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Riforma
Textes et documents

Procréation médicalement assistée
Les raisons d'un choix

Matériels, réflexions, déclarations, documents de nos Eglises sur les questions soulevées par quatre référendum abrogeant partiellement la loi 40 / 2004 soumises au vote les 12 et 12 juin 2005.

Introduction

Par ce dossier, réalisé avec l’agence Nev 1 de la Fédération des églises évangéliques en Italie (Fcei), Riforma et la Fcei veulent ensemble contribuer au débat qui est en train de se dérouler dans notre pays sur la procréation médicalement assistée. Nous sommes convaincus que dans l’espace public que l’état garantit à tous les citoyens et à chaque organisation culturelle, politique, religieuse, philosophique, on peut et on doit exprimer son propre point de vue dans une confrontation démocratique en vue de choix conscients.

1Notizie evangeliche (Nouvelles évangéliques)

Il est clair que, pour nous, protestants, il n’existe pas de point de vue officiel, univoque, d’autant plus sur une question aussi délicate et complexe que celle qui est l’objet du prochain référendum des 12 et 13 juin 2005. Nous sommes encore une fois placés devant le principe cardinal de la Réforme protestante du 16 ème siècle de la liberté de conscience, et avant de décider nous voulons nous informer. Tout en n’étant pas à la remorque d’aucune directive d’en haut, il est clair que la sensibilité qui émerge dans nos églises (à partir de ce qu’il nous est donné de comprendre aussi à travers le débat qui depuis un moment se développe dans les colonnes de l’hebdomadaire Riforma, tout autant que dans le Bulletin Nev qui a fourni une vaste documentation) à propos du prochain référendum est orientée, essentiellement, à voter oui. Non pas tant au sens que le oui correspond de façon complète à nos attentes spécifiques de peuple évangélique, mais plutôt dans la perspective que le pays se dote d’une loi qui réponde aux attentes d’une société moderne. Il en était déjà ainsi pour nous lors du vote sur les questions de l’avortement et du divorce.

En effet, non seulement notre liberté de conscience nous tient à cœur mais aussi celle des autres. Et nous tient à cœur aussi, en tant que citoyens de cet état, la participation au vote. L’invitation à l’abstention lancée avec beaucoup d’emphase par la hiérarchie catholique nous semble un acte irresponsable et puéril qui nous attriste. Il est vrai que nous sommes obligés d’aller voter, mais nous irons voter non pas parce que c’est une obligation mais pour honorer cette démocratie issue des ruines du fascisme qui prônait le renoncement à la participation critique et responsable.. Le matériel que nous présentons est le fruit de réflexions personnelles et collectives dans lesquelles nous nous reconnaissons substantiellement : nous pouvons les faire nôtres ou désapprouver ces positions qui ont de toutes façons mûri dans le débat qui s’est déroulé dans les églises appartenant à la Fcei. Il aurait été un péché pour nous de ne pas présenter de manière organique les raisons d’un choix que, en tout cas, nous ferons de manière consciente dans le respect de la vie et des personnes touchées par la loi 40 de 2004.

Giuseppe Platone 2

2 Rédacteur en chef de Riforma


Fédération des églises évangéliques en Italie

Le Conseil de la Fédération des églises évangéliques en Italie (Fcei), dans sa séance des 14 et 15 mars 2005, est entré dans le débat sur les referendums sur la procréation médicalement assistée, en approuvant l’acte suivant :

« Le Conseil, après un vaste débat à propos du prochain référendum sur la procréation médicalement assistée, souligne le principe de l’autonomie et de la responsabilité de chaque croyant, appelé personnellement à élaborer, à la lumière de l’Evangile et dans le dialogue avec ses frères et ses sœurs dans la foi, sa propre vision de la vie et à faire des choix autonomes même en matière politique. Il veut quand même réaffirmer certains principes plusieurs fois exprimés par nos églises ces dernières décennies :

Il souhaite que, sur les questions objets du référendum, soit fournie par les médias une information vaste et équilibrée qui puisse permettre une participation consciente des citoyens au vote. »


La loi doit respecter la pluralité et la problématique des points de vue

Massimo Aprile 3

3 Coordinateur du Département de théologie de l’Union chrétienne évangélique baptiste d’Italie (UcebiI).

En tant qu’églises et en tant que citoyens nous nous sentons appelés à répondre à deux questions de fond. La première est : quand commence la vie humaine ? Le problème n’est donc pas tant si on veut défendre ou non la vie, mais il s’agit, si possible, de s’accorder sur sa définition. La seconde question est : est-il nécessaire que l’Etat détermine des critères et des limites législatifs, aussi restrictifs, auxquels tous devront se soumettre, là où, au contraire, doit valoir l’autonomie et la décision libre des citoyens ?

Commençons par la première. Certains, ceux qui ont demandé et obtenu la reconnaissance du statut juridique de l’embryon humain en tant que personne, veulent que la vie humaine soit déjà présente en lui. D’autres placent carrément ce début de la vie à la conception. D’autres encore font référence au battement du cœur, ou au moment où le fœtus est en mesure de survivre séparé du corps de sa mère. Toutes ces définitions sont en quelque sorte incertaines et renvoient à la reconnaissance qu’il sera probablement impossible de se mettre totalement d’accord sur le début de la vie. Il est évident en effet que nous sommes face à un processus. Le devoir du croyant est, si possible, d’intégrer ces notions à caractère biologique à d’autres qui concernent la foi en Dieu, l écoute des Ecritures, l’écoute de la volonté des personnes impliquées qui sont en mesure d’exprimer leurs désirs.

