

Quels sont les sujets sur lesquels la commission a travaillé ?

Nous avons commencé par le PACS, qui s’appelait alors le CUCS, sujet brûlant du moment. Nous avons aussi réagi au projet de réforme du droit de la famille, la corruption en politique, les problèmes posés par la recherche sur l’embryon humain, l’arrêt Perruche, les question de fin de vie. Sur certains sujets (pornographie, homosexualité) plutôt que faire des déclarations, nous avons préféré proposer des dossiers de réflexion à plusieurs voix publiés dans les « Les cahiers de l’école pastorale » ou nos journaux nationaux : « Construire Ensemble » le mensuel baptiste, et « Pour la Vérité » le mensuel libriste.

Quels sont les travaux en cours ?

Nous étudions actuellement un texte sur le mariage homosexuel vu sous un triple angle anthropologique, psychologique et théologique. Nous avons aussi mis à notre agenda la question de l’immigration et du droit d’asile. De plus les Eglises évangéliques, parce qu’elles sont des lieux d’accueil de personnes en détresse, se trouvent de plus en plus confrontées à ce problème. J’ai rencontré au congrès d’éthique organisé par le CPDH à Strasbourg des évangéliques fortement engagés sur ces questions.

Vous avez participé au Congrès européen d’éthique organisé par le CPDH- Comité protestant pour la dignité humaine à Strasbourg sur le thème « Et l’homme dans tout ça – Repères dans une société sans limites ». Une déclaration a d’ailleurs été adoptée, à consulter sur www.cpdh.info

Quels sont les enjeux pour le monde évangélique et le protestantisme en général ?

J’ai perçu dans ce congrès un triple désir qui me paraît très intéressant : désir d’unité, de pensée, de douceur. Le désir d’unité était perceptible dans le choix du CPDH d’associer toutes les tendances du monde évangélique à cet événement et même des catholiques, le désir de penser les questions dans le choix des orateurs qui privilégiait les théologiens, historiens etc., sur les purs militants. J’ai aussi ressenti dans le choix de certains sujets sociaux et politique un désir de porter un regard chrétien sur la société en général.

La militance était aussi au rendez-vous, mais sans dureté et avec au contraire un désir de… douceur. Cela a été bien souligné par Florian Rochat le président du CPDH citant le Ps 45.5 : « défends la vérité, la douceur, la justice ! »

Signes aussi d’ouverture au monde protestant : l’invitation de Nicole Deheuvels, de La Cause, et plus encore du président de l’ECAAL Jean-François Collange, qui a malheureusement été empêché. D’une manière générale, j’ai le sentiment que le temps n’est plus aux guerres de tranchées mais au contraire à nouer des alliances nouvelles. La grande nouveauté qui est certainement capitale pour l’avenir du mouvement évangélique est l’ouverture d’Eglises pentecôtistes à ces questions d’éthique.

Ce n’est pas à moi de dire quelles sont les suites à donner à ce congrès, mais je crois qu’il faut maintenir cet élan d’unité et cet effort de formation du public évangélique. Ainsi, le CNEF (Conseil national des évangéliques de France) a contacté Chritiane Huang de la Fédération des Eglises évangéliques de France (FEF), Jean-Claude North, pentecôtiste, Michel Johner de l’Union des Eglises réformées évangéliques indépendantes et moi-même pour lancer une plateforme de réflexions éthiques.