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Revue de presse
In : Bulletin d’information Protestant n° 1557, Mars 2003
Une délégation du Congo-Brazzaville à Paris :
« Pour une transparence des revenus du pétrole ! »
Dans une déclaration, les Eglises et la société civile congolaises soulignent le paradoxe "pétrole et pauvreté" dans leur pays, troisième producteur de pétrole en Afrique subsaharienne avec près de 12 millions de tonnes en 2001. Le Congo, par ailleurs, "milite pour être reconnu comme pays pauvre très endetté (avec 5 milliards de dollars en 1999) afin de bénéficier de la remise de sa dette extérieure".
Un collectif d'Eglises, d'organisations d'Eglises et d'organisations non gouvernementales de la République du Congo, de France et d'Europe, s’est réuni, du 11 au 14 février à Paris, autour de la gestion du pétrole congolais.
Faisait partie de la délégation : la Conférence épiscopale, de la Commission épiscopale Justice et paix, et de l'Eglise évangélique du Congo, de l'Observatoire congolais des droits de l'homme, du Secours catholique, de Caritas France, de la Cimade, et de Catholic Relief Services, avec la participation de la plate-forme Congo de la Fédération protestante de France.
« Oui à la transparence » à Bercy et chez les pétroliers !
Le président de la Fédération protestante de France et le Secrétaire général du Secours Catholique les ont accompagnés chez TotalFinaElf où ils ont rencontré le Comité d’éthique, ainsi qu’au Ministère des Finances, occasions pour le pasteur de Clermont de demander à ce que « la France soit un modèle pour l’Europe en étant la première à publier les comptes du pétrole. » Le plus étonnant fut la réponse similaire des deux entités « Nous avons besoin de l’opinion public, pour nous permettre cette transparence ! » La société pétrolière TotalFinaElf a même souligné qu’elle en avait assez de toujours d’être toujours le bouc émissaire et qu’il fallait que les autres compagnies jouent aussi le jeu.
L’or noir, un cadeau empoisonné
« Les populations congolaises ont très peu bénéficié de cette ressource nationale tarissable (dans une quinzaine d'années, disent les experts) ». La première conséquence de "la mauvaise utilisation de la manne pétrolière" est "l'instrumentalisation des ethnies, l'accumulation des violences, l'entretien des guerres fratricides (1993 à 1994, 1997, 1998 à 1999, 2002), l'enrichissement des élites gouvernementales qui se succèdent au pouvoir, la pollution des terres et la détérioration de l'environnement".
Cet état de fait, continue la déclaration, repose sur "la gestion non transparente des contrats, de la production et des revenus pétroliers". L'autre conséquence relevée dans ce document de deux pages est l'injustice sociale : "Un petit groupe de nantis, détenteur du pouvoir politique et principal bénéficiaire des revenus pétroliers, maintient la majorité de la population dans une situation de pauvreté sans cesse croissante, et pour laquelle les droits à l'alimentation, à la santé, à l'éducation et autres droits sociaux ne sont plus que des chimères."
Du pétrole et des idées
"Devant ce constat alarmant, les Eglises et la société civile interpellent le gouvernement congolais, les compagnies pétrolières présentes au Congo et la communauté internationale afin qu'ils entendent l'aspiration de nombreux citoyens congolais à un Etat de droit, garant de la justice et de la paix." C'est pourquoi elles recommandent :
- au gouvernement congolais de "voter une loi au Parlement sur la gestion des revenus pétroliers, de prévoir la budgétisation et la publication régulière des revenus pétroliers, les clés de répartition entre l'Etat et les régions; de créer un observatoire national des pétroles au Congo associant experts indépendants, pouvoirs publics, société civile, pour mieux suivre la production et la gestion des revenus pétroliers. "
- aux compagnies pétrolières "de publier ce qu'elles payent à l'Etat congolais avec le montant de la dette congolaise et les motifs pour lesquels elle a été contractée".
- aux partenaires financiers extérieurs "de faire de la transparence dans le secteur pétrolier une condition de leur engagement au Congo ; de s'engager pour la reconversion de la dette congolaise en investissements sociaux : éducation, santé, infrastructures routières".
Quand des hommes de foi sont menacés
Mgr Louis Portella Mbuyu, de la Conférence épiscopale du Congo, qui a participé à la table ronde de Paris avec le pasteur Alphonse Mbama, de l'Eglise évangélique du Congo, a déclaré le 19 février lors d'une conférence de presse que "les Eglises du Congo entament une campagne d'explication auprès de certaines institutions européennes pour plaider en faveur d'une redistribution équitable des revenus pétroliers au Congo".
Réagissant à ces propos depuis Paris où il prenait part au sommet France-Afrique, le président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, a mis en garde les deux hommes d'Eglise: "Ces personnalités religieuses font de la provocation. Elles veulent s'occuper plutôt des questions politiques. Si c'est le cas, qu'elles le disent clairement au lieu de chercher à mettre de l'huile sur le feu", a-t-il dit lors d'une interview accordée à Radio France Internationale.
Or, ce qui a été formidable lors de la rencontre de la délégation congolaise avec la presse le 14 février, c’est non seulement le courage de ces témoins engagés pour plus de justice, mais c’est aussi le fait qu’ils ont évité l’écueil des parti-pris. Ils n’ont jamais en évoqué les questions politiques alors que dans la salle se trouvaient des journalistes pro-Sassou et des anti-Sassou. Ils se sont placés sur un autre terrain celui du bien-être de la population congolaise. Et à nous qui assistions, ils ont donné de l’espoir pour le Congo.