Le désir d’un enfant et d’une descendance est très fort dans les histoires de la Bible. On se heurtait souvent au problème de la stérilité qui dans les temps biblique était faussement attribué exclusivement à la femme. La stérilité était considérée en ce temps-là comme une malédiction.

L’histoire du salut du peuple hébreu avance souvent à travers ce drame, résolu ensuite de diverses façons. Souvenons-nous de l’histoire d’Abraham et de Sarah, de la stérilité de Rebecca, de Rachel et encore de l’histoire d’Anne, mère de Samuel, jusqu’au Nouveau Testament avec l’histoire d’Elisabeth et de Zacharie racontée dans l’évangile de l’enfance de Luc 1, 5 et sq. Ces histoires attestent le fort désir d’enfant et l’action de Dieu visant à résoudre l’état de stérilité humaine.

Une autre chose qu’on peut dire à partir des Ecritures est que la vie humaine est définie sur la base des relations. La doctrine fondamentale de la Trinité, partagée par tous les chrétiens, atteste que même Dieu est la relation intime entre le Père créateur, le Fils rédempteur et l’Esprit qui suscite dans l’église dons et ministères.

C’est pourquoi la façon dont se pose le problème théologique de fond nous pousse à aller au-delà du point de vue biologique pour chercher une définition de la vie humaine qui comprenne les relations avec Dieu, avec le prochain et avec la création. Cela rend encore plus difficile la position des évangéliques face aux problèmes éthiques du début et de la fin de la vie.

Il est peut-être plus facile de répondre à la seconde question. Il ne me semble pas légitime dans un contexte de pluralité culturelle comme le nôtre, que celui qui manifeste une opinion différente sur le début de la vie humaine soit considéré comme criminel ou que l’avortement thérapeutique soit considéré comme un crime consenti par les lois de l’Etat. De cette façon on passe au jugement sans appel où une des parties se confère à elle-même l’unique autorité morale pour juger la question. En Italie on ne peut pas nier la tendance de l’église catholique romaine à transformer en lois de l’Etat ses convictions théologiques, morales et philosophiques. Alors que le catholicisme a tout à fait le droit d’interdire à ses fidèles la fécondation avec donneur(s), l’avortement et le recours aux techniques de fécondation en laboratoire qu’elles considèrent comme opposées à ses convictions, sa prétention à étendre ces refus à qui n’est pas catholique n’est pas admissible. Les questions du début et de la fin de la vie, à notre avis, doivent être traitées sous plus d’angles de vue. Si on ne respecte pas la pluralité, on risque à la longue de miner le vivre ensemble même de la société civile.

En conclusion, nous pensons que la loi 40 ne répond pas aux critères de problématique et de pluralité, en particulier en ce qui concerne l’interdiction d’expérimentation sur les embryons surnuméraires, reste inévitable des techniques de procréation assistée.


Equilibrer la doctrine et le principe avec la sensibilité et la compassion

Armée du Salut

En vue du référendum sur la procréation médicalement assistée (Pma) des 12 et 13 juin prochains, et dans le but de favoriser une participation informée des salutistes italiens, qui restent de toute façon libres d’exprimer leur avis personnel selon les impératifs de leur conscience individuelle, nous livrons les lignes qui suivent comme guide, basées sur la déclaration (Position Statement) approuvée par le Quartier général international ayant son siège à Londres et adoptée par différents « territoires » :

Les questions soulevées par la Pma sont diverses et complexes. Il n’y a pas de réponses faciles. L’Armée du salut continuera à s’efforcer d’équilibrer la doctrine et le principe avec la sensibilité et la compassion. Tout en maintenant nos convictions, notre désir fondamental est d’offrir l’amour et le conseil au nom du Christ à ceux qui choisissent ces moyens pour accéder à la parentalité.


Il n’existe pas d’être humain hors de la relation

Letizia Tomassone 4

4 Pasteure de l’Eglise vaudoise

C’est une dimension que les législateurs, pratiquement que des hommes, n’ont pas su saisir à partir du savoir féminin des dernières décennies : qu’il n’existe pas d’être humain en dehors de la relation ; qu’on naît dépendants de l’amour qui nomme, et encore toujours liés au corps de la femme. Pour cela les législateurs ont dû reconstruire cette dimension à travers une série d’obligations et d’interdits. Et pourtant « les soins maternels ne répondent pas au devoir, mais à l’amour libre, ou sont moins que rien… ici la chose la plus nécessaire de toutes ne peut advenir que gratuitement » (Luisa Muraro, Il Dio delle donne – le Dieu des femmes – Mondadori, 2003)

La dimension de la relation est fondamentale parce qu’elle ramène l’acte de procréation à sa dimension réelle et asymétrique où un enfant naît par le désir-projet des parents ou de la mère. Le fait que ce soit une relation asymétrique génère des peurs face à une supposée toute puissance féminine et maternelle : c’est la peur de l’enfant d’être abandonné. C’est la peur masculine qui n’accepte pas de pouvoir être inclus dans le projet parental seulement à travers l’amour qui implique liberté, décision, chemin ; non à travers le pouvoir et le contrôle.

Qu’est aujourd’hui la famille ? Le critère d’un amour qui devient partage et projet ne serait-il pas suffisant et haut ? Un critère qui interromprait les hommes et les femmes croyants ou laïcs et remettrait de nouveau en jeu le liberté de décider dans la limite de la relation, qui peut être une joie : en redonnant à l’enfant le statut de sujet aimé et nommé, non pas porteur de droits en conflits avec la mère.

