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Colloque 2 mai 2004 à Paris à l'invitation de La Fédération Protestante de France
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Le monde protestant et l’Etat d’Israël 2 mai 2004. Il m’a paru intéressant, dans le cadre de notre colloque “ Juifs et Protestants en France aujourd’hui ” de rechercher quelle avait été la réaction des Protestants devant deux évènements majeurs de l’Histoire moderne : la conception (lors du Congrès de Bâle en 1897), puis la naissance (le 14 mai 1948, date de la Déclaration d’indépendance) de l’Etat d’Israël. Ma recherche doit beaucoup à l’aimable coopération du Service de la Documentation de la FPF, et bien sûr aussi au livre de Patrick Cabanel, Juifs et Protestants en France, les affinités électives, paru chez Fayard en mars dernier. J’ai déjà signalé que M. Cabanel regrettait de ne pouvoir assister à notre colloque, auquel il envoie son salut amical. 1. L’époque du Congrès de Bâle, qui est aussi celle de l’Affaire Dreyfus, est par excellence le temps des “ affinités électives ” : les protestants, écrit M. Cabanel, sont “ massivement dreyfusards ”, et j’ajouterai dénoncés comme tels par des polémistes comme Edouard Drumont : à sa France Juive, monument d’ignominie, a succédé une France protestante qu’anime la même haine. Mais quid de l’émergence soudaine du sionisme sur le plan international ? Je distinguerai deux attitudes bien différentes ;
Après le Congrès de Bâle, d’autres opinions favorables se manifestent ici et là. Le pasteur Kruger, en janvier 1898, dans son mensuel “ Le réveil d’Israël ”, voit précisément dans le Congrès la première manifestation nationale du réveil d’Israël. Le “ Revue chrétienne ” fait elle aussi au Congrès un accueil positif. Mais surtout le pasteur Le Gras soutient en 1905 devant la Faculté protestante de Montauban – qui dépend de l’Université de Toulouse – une thèse de quelque 85 pages qui analyse en profondeur, et avec sympathie, le contenu des Congrès sionistes tenus entre 1897 et 1903, ainsi que les diverses tendances – politique, culturelle, religieuse – qui se manifestent au sein du mouvement. Sa conclusion vaut d’être citée : Les entreprises actuelles des chefs du sionisme sont l’accomplissement, non de telle ou telle prédiction biblique, mais des nobles aspirations des Jahvistes fidèles.( Or les chrétiens aspirent eux aussi) après le jour où la patrie de Jésus le saluera comme son Messie libérateur (…) Soyons donc des sionistes chrétiens. Montrons aux Juifs que nous les aimons, que nous voulons leur paix et leur bonheur. Alors ils se tourneront vers nous et diront : nous croyons maintenant que Jésus de Nazareth est le prophète des prophètes, l’inspirateur de l’amour profond, le Roi des Juifs et du monde ”. Une vision, donc, positive du sionisme, mais dans la perspective d’une conversion finale d’Israël à la “ vraie religion ”, comme le veut la tradition millénariste. Ce n’est pas le genre de soutien que recherchaient le Dr Herzl et ses amis.
Faut-il s’en étonner ? C’est beaucoup plus une perspective d’assimilation des Juifs au reste du peuple français qui inspire les “ dreyfusards ”, choqués par la brutale mise à l’écart du Capitaine Dreyfus comme d’un élément étranger, déclaré a priori hostile à la patrie. Cette même vision de l’assimilation n’est-elle pas celle des Français juifs eux-mêmes, dont certains doivent considérer que le mouvement sioniste concerne surtout les Juifs persécutés d’Europe du Centre et de l’Est ? En tout état de cause, il ne semble pas y avoir eu de prise de position officielle protestante au sujet du Congrès de Bâle. Notons en revanche après Patrick Cabanel la présence de plusieurs personnalités protestantes au sein de la “ Ligue des amis français du sionisme ” créée en 1918. Le premier président de la Ligue sera Maurice Vernes, qui dans un écrit appellera de ses vœux la création en Palestine d’un centre de haute activité agricole, industrielle, économique, intellectuelle et spirituelle. Ce qui va incontestablement dans le sens des pionniers du futur Etat. Passons sur des décennies de persécutions, de souffrances, mais aussi de solidarité entre Protestants et Juifs en France et en Europe, comme l’a rappelé ce matin Michel Leplay. 2. L’époque de la création de l’Etat d’Israël voit les Protestants de notre pays davantage sensibles aux malheurs de la guerre qu’au contenu politique des évènements dont le Mandat britannique est le théâtre. Nous en avons deux témoignages.
Une solidarité indéniable – et en même temps un refus de se prononcer sur l’événement politique majeur qu’est l’irruption sur la scène internationale du nouvel Etat, voulu par les Nations Unies, parrainé par les deux super-puissances de l’époque.
