Quatre personnalités livrent leurs impressions sur la tenue de ce premier colloque entre le Crif et la FPF. Pouvoir dialoguer est un signe d’encouragement, même si les problèmes de fond sont encore à aborder.
Propos recueillis par
Bernadette SAUVAGET
Jean-Noël de Bouillane de Lacoste, ancien ambassadeur et organisateur, côté Fédération protestante de France (FPF), du colloque.
« Le bilan du colloque est positif. Tout le monde a participé dans une ambiance amicale et les échanges ont été denses et riches. C’était intéressant que rabbins, pasteurs, spécialistes, théologiens et laïcs puissent ainsi se rencontrer, confronter leurs points de vue. Jusqu’où pouvons-nous aller ? Où est-ce que cela nous mène ? Nous devons rester en contact, continuer à nous voir, à discuter. En fin de journée, le président de la FPF a lancé l’idée que nous travaillions ensemble le thème de la laïcité. Je crois que c’est un chantier intéressant. »
Alain Massini, pasteur ERF à Clermont-Ferrand et président de la commission « chrétiens et juifs » de la FPF.
« Cette rencontre était une grande première. C’est à souligner. Avoir ce contact était important. Il est nécessaire que nous puissions nous parler même si nous ne pouvons pas forcément encore aller très loin. La matinée a permis de replacer les questions dans leur contexte historique et théologique. Est-ce qu’il y a eu ensuite débats ? Nous avons assisté effectivement à des échanges très riches entre les personnalités juives présentes. Nous, les protestants, sommes demeurés sur le factuel. C’est sans doute symptomatique de nos difficultés à exprimer les divergences internes au protestantisme sur l’Etat d’Israël, le sionisme, le conflit israélo-palestinien… Pour l’avenir, je souhaite qu’il y ait, à nouveau, un colloque de ce type. Il pourrait puiser et s’appuyer sur les échanges qui ont déjà eu lieu cette fois-ci. Il faudrait se pencher sur des questions pointues, comme celle de la terre, par exemple. Sur ce que signifie cette notion pour les protestants et pour les juifs. »
Richard Prasquier, membre du bureau exécutif du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), organisateur du colloque.
« Par leur histoire, les protestants en France ont une proximité avec les juifs. Mais certaines prises de position, de personnes ou d’organismes m’ont semblé marquer une relative méconnaissance de la complexité du problème israélo-palestinien. Il était nécessaire de discuter, de confronter nos points de vue. C’était l’intérêt d’une telle journée. Elle m’a confirmé que le dialogue était possible. Le pasteur de Clermont nous a proposé de travailler, à l’avenir, le thème de la laïcité. Il y a également d’autres sujets. Je ne pense pas, par exemple, que nous avons fini de parler de l’antisémitisme. Nous vivons dans un monde où, grâce aux nouveaux moyens de communication, un petit groupe de gens peut faire beaucoup de mal en la matière. »
Armand Abecassis, professeur de philosophie à l’université Bordeaux-III, dernier ouvrage publié : "L’univers hébraïque", Albin Michel, 2003.
« La journée a été très positive. Beaucoup de choses ont été dites sur le plan philosophique, religieux, politique, historique… Ces rencontres sont nécessaires pour renforcer les liens entre juifs et protestants. Je ne dis pas “créer”, car ils existent depuis longtemps. J’ai rappelé, à l’occasion du colloque, qu’il y a une proximité spirituelle entre juifs et protestants fondée sur le rapport au texte, la conception de l’autorité, la conception de la transcendance. Avec nos frères protestants, les liens sont, de ce point de vue, plus étroits qu’avec nos frères catholiques. Généralement, les milieux juifs français ont donné la priorité aux relations avec les catholiques (l’Eglise catholique étant majoritaire) et connaissaient mal la réalité protestante. C’était aussi l’intérêt d’une telle journée: que chacun apprenne à connaître l’autre.
J’ajouterai que, dans le contexte où nous nous trouvons, juifs, catholiques et protestants doivent lutter ensemble contre ceux qui instrumentalisent la spiritualité et la religion à des fins politiques. C’est indispensable pour arrêter cette barbarie. La Bible, la première, a développé les droits de l’homme. Les monothéismes en sont les garants. Ces journées doivent être répétées et encore répétées. »