L’effort de la liberté de conscience

(extrait de Nev, n° 12, 23 mars 2005)

Gianni Genre 5

5 Modérateur de la table vaudoise

Le fait que tous les quatre ou cinq jours la hiérarchie catholique doive sortir des déclarations toujours plus lourdes au sujet des référendums, presque comme s’il y avait un manque de confiance dans ses fidèles, dénote une difficulté objective. Aujourd’hui les laïcs sont remis vraiment en cause ; fait vraiment surprenant ! Est-il possible que Ruini 6 revendique maintenant aussi un pouvoir juridictionnel sur les personnes non catholiques ? Ma pensée va en premier lieu aux amis catholiques croyants, et j’en ai beaucoup, qui voient leur autonomie de jugement littéralement piétinée. Cet état de fait me remplit de tristesse. Mais le débat sur ces thèmes me conduit à poser la question de la centralité de la foi chrétienne, c’est-à-dire : qu’est-ce qui produit la foi chrétienne ? Quelle est l’annonce de l’Evangile ?

6NDLT : Le cardinal Ruini est l’actuel archevêque de Rome.

Le protestantisme et la Réforme affirment un rapport direct à Dieu, que quiconque peut avoir. Un rapport qui demande un effort, mais qui amène à faire des choix autonomes, indépendants. Dans cette perspective la foi chrétienne crée liberté et responsabilité ; elle appelle la conscience humaine à devenir adulte. Ruini propose et impose une vision catholique de la foi chrétienne que je croyais dépassée : c’est-à-dire le rapport médiat entre le croyant et Dieu. C’est seulement à travers la médiation de Ruini qu’on peut arriver à la volonté de Dieu. Mais de cette façon on perd la notion de ce qui est vraiment important. L’obéissance au médiateur, à la hiérarchie ecclésiastique devient centrale. L’obéissance par sa nature même crée de la dépendance, pas la liberté.. Ruini veut des esclaves obéissants. Et il les trouve. Parmi eux, le sénateur à vie Giulio Andreotti qui récemment a déclaré à la presse : « j’obéis, je n’irais pas voter ».

Je sais en revanche que ce n’est pas l’avis de beaucoup d’amis catholiques, que la Parole de Dieu a rendu libres. « Si vous persévérez dans ma Parole, vous êtes vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » (Jean 8, 31 – 32). Voilà le centre de la foi chrétienne. L’evangile amène à la liberté, non à l’obéissance. J’espère que sur ces questions on pourra vite avoir un débat public, théologique et biblique entre Ruini et ceux qui pensent différemment de lui.


« Que voterai-je en tant que protestant »

Extrait de Confronti, mai 2005

Ermanno Genre 7

7 Professeur à la Faculté vaudoise de théologie et membre de la Commission de bioéthique de la Table vaudoise.

Les raisons qui m’amènent à voter « oui » aux quatre questions référendaires ne sont pas de nature différente de celles de tous ceux qui s’exprimeront de la même manière bien que n’étant ni chrétiens ni protestants. Comme déjà pour les deux référendums sur le divorce et sur l’interruption volontaire de grossesse, laïcs et croyants peuvent partager largement les motivations, les analyses et les objectifs de ce référendum, sans pour cela nier leurs différentes appartenances. Il en sera de même pour celui qui votera « non ».

Le référendum a été décidé parce que le Parlement a failli dans ce qui était son devoir spécifique : faire une bonne loi. Une loi qui favorise et régule la procréation assistée ; le texte approuvé par le Parlement rend en réalité pratiquement impossible la procréation assistée. Les quatre questions du référendum entendent donc corriger la loi, non l’abolir, même s’il est clair que, au cas où le oui l’emporterait, elle devrait être précisée sur certains points (dans la ligne indiquée par Amato). La loi 40 n’est cependant pas seulement le produit de l’arrogance de celui qui nous (mal)gouverne, il y a aussi une lourde responsabilité particulière des sommités de l’Eglise catholique romaine qui ont voulu imposer un point de vue « confessionnel » sur une question qui concerne toute la société italienne. La responsabilité de l’église romaine est lourde parce, au lieu de chercher le chemin de la médiation, elle a voulu créer un mur contre un mur en jouant dangereusement sur un opposition catholiques – laïcs qui n’a pas de sens.

Le cardinal Ruini s’est auto-investi chantre de cette mauvaise loi contre tout et tous ; il n’a voulu ouvrir aucun dialogue, il a adopté un comportement de fermeture totale contre tout autre point de vue que le sien. Mais quel enseignement moral donne l’Eglise catholique aux citoyens italiens en les invitant au non vote, c’est-à-dire à renoncer à ce qui est un droit-devoir de tout citoyen ? Que se cache-t-il derrière l’abstentionnisme ? Certainement pas une noble préoccupation pastorale mais un calcul politique bien précis… le cardinal a fait ses comptes. Sur la base d’un socle dur de 30 % d’Italiens qui ne va pas voter, il est plus facile d’en convaincre encore 20 % de rester à la maison plutôt que d’inviter les citoyens à aller voter et voter « non ».