Mais, entre-temps, il y a eu, le 8 mai 1948, une double page de “ Réforme ” consacrée au judaïsme. Albert Finet, fondateur et à l’époque directeur du journal, a en effet été ému par la lecture du livre de Jules Isaac, Jésus et Israël. Il s’interroge : l’Eglise est-elle antisémite ? Elle ne l’a pas été pendant la Seconde guerre mondiale, mais elle l’a été au Moyen Age et après, durcissant l’accusation de déicide, et imputant beaucoup de ses difficultés aux Juifs . Soyons conscients de notre infidélité. Albert Finet passe tout naturellement à la guerre en Palestine. Il faut que l’Eglise chrétienne prenne parti pour les Juifs. C’est une très grande dérision, de la part des nations dites chrétiennes, de se préoccuper de protéger les Lieux Saints – des pierres – alors que pour du pétrole elles sacrifient le sionisme – des juifs, des hommes. Je ne sais absolument pas ce que, par rapport au dessein de Dieu, représente le sionisme. Peut-être simplement l’orgueil de l’homme qui veut forcer le cours mystérieux des choses. Mais à l’égard des milliers de juifs “ déplacés ”, ironie du sort, sans feu ni lieu, apatrides, il représente un havre, une terre, une patrie. 1948 : c’est aussi l’année de la création de cette Amitié judéo-chrétienne de France dont Michel Leplay nous a parlé ce matin. ***** Des sentiments indéniables de sympathie et de solidarité pour le peuple juif en France comme au Proche-Orient, mais un refus prudent – nullement hostile, au demeurant – de se prononcer en faveur du nouvel Etat, ainsi peut-on caractériser l’attitude du protestantisme français en 1897 comme en 1947-1948. Citons encore ces quelques lignes d’une déclaration du Conseil de la FPF en mars 1961 : Sans toucher aux incidences purement politiques provoquées par la création de l’Etat d’Israël, mais sans oublier non plus les souffrances, anciennes et récentes, supportées par les Juifs… (le Conseil demande que l’enseignement chrétien se garde de tout antisémitisme). Il faudrait rechercher les raisons de cette réticence à s’exprimer en matière politique. Parce que les responsables protestants évitent, de manière générale, de prendre des positions qui pourraient diviser leurs troupes ? Ou parce que l’on ne veut pas se prononcer sur les fondements, théologiques ou non, de la formation d’un “ Foyer national juif ” en Palestine ? Sans doute l’un et l’autre. ***** En tout état de cause, la guerre des Six-Jours modifie profondément les données du problème. D’Etat assiégé, Israël devient puissance occupante. Le problème du partage de la terre avec les Palestiniens – dont on s’était peu soucié jusque-là – se pose désormais avec acuité. La question de Jérusalem demeure posée, elle, de manière aiguë. Le débat devient passionnel. Il secoue les Protestants comme les Juifs et comme tous nos compatriotes. En témoigne un colloque organisé par le comité “ Eglise et Israël ” de la Fédération Protestante de France les 2 et 3 décembre 1967. Nous en avons un compte-rendu rédigé par Etienne Trocmé (qui participa il y a deux ans à la première séance de notre groupe de contact, quelques semaines avant sa mort). Etienne Trocmé fait état du profond désarroi dans lequel la guerre des Six-Jours a jeté nos Eglises et leurs fidèles. Désarroi qui n’est pas dissipé par le débat, puisque après de véhémentes discussions entre les tenants des droits des Israéliens et ceux des droits des Palestiniens, aucun texte commun ne pourra être rédigé… ______________________________
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Comment les protestants ont-ils réagi à la naissance de l’état d’Israël ? A l’époque du congrès de Bâle, il existe une certaine affinité entre protestants et juifs. Certains pasteurs se sont prononcés pour un redressement du judaïsme : essai d’une traduction commune de la Bible aux catholiques, aux protestants et aux juifs, mais Rome met le holà. Le protestantisme officiel reste assez discret, car il est de tendance assimilationiste : « donnons tout aux juifs en tant qu’individus, mais ne leur donnons rien en tant que nation ». En 1918 se crée une ligue des amis français du sionisme, dont le président est un protestant qui se prononce pour la création en Palestine d’une colonie modèle sur le plan agricole. A l’époque de la création de l’état d’Israël, le synode de l’ERF refuse de voir dans cet événement une réponse au mystère de l’élection du peuple juif, mais exprime sa solidarité avec le projet Israël,, soulignant le droit légitime des juifs d’avoir une terre sur laquelle vivre. A l’époque le journal Réforme interprète les combats de la guerre d’indépendance comme la réaction des chefs arabes, héritiers d’une certaine féodalité, contre le danger du socialisme israélien. Les choses basculent en 1967, l’état d’Israël devient une puissance occupante, la question palestinienne et le statut de Jérusalem prennent de l’importance. |
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