8 février 2004
Déclaration du pasteur Gilbert Charbonnier lors du Culte d'envoi
à l'Eglise luthérienne de Montbéliard

 


- Je veux d'abord remercier le Conseil synodal de l'Eglise évangélique luthérienne de France-Inspection de Montbéliard et l'Inspecteur Joël Dautheville, et aussi ma paroisse de Belfort-Giromagny, pour l'accueil fait à ma candidature pour vivre en leur nom trois mois du " Programme d'Accompagnement œcuménique en Palestine et Israël ". Ma présence sur le terrain ne sera qu'un modeste élément de réponse ecclésiale à un appel adressé par la Fédération protestante de France à ses Églises membres. Cet acte d'envoi en est le signe liturgique que je garderai toujours à l'esprit. Ce départ soulève aussi des problèmes très concrets. Le service d'aumônerie dont j'ai la charge doit continuer à fonctionner. Et sur ce point, je dis ma gratitude à la Fondation Arc-en-ciel, au Centre Bretegnier, à la paroisse du Mont-Vaudois, et à toute l'équipe d'aumônerie avec qui je travaille.

- II faut aussi assurer un relais parental. Et pour cela ma reconnaissance va au cercle d'amis et à la paroisse de Belfort.

- Il faut encore assurer un financement. Dons privés et soutiens d'Église permettront de faire face.

- Enfin, je salue la récente création d'une équipe d'accompagnement. Elle est un recours et un soutien précieux, mais aussi un aiguillon pour me rappeler sans cesse l'enjeu de cette petite aventure.

- Le Président de la Fédération protestante de France, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, dans son invitation à participer au programme d'accompagnement œcuménique, désigné par le sigle EAPPI, précise les objectifs de cette initiative. Je le cite : " ...le programme ... offre une occasion à nos " Églises de manifester à ces Églises du Proche-Orient notre solidarité dans la situation " dramatique qui est la leur... Il s'agit... de... vivre en Israël-Palestine, dans le cadre d'une " association chrétienne, témoin auprès d'elle de la solidarité de nos Églises, témoin auprès de " nos Églises de la situation vécue par les hommes et les femmes qui subissent la crise du " Proche-Orient... ", et d'être " ainsi de véritables relais d'intérêt et d'information dans leur " Église d'origine, comme pour l'ensemble du Protestantisme français. " Fin de citation.

- J'ai entendu des réserves à l'égard de ce programme œcuménique. Il serait excessivement pro palestinien, voire antisioniste. J'ai aussi entendu dire que nous serions tous menacés par une désinformation de la part des médias sur ce qui se passe réellement là-bas... Les quelques phrases qui suivent vous permettront peut-être de sentir un peu mon état d'esprit :

- Permettez-moi d'abord de dire ma lassitude actuelle devant l'abondance des discours ou prises de position sur le conflit israélo-palestinien qui ne coûtent souvent qu'un peu d'agitation passionnelle ou de surf sur Internet. Veuillez excuser cette allergie à votre serviteur. Son expérience de la guerre d'Algérie, et de la Corse, l'a rendu très sensible aux propos aussi irresponsables que généreux produits par l'hexagone...

- Je vais dans une région longuement soumise à la violence, auprès d'Eglises en situation de détresse, qui font appel à la solidarité d'églises sœurs. Je pense notamment à l'Église luthérienne de Jérusalem, et à son évêque Munib Younan.

- Les Israéliens et les Palestiniens ne sont ni meilleurs ni plus méchants que nous. Les uns comme les autres ont de sérieuses raisons de vouloir vivre dans ce même pays. Ils ont besoin les uns des autres. Un compromis est indispensable, qu'ils sont seuls à pouvoir trouver.

- Les guerres souvent inévitables sont toujours sales pour les deux belligérants par les violences qu'elles génèrent. Les vainqueurs peuvent être heureux, satisfaits; jamais glorieux.

- L'évangile de Jésus-Christ m'apprend que Dieu n'est prisonnier d'aucune religion, et les hommes plus grands que leurs religions. Avec Elias Chacour, prêtre catholique, arabe et israélien, je dis : " ...nous sommes tous appelés à devenir les enfants adoptifs de Dieu. Cela " exige que nous changions de comportement. Il n'y a plus de nations, d'appartenance à telle " ou telle communauté religieuse, plus de peuple élu, nous sommes tous invités au même " banquet, mais seulement en tant qu'homme et en tant que femme. " (in J'ai foi en nous, p. 125)

- Enfin, là-bas, avec crainte et peut-être courage, je méditerai le mot d'ordre de la Fédération protestante pour ses Assises en Octobre 2004 : Surmonter la violence. Merci.