Derrière l’invitation à l’abstention il y a donc, en amont, une attitude de totale défiance envers les citoyens catholiques ; le cardinal sait que beaucoup d’entre eux iront voter et que la majorité votera « oui » ! Voilà, en pleine lumière, la pastorale du cardinal… au lieu d’intervenir au sujet des problèmes et de proposer un débat libre et transparent, il recourt à l’arme de l’abstention. Certes l’abstention est un droit constitutionnel, personne n’est obligé d’aller voter. Mais quelle vision de l’église et de la pastorale révèle cette invitation à l’abstention ? Le cardinal pense-t-il éduquer à une citoyenneté responsable avec cette pastorale abstentionniste ?

Il est clair pour tous que l’intérêt qui est derrière la loi actuelle est l’affirmation contenue dans le premier article où l’on dit que le conçu a les mêmes droits que celui qui est déjà né. Cela est beaucoup plus important que l’article même de la loi qui établit les critères d’accès à la procréation médicalement assistée et que les questions du référendum entendent modifier (pour rendre possible la recherche scientifique à des fins thérapeutiques en utilisant les embryons en surnombre qui de toutes façons seront perdus, pour respecter le corps de la femme et ne pas la soumettre à d’inutiles et dangereux traitements pour rendre possible la fécondation avec donneur(s)).

Ce qui importe à la hiérarchie catholique c’est que la loi de l’état établisse que l’embryon est une personne, l’un de nous comme on aime à le dire, tout le reste n’a qu’une importance secondaire. Que l’embryon humain doive être défendu, personne ne le conteste, il ne manquerait plus que ça ! Sur ce point il vaudrait la peine d’être honnête et de dire comment sont les choses au lieu de les taire ; la défense de l’embryon humain, processus de la vie en acte, ne doit cependant pas être vue comme principe absolu, isolé des autres vies qui existent déjà. Pour défendre ce « principe » le cardinal Ruini est convaincu que son entrée en scène n’a rien de confessionnel (il pense devoir dire ce qu’il dit pour défendre l’humanité entière) c’est pourquoi il pense de son devoir est de s’adresser non seulement aux catholiques mais à tous les Italiens. La question semble donc être « confessante », presque comme si les Italiens étaient invités à réciter : « je crois l’embryon une personne » comme une partie ajoutée au Credo chrétien. Les choses cependant ne sont pas en ces termes et doivent être dé-idéologisées. Le christianisme n’est pas ou ne tombe pas avec le oui ou le non à ce référendum et la défense de l’embryon n’a pas besoin d’une définition abstraite (embryon = personne).

C’est pourtant la tendance du magistère catholique : absolutiser les grands problèmes de la vie humaine pour les placer dans une dynamique du aut-aut (ou – ou), ou de ci ou de là, ici le bien et là le mal. Ce n’est certes pas seulement un défaut catholique, l’Amérique protestante de Bush se trouve, dans de nombreux aspects, sur ce même terrain. Si donc les problèmes d’ordre éthique ne peuvent pas être considérés comme des absolus, il ne sert à personne d’organiser des croisades, de lancer des ultimatums, de jouer à l’opposition. Les problèmes éthiques et bioéthiques, pour si importants qu’ils soient, doivent être abordés avec responsabilité et humanité dans le registre du relatif humain, et non de l’absolu. Pour la vision chrétienne de la vie Dieu seul est l’absolu. Se situer dans le relatif ne signifie pas du tout devenir victime du « relativisme éthique », véritable fantasme de la morale catholique : cela signifie plus simplement, ne pas confondre les actions et responsabilités humaines avec celles de Dieu.


Liberté de conscience et responsabilité politique

(extrait de Confronti, février 2005)

Rédaction de Confronti 8

8 Mensuel de foi, politique et vie quotidienne

Un autre référendum, et parmi les importants qui imposent à tous un raisonnement et une décision au sujet des différentes questions. Le thème est celui de la loi sur la « procréation médicalement assistée » (n° 40 de 2004), question complexe pour les importantes implications scientifiques et éthiques qu’elle comporte. A l’origine de cet appel aux urnes il y a un problème et une déformation. Le problème est le soi-disant « Far West » dans le domaine de la procréation assistée et de l’utilisation des embryons. La loi (et à cet égard toutes les forces politiques et une grande partie de l’opinion publique s’accordent pour faire abstraction de leur attitude face à la foi et l’éthique religieuse) s’imposait pour éviter abus et prétentions, spéculations et manipulations infâmes ou sélections génétiques. En somme elle servait pour réglementer les droits et les devoirs de ceux qui recourent à cette technique de procréation. Jusque là une entente parfaite.

Le problème est que, ensuite, en entrant dans le sujet, la majorité politique constituée par le centre-droit et la majorité « religieuse » représentée par la Conférence épiscopale italienne ont choisi d’imposer leur nombre et leurs logiques. Une loi oui, mais comme nous la voulons. Le résultat est une loi « à part » qui résume et explicite la morale catholique l’imposant à qui, même catholique, ne la partage pas, et qui ignore d’autres visions du monde et de la vie.

On dira que c’est la logique démocratique de la majorité, et en général nous ne pouvons qu’acquiescer : mais quand on parle et qu’on décide d’impôts et de politiques sociales, de finances et d’œuvres publiques. Dans ce cas non, parce qu’on décide de la vie et de la qualité de la vie des gens, des couples, de ceux qui de toutes leurs forces désirent un enfant. Sur un tel thème le pouvoir de la majorité doit pouvoir être contrebalancé par le droit de la minorité, il faut une concertation, un consensus au moins partiel sur quelques principes généraux. En revanche ça n’a pas du tout été le cas : la loi sur la procréation médicalement assistée (Pma) confirme le non des sommités de la Conférence épiscopale italienne à l’insémination avec donneur(s), à l’expérimentation sur les embryons et à la répétition éventuelle de l’implantation embryonnaire en cas d’échec de la première tentative. C’est la position de la représentation de l’Eglise catholique italienne ; ce n’est pas celle de nombreux catholiques, ce n’est pas celle des croyants non catholiques, ce n’est pas celle de beaucoup de « laïcs 9  » qui revendiquent pourtant la légitimité de leurs choix éthiques. Le fait que certains laïcs se soient rapidement enrôlés dans les troupes de la Conférence épiscopale italienne, y découvrant des visions et des stratégies convergentes, ne résout pas ces contradictions.

