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Colloque 2 mai 2004 à Paris à l'invitation de : La Fédération Protestante de France
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Signification du sionisme, mouvement de réunion du peuple juif en terre d’Israël« Et en plus, ils veulent être heureux … » une des paroles les plus profondes sur le sionisme. Une réponse à l’antisémitisme Premier congrès antisémite à Dresde : « les juifs sont notre malheur ! » Si le sionisme n’est qu’une réponse à l’antisémitisme : pourquoi n’est-il pas né plus tôt ? Le sionisme va plus loin. Israël serait-il un fruit de la Shoah ? En 1937, les britanniques reconnaissent eux-mêmes que 600 000 juifs établis en Palestine se sont dotés d’un quasi état. Beaucoup des organisations sociales et politiques en Israël ont été mises en place avant même la création de l’état d’Israël. Il y a un lien entre la Shoah et l’état d’Israël, mais pas celui que l’on croit.
L’identité israélienne a été profondément modelée par la Shoah. Le Sionisme est d’abord un mouvement de sécularisation de l’identité juive. Le Sionisme prend racine au milieu du 19 e siècle, avant même les premiers pogroms. Il est daté précisément alors que l’attachement à la terre d’Israël lui est permanent. Le Sionisme est en rupture avec le judaïsme : l’attachement à la terre d’Israël est aussi fort dans certains milieux orthodoxes pourtant antisionistes. Tout retour à Sion n’est pas du sionisme. Il s’agit d’un noyau d’un renouveau culturel hébraïque, dans la partie d’Europe où vit la majorité du peuple juif. Au milieu du 19 e siècle, 90% des juifs vivent en Europe et 80 % parlent ou comprennent le Yiddish. Tous les grands mouvements d’idées sont nés dans cette région. C’est là que renaît l’hébreu comme langue littéraire et journalistique : mouvement de laïcisation du judaïsme. Le sionisme est enfant de l’Europe avant d’être enfant du judaïsme. Ce proto-sionisme plonge ses racines dans la philosophie des Lumières et dans l’idéal de démocratie et non dans le judaïsme. Le sionisme vise à permettre l’émergence d’une laïcité juive en Europe malgré le refus quelquefois violent des milieux orthodoxes. Le sionisme est le fruit d’une certaine sortie de la religion du 19 e siècle et annonce ce que pourra être une laïcité juive. L’état-nation émancipe, mais engendre aussi l’exclusion. Par l’émancipation, le juif est privé de son identité propre. Le processus national ne peut accepter la moindre dissemblance. Les Lumières émancipent et déracinent : le nationalisme rejette. Les juifs russes (qui connaissent bien la culture française) prennent conscience dès avant 1914 que l’avenir en Europe est angoissant pour les juifs. L’émancipation n’est pas intégration : l’antisémitisme n’est pas éradiqué. Les juifs russes ont le pressentiment que l’antisémitisme n’est pas mort car il n’est pas incompatible avec une certaine modernité politique. Le discours antisémite occidental a longtemps envoyé les juifs en Palestine. Kant disait des juifs « ces palestiniens qui vivent parmi nous ». La légitimité juive en terre sainte se ramène-t-elle à l’antisémitisme ? Non. Le Sionisme a une légitimité propre. Il veut éviter précisément que les juifs continuent à être ballottés par l’histoire. Dans la tradition juive, la terre d’Israël ne se limite pas à des questions territoriales. Dans la tradition juive, vivre en Israël n’est pas une recommandation, mais un commandement. Pour de nombreux juifs, même éloignés de la tradition, le lien avec la terre d’Israël est charnel, passionnel, mystique… Le sionisme a un coté peu raisonnable. La plupart des juifs qui ont quitté la Russie sont partis en Amérique et non vers la Palestine. Toutes les tentatives d’établir un territoire juif quelque part ont échoué car il n’y a jamais eu de deuxième vague d’immigration. Lorsque les anglais proposent le premier projet de partition en 1937, ils mécontentent à la fois les arabes qui ne veulent pas partager et le juifs qui ne veulent pas d’un mouchoir de poche. La partition de la Palestine en deux états aurait mécontenté les deux parties. Entre temps, il y a eu la Shoah. Les sionistes laïques sont d’autant plan engagés sur cette terre qu’ils sont éloignés de la Tora et de la tradition. Cette nation est habitée par un livre, une langue et une terre. Ce n’est pas le fait que les juifs aient habité cette terre, qui compte, c’est que le peuple juif est tout entier habité par cette terre. Aujourd’hui, l’état d’Israël est frappé d’illégitimité. Il est erroné de parler d’une création d’Israël en 1948, Israël a été seulement restauré en 1948. Le Sionisme dérange de plus en plus le monde occidental car il met en lumière l’échec de la philosophie des Lumières : échec de l’Europe face à la question juive. Le sionisme brise une soumission du juif qui a souvent fait partie de la culture européenne. La libération de l’opprimé rend l’oppresseur malade. Le sionisme met fin à l’errance des juifs, avec un image d’état archaïsant et raciste, qui va à l’encontre de l’idéologie actuelle du bonheur attaché au mélange des populations. Le sionisme s’est créé sans base territoriale contrairement à tous les autres nationalismes. Oui, il y a bien une volonté des juifs de se regrouper entre eux avant de s’ouvrir aux autres. C’est le refus et le rejet de la part du monde arabe qui a contribué à faire de l’état juif une forteresse assiégée. Le sionisme est une réponse à l’aliénation du sujet juif (un colonisé blanc) : « les juifs sont le peuple élu de la haine universelle ». Transformer un destin subi en une responsabilité assumée : plus qu’un retour à Sion, le sionisme marque pour le juif un retour à soi. Tentative de décolonisation psychique du sujet juif. Il y a dans le sionisme une dimension profondément anticolonialiste. Chaque juif du monde est de ce fait embarqué dans l’aventure de l’état juif.
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