9 En Italie, « laïc » a plutôt le sens d’incroyant, d’athée.

Et ainsi à coups de majorité nous sommes arrivés à une loi qui ne résout pas le problème : elle limite, elle interdit, elle empêche et elle légitime une seule vision du monde et de la vie.

Le referendum, encore une fois, est l’instrument imparfait pour corriger cette anomalie. A ce stade, nous n’en voyons pas d’autres. L’idée de quelque petite retouche astucieuse, par ailleurs explicitement critiquée par le président de la Conférence épiscopale italienne en janvier, ne nous semble ni actuelle ni opportune. A ce point, la médiation de la politique ayant échoué, il est important sur un thème de ce genre que la responsabilité d’une décision tombe sur les électeurs qui décideront avec leur tête et leur bulletin de vote, soyons en surs, sans se faire trop conditionner par les consignes de parti des différents députés Buttiglione ou Fassino, Fini ou Bertinotti. La question va au-delà des enceintes de la politique.

Au vote, donc. Et en sachant que ce n’est une victoire pour personne ; ça ne l’est certainement pas pour les catholiques, mais ça ne l’est pas non plus pour qui n’est pas catholique.. Le chemin qui nous sépare du rendez-vous est encore long et glissant : nous entendons déjà les premiers appels à jouer sur l’atteinte ratée du « quorum », sur l’invalidation de la consultation en jouant sur l’abstention : que la moitié plus un des Italiens restent à la maison et le tour est joué. Tout reste en l’état. Avec les retouches improbables et bâclées pour empêcher le referendum, ce serait la pire des solutions. A ce point il faut comprendre ce que pensent les gens, le peuple souverain. On vote oui si on veut changer, on vote non si on se sent protégé et garanti par la version actuelle de la loi. Entre temps espérons que les tons (et les rôles) resteront mesurés et corrects, que se limiteront les débordements.

Le centre-droit se présente au rendez-vous assez compact et, de toute façon, s’il contient aussi des voix différentes de celles de la majorité, elles sont facilement rendues muettes. Plus difficile est le discours du centre-gauche où il y a une composante catholique significative dont la représentation politique, de Rutelli à Rosy Bindi, a approuvé la loi que les referendums voudraient partiellement modifier. Pour ne pas amplifier cette déchirure Romano Prodi a parlé de « liberté de conscience ». Difficile de contester un principe aussi haut et absolu. Mais nous devons rappeler au leader de la coalition du centre-gauche que c’est la situation d’aujourd’hui qui mine la liberté « tout-court 10  » de celui qui ne se reconnaît pas dans la vision morale des chefs du catholicisme italien. La liberté de conscience n’est pas avant le référendum, elle sera après, et seulement si la loi change. Les catholiques seront libres, en conscience, de ne pas recourir à l’insémination artificielle et de ne pas retenter la procréation assistée après un éventuel échec ; ils pourront limiter à trois le nombre d’implantations embryonnaires parce que ce texte suggère leur morale. Tout à fait libres. Mais les autres aussi, tout aussi libres de choisir sur la base de leurs différents principes éthiques.

10 NDLT : En français dans le texte


Le courage de choisir

(Extrait de Confronti, juin 2005)

Sergio Rostagno 11

11 Membre du groupe de travil sur les problèmes éthiques posés par la science de la Table vaudoise.

Depuis toujours on a cherché des critères objectifs pour les actions humaines et depuis toujours la philosophie s’est séparée en deux camps opposés : des critères certains existent pour les uns, alors que pour beaucoup d’autres ils dérivent de l’expérience. Aller voter pour les quatre referendums signifie participer à une recherche de critères pour nos actions, certaines ou moins certaines, mais de toutes façons possibles. S’abstenir veut dire ne pas participer, renoncer à une possibilité et, dans ce cas particulier, avaliser en tout point la loi 40. Maintenant beaucoup de parlementaires qui ont voté cette loi disent qu’ils sont favorables à l’abrogation de certaines de ses parties. Il aurait peut-être mieux valu l’abroger entièrement et recommencer au début. Aller voter signifie quoi qu’il en soit participer à la décision commune, après s’être fait une idée approfondie des idéaux et des éléments de fait.

La fécondation avec donneur(s) (je n’explique pas ce que c’est parce que je présume qu’à cette heure-ci tout le monde le sait) concerne un nombre limité de couples qui, pour des raisons qui leur appartiennent, pourraient en faire usage. A quoi bon l’interdire ? Qu’est-ce qu’on sauvegarde ? Qu’est-ce qu’on craint ? On craint que l’enfant qui naîtra un jour veuille savoir qui est son « vrai » père ou sa « vraie » mère ? Est-ce que ce sera très important pour lui ? Peut-être que oui, peut-être que non. Sera-t-il en mesure de comprendre que celui qui l’a élevé est son père « vrai », et que les techniques de sa conception importent moins ? Je pense que oui. Est-ce qu’il n’arrive pas à chacun, d’une manière ou d’une autre, de devoir donner plus de poids à son autonomie personnelle plutôt qu’à ses parents ou à d’autres conditionnements en tout genre ? En tout cas l’interdit absolu apparaît disproportionné.

Reste la question de l’embryon. La plus délicate. Elle est résolue dans différents pays en admettant qu’au moins la recherche puisse se servir des embryons dits « surnuméraires » (congelés maintenant, dans tous les sens du terme). Mais cela n’est pas prévu. La loi actuelle l’interdit et Kant nous enseignerait combien « l’humanité de notre personne doit être sacrée pour nous » et qu’elle ne peut (pas même par Dieu, ajoute Kant) être réduite à un instrument (Critique de la raison pratique, 1, 2, 2, § 5). Mais l’embryon entre-t-il dans cette définition ? Nous devons évaluer si le respect sacré pour l’humanité de notre personne vaut de manière absolue, comparé aux avantages que la recherche sur les cellules souches embryonnaires (selon de nombreux scientifiques) pourra amener. Maintenant il est difficile d’accorder à l’embryon congelé ce respect absolu de l’humanité de notre personne. On peut certainement le faire, mais dans le même temps il est de notre devoir de considérer le poids qu’a le respect absolu des personnes impliquées et des malades qui peuvent espérer être aidés par une telle recherche en regard de cellules (même si elles contiennent des gènes d’individu).

Il y a des choix à faire et il faut assumer ses responsabilités. L’être humain n’est pas appelé à sauver la conscience, mais à résoudre des problèmes complexes. Il n’y a pas qu’un critère absolu dont tout dépend, mais l’on doit tenir compte de critères divers, parfois opposés. Le champ éthique est un champ d’évaluations pondérées dont personne ne sort les mains propres. Inutile de se mettre à l’abri d’un seul principe, comme si l’on n’ était pas exposé aux questions inquiétantes qui jaillissent d’autres principes, d’autres considérations. Seuls les hypocrites le font a priori.

Dans les évangiles comme dans le message de beaucoup de religions on présente un Dieu miséricordieux. Le Dieu miséricordieux est celui qui rend le choix possible dans le domaine humain sans mettre personne le dos au mur. La seule façon de sortir des contradictions est de faire le choix le plus humain, sans crainte de transgresser la loi abstraite qui se base sur le principe absolu. Le choix est contestable donc et il continuera à l’être. C’est pour cela qu’il est humain. Pondérer le choix est humain. Ceux qui veulent se donner une cuirasse de perfection vont seulement à la rencontre de crise et déceptions. Pour le croyant le choix est humain, risqué, mais il ne déçoit pas s’il est fait en connaissance de cause, parmi des critères humainement soutenables. Tout cela impose certes l’évaluation de critères. Le manque de critères absolus ne signifie le manque absolu de critères. Mais on doit avancer dans l’utilisation de critères en assumant ses responsabilités (donc en votant) et en ne les remettant pas à d’autres.

Voter oui pour permettre la recherche sur les cellules souches embryonnaires (étant admis que ce chemin soit scientifiquement fructueux, mais là-dessus je ne peux rien dire qui n’ait été déjà dit par de nombreux scientifiques) est un geste cohérent avec la vision de l’éthique que nous avons exposée. Nous ne pouvons pas demander à la nature de décider pour nous, ni prendre une donnée de fait naturelle et la transformer en critère unique (tout à fait divin, pour certains) auquel sacrifier toute autre considération scientifique ou éthique.


Au sujet de la loi sur la procréation assistée (2003)

Commission pour la bioéthique de la Table vaudoise

Nous publionsle document de la Commission pour la bioéthique de la Table vaudoise, qui exprime des critiques sur la loi 40 – 2003, tout de suite après son approbation, et qui juge inacceptable qu’un état laïc et pluraliste se fasse le « chantre d’une conception éthico-religieuse de la vie et de la conception en opposition à d’autres ».

La Commission pour la bioéthique de la Table vaudoise remarque :

C’est pourquoi nous sommes prêts à offrir notre contribution pour le changement ou l’abrogation éventuelle des règles qui représentent une violation ouverte des droits à la santé et à la liberté des personnes.

La Commission a produit un vaste document sur La procréation médicalement assistée en 1999, quand le projet de loi en la matière était discuté au Parlement. Le texte, qui s’arrête sur les cas d’infécondité et sur les techniques de procréation artificielle et sur leurs conséquences respectives sur différents plans(santé, recherche, génétique, culture, droit), a été publié par Riforma dans « Textes et documents », en supplément au n° 40 du 15 octobre 1999, et est disponible sur le site Internet de l’église vaudoise :www.chiesavaldese.org/pages/documenti/mater_studio/proc_med_assist.pdf.


La procréation médicalement assistée et la protection de l’embryon humain (1996)

Commission œcuménique européenne pour Eglise et société.

Le document qui suit a été présenté par le Groupe de travail sur la bioéthique de la Commission œcuménique européenne pour Eglise et société (Eeccs) à un symposium sur la procréation médicalement assistée et la protection de l’embryon organisé par le Conseil de l’Europe en 1996. L’Eeccs est une commission de la Conférence des Eglises européennes (KEK), qui représente 125 églises anglicanes, protestantes, orthodoxes et vieux catholiques en Europe. Le document n’entend pas proposer une position officielle unitaire de l’Eeccs et affirme que le rôle des églises est « d’aider les croyants à prendre leurs responsabilités ». Il souligne l’indissociabilité de l’aspect relationnel et de l’aspect biologique dans la vie humaine et l’importance de la conscience de la limite.

Le but de ce texte est d’exprimer un point de vue qui puisse être partagé par la majorité de nos églises. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de commencer par quelques observations préliminaires sur le statut de ce document.

La pratique habituelle de nos églises consiste à permettre et encourager un dialogue ouvert sur les questions de foi et de morale, orienté par la Bible et par l’Esprit Saint. Il s’agit d’une approche différente de celle du magistère dans l’Eglise catholique romaine. La conscience et la responsabilité individuelles sont prises très au sérieux. Le rôle des églises en tant qu’institutions est d’aider les croyants à prendre leurs propres responsabilités dans la vie quotidienne. Le débat moral dans nos églises est caractérisé en général par une confiance mineure dans la  « loi naturelle » comme fondement certain de notre éthique.

Pour cela il est difficile de parler d’une position des églises membres de l’Eeccs. Il existe plutôt une variété de positions. Pour ce qui concerne le statut de l’embryon humain, on trouve généralement trois types de positions :

A la lumière de ce qui vient d’être dit, il n’est pas de la compétence de l’Eeccs de choisir l’une ou l’autre de ces positions et encore moins de dire une parole définitive sur le problème. C’est pourquoi la position exprimée dans ce document n’est pas la position officielle de l’Eeccs, même si nous pensons que la majorité des églises membres peuvent l’approuver. Nous espérons qu’elle puisse alimenter le débat en cours sur ces questions délicates et aider les personnes qui travaillent dans le domaine biomédical.

En premier lieu nous affirmons qu’il n’est pas possible de pratiquer la politique de l’autruche face au développement de la science et de la technologie appliquées à la procréation médicalement assistée. Des questions délicates se posent déjà (et continuent à se poser) pour ce qui concerne ce qui est licite de faire avec les embryons humains, comme les embryons surnuméraires au terme de la période de « stockage ».

D’un autre côté, il ne faut pas non plus céder au fatalisme. Le franchissement de nouvelles frontières par la science et la technologie est une des caractéristiques de l’humanité. Mais ce n’est pas une raison pour dire que nous sommes incapables d’arrêter le cours de la science. Au contraire, la science et la technologie font partie d’un contexte culturel, social et environnemental. Nous devons prendre notre responsabilité de décider dans quelle direction l’Europe veut orienter son propre développement et ce qu’elle refuse. Les motivations sous-jacentes doivent elles aussi être rendues explicites. Chaque développement technologique, y compris l’assistance médicale à la procréation, doit permettre « de rendre et maintenir humaine la vie humaine », pour reprendre une expression de P. Lehmann. Ceci implique que nous devons être conscients que des limites morales (notion de « conscience de la limite ») existent et qu’il nous faut prendre en charge leur détermination, non seulement sur le plan individuel, mais aussi dans les choix politiques. « On peut faire » ne signifie pas « on doit faire ».

Pour ce qui touche à l’embryon humain et au fœtus, nous voulons souligner qu’un être humain ne peut être réduit à son ADN (ou « composition génétique »). L’anthropologie chrétienne ne permet pas de séparer l’aspect biologique de l’aspect relationnel. On ne peut pas donner un sens ontologique absolu à la vie biologique en soi, isolée du réseau de relations où elle apparaît et se développe. C’est pourquoi, si on parle de l’embryon humain comme d’un futur enfant ou une personne, il faut le faire dans un contexte relationnel et plus particulier dans un contexte parental ou marital.

A partir du moment où la procréation assistée peut contribuer au bien-être et au bonheur d’un certain nombre d’êtres humains il n’y a pas de raison de s’opposer a priori à son développement et à son application. D’autre part, une prudence extrême est justifiée par le fait que cette technologie touche l’origine même de la vie humaine et la manipulation d’embryons humains. Tôt ou tard, la recherche dans ce domaine impliquera la recherche sur les embryons humains. Et cette recherche est en relation avec d’autres secteurs de la biomédecine (par exemple la recherche sur la maladie de Parkinson). Nous insistons sur le fait que dans la mesure où elle a été mise au point pour venir en aide aux couples sans enfants, elle ne devrait pas être utilisée pour ouvrir d’autres champs de recherche. En bref, il existe un risque de glissement, qui rend très importante la notion de « conscience (politique) de la limite » déjà mentionnée.

Dans ce contexte il peut être important d’insister : 1) sur la responsabilité parentale qui s’assume en créant une famille ; la planification familiale, y compris l’utilisation des contraceptifs, fait partie de cette responsabilité, en n’oubliant pas aussi le problème de la croissance de la population dans le monde ; 2) sans nier la souffrance due au manque d’enfants, nous voudrions souligner que la vie humaine peut avoir un sens et porter des fruits même en l’absence d’enfants. Ce n’est pas une position seulement théorique, mais elle se fonde sur l’expérience pastorale de nos églises. De plus, il n’existe pas un droit à l’enfant ni une obligation d’avoir des enfants. Nous soutenons la conception chrétienne selon laquelle les enfants sont un don et une responsabilité. L’accent devrait être mis sur les droits des enfants.

D’autre part avec la fécondation in vitro nous nous trouvons face à un nouveau problème, très complexe du point de vue moral. Les embryons dits « surnuméraires » qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas été implantés, se trouvent dans une situation particulière. Ils sont placés d’une manière artificielle hors d’un contexte parental. En tant que tels, ils sont toujours des embryons humains mais, au moins au niveau pratique, ils ne sont ni un futur enfant ni une personne en devenir.

Comme dit précédemment, considérant le délicat problème moral des embryons surnuméraires, les opinions divergent dans nos églises. Beaucoup demandent (à eux-mêmes et aux scientifiques) si nous devons nous laisser mettre dans une situation où il faut décider de l’utilisation des embryons « surnuméraires ». D’autres répliquent que l’acceptation de la fécondation in vitro et les efforts qui lui sont associés pour augmenter le taux de réussite impliquent la nécessité de devoir se préoccuper du difficile problème moral du devenir des embryons « surnuméraires ». Ceux qui défendent ce second point de vue concluent que, dans le respect de conditions très strictes, la recherche sur ces embryons pourrait être autorisée (peut-être seulement si elle est liée à la thérapie de la stérilité).

Considérant la complexité de la question et le danger de « glissement », nous, (en tant que groupe de travail de l’Eeccs), nous nous trouvons très proches du vieil adage in dubiis abstine (dans le doute, abstiens-toi). Pour certains de nous cela signifie que la recherche sur l’embryon pour des raisons non thérapeutiques doit être interdite, tandis que d’autres préfèrent la position d’un strict « non, sauf si », qui signifie que la recherche n’est pas autorisée sauf dans le cas où, et à moins que, le chercheur puisse fournir des raisons suffisamment valables pour la justifier. Cela implique une approche cas par cas, avec la nécessité qui s’ensuit de créer un organisme pluridisciplinaire qui autorise et contrôle la recherche sur une base très large, et un cadre législatif qui indique clairement les limites dans lesquelles une telle recherche peut être accomplie.

Nous sommes conscients que les techniques de procréation assistée peuvent conduire au « diagnostic prénatal pré-implantatoire » et à de possibles modifications génétiques. Il s’agit d’une question très délicate à cause de son lien avec l’eugénisme, concept chargé d’implications négatives dans l’histoire occidentale.

D’autre part il faut distinguer ici entre eugénisme thérapeutique et non thérapeutique. La possibilité d’éviter des maladies graves et des anomalies congénitales est bienvenue, bien qu’il existe une « zone d’ombre » entre les deux formes d’eugénisme. Notre proposition est que, au moins au début, jusqu’à ce que cette « zone d’ombre » soit clarifiée et que soient établies des distinctions nettes, la recherche et la pratique clinique devraient se concentrer sur les cas thérapeutiques les plus évidents, sur les maladies congénitales graves qui peuvent mettre la vie en danger.

Nous devons aussi distinguer clairement entre désirer un enfant et désirer un enfant « parfait ». Mais il faut aussi être conscients de la « tyrannie de la normalité ». Le danger existe que, avec les connaissances nouvelles, nos sociétés se mettent à établir différents degrés de santé et, en particulier, à transformer l’absence de certains « défauts » génétiques présumés en norme. Face à une telle norme, chaque personne ou chaque fœtus présentant ce défaut serait considéré comme « anormal », et en un certain sens non reconnu comme membre à part entière de la société humaine. Les églises souhaitent rendre attentif le Conseil de l’Europe à un tel risque, affirmant que tout être humain possède une valeur et une dignité sans égales en tant que fils de Dieu, indépendamment de ses capacités ou handicaps, de nature génétiques ou non.

Nous espérons que notre position pourra contribuer positivement à l’élaboration le plus rapidement possible d’un protocole additionnel à la Convention qui concerne la protection de l’embryon humain.


Referendums abrogeant partiellement la loi 40/2004 sur la fécondation assistée.

1 – recherche sur les embryons (bulletin bleu)

La première question demande l’abrogation des alinéas relatifs à l’interdiction d’implanter des cellules souches prélevées d’embryons non utilisés aux fins de recherche scientifique. De telles cellules peuvent se multiplier et régénérer les tissus humains. La recherche sur les cellules souches est jugée fondamentale pour combattre des maladies comme la maladie d’Alzheimer, le cancer, le diabète, la maladie de Parkinson et la sclérose en plaques.

2- accès à la fécondation assistée (bulletin orange)

La seconde question demande d’éliminer certains alinéas qui concernent la santé de la femme : l’interdiction de congélation des embryons ; la limite maximum de trois ovules par implantation ; l’interdiction d’analyse préimplantatoire pour vérifier d’éventuelles maladies génétiques ; l’obligation d’implanter tous les embryons même s’ils sont malades ; l’interdiction de révoquer l’accord d’implantation après la fécondation de l’ovule.

3 – droits des sujets impliqués (bulletin gris)

La troisième question veut abroger entre autres le premier alinéa du premier article, qui garantit au conçu les mêmes droits que les géniteurs et que toute personne née. C’est la première fois au monde qu’une loi privilégie une assimilation, qui risque de remettre en cause la loi 194 sur l’interruption volontaire de grossesse.

4 – fécondation avec donneur(s) (bulletin rose)

La quatrième question demande l’abrogation des alinéas qui interdisent la fécondation avec donneur(s), c’est-à-dire une pratique qui permet la procréation assistée au moyen de gamètes de donneurs extérieurs au couple. Une telle technique, à laquelle on recourt dans des cas de stérilité grave ou quand l’un ou les deux géniteurs potentiels sont porteurs de maladies héréditaires, est permise dans toute l’Europe sauf au Portugal. La loi actuelle risque de pousser les couples qui peuvent se le permettre à se rendre à l’étranger pour pratiquer la fécondation hétérologue.