La première question posée à l'Equipe de synthèse touchait la délimitation de l'objet de ce rapport : devions-nous prendre en compte les seules manifestations portant le label "Débat 2000", ou était-il préférable d'élargir notre investigation à d'autres initiatives qui, bien que non-labellisées, participaient de la même dynamique? La première solution n'était pas sans intérêt: choisir de labelliser une initiative, c'est en effet inscrire cette action locale dans une démarche commune, marquer ainsi sa volonté de participer à un projet collectif de témoignage, décidé en synode national, conscients que ce témoignage est précisément ce qui nous lie les uns aux autres. Mais ce choix nous est vite apparu comme trop limitatif : car bien des manifestations ont participé de la même dynamique sans en porter l'étiquette. Le risque était alors de glisser vers un inventaire sans limites de toutes les activités de "témoignage" de l'E.R.F. Notre choix a donc été quelque peu empirique : prendre en compte les manifestations, labellisées ou non, qui nous semblaient correspondre aux objectifs visés par le projet Débat 2000. Le recueil des informations s'est révélé particulièrement difficile, en dépit de la mise en place du réseau des délégués régionaux (et d'équipes Débat 2000 dans certaines régions). Une cinquantaine seulement de fiches-bilan ont été renvoyées par les organisateurs de manifestations. Le dépouillement des journaux régionaux et de leurs chroniques a permis d'établir un agenda approximatif des manifestations. Par ailleurs, à partir d'un questionnaire-type, des enquêtes-sondages ont été effectuées auprès d'organisateurs de manifestations, d'intervenants, d'observateurs, des présidents de conseils régionaux, des délégués régionaux Débat 2000, et de la coordination nationale.
Après une phase d'appropriation, plus longue que prévu (toute l'année 2000 pour certaines Eglises locales), on constate la multiplication des débats, très divers. La dynamique s'est montrée incitative, surtout pour les petites et moyennes Eglises locales. Chaque Eglise locale (ayant accepté d'entrer dans la démarche !) a conçu son débat en fonction de son environnement, de ses centres d'intérêt, de son contexte, de ses forces... Certaines Eglises faisaient déjà du Débat 2000 sans le savoir ! Toutes n'ont pas pris en compte la possibilité de labelliser. Mais l'esprit de la démarche est bien là. Quelques 700 manifestations ont été recensées sur la période 2000-2001-début 2002. Soit le double des 350 manifestations ayant marqué en 1998 le 400e anniversaire de l'Edit de Nantes. La démarche se poursuit en 2002 (généralement sans le label Débat 2000).
3 objectifs principaux ont été fixés à la démarche
Mais concrètement, une manifestation Débat 2000 répond à au moins un de ces sous-objectifs, ou en conjugue plusieurs :
Certaines Eglises locales se sont lancées dans le débat sans trop en mesurer les enjeux. D'autres ont mûri un projet avec des objectifs précis. D'autres encore en ont profité pour aller plus loin dans une démarche déjà en cours. La très grande diversité des manifestations rend difficile un compte-rendu synthétique. Dans certaines Eglises locales, les manifestations à connotation " culturelle" sont organisées par des centres culturels ou des associations loi 1901, émanation de l'Eglise locale, dans le cadre d'une démarche d'ouverture de type Débat 2000 (Centre Hâ 32 de Bordeaux, Espace St-Jean de Nancy, Centre 665 de Montpellier... ). Ces relais ont généralement porté les manifestations Débat 2000 des Eglises locales. Par ailleurs, certaines Eglises, notamment parisiennes, proposent chaque année des cycles de débats (conférences de Paris-Etoile, Entretiens de Robinson, conférences d'Orléans ...). Elles les ont poursuivis, sans labelliser, sauf Paris-Etoile en 2000.
Des initiatives inédites ont été prises tout particulièrement par de petites paroisses : elles ont "osé" de grandes premières, généralement couronnées d'un large succès d'audience. Elles ont découvert l'intérêt porté aux initiatives protestantes par des publics inhabituels. Landouzy Parfondeval (Nord-Normandie) une petite communauté d'éleveurs bovins, a eu le courage d'organiser un débat avec des intervenants locaux, en pleine crise de la vache folle, sur "L'alimentation de demain". Melle-Celle dans le Poitou (région Ouest) a organisé un marché de Noël dans son temple avec commerçants et artisans et 400 visiteurs. Colognac dans les Cévennes (CLR) a organisé un café théologique (festif) dans l'unique café du village avec succès : 50 personnes, qui en ont redemandé. Alboussières, en Ardèche a accepté de co-organiser un festival "Gospel et patrimoine" à la demande de la municipalité avec concerts et conférences en divers lieux dont 3 temples de la paroisse.
Débat 2000 a stimulé les imaginations et provoqué des initiatives originales. - Des
camps intergénérations - La Bible
vue par les plantes - Des
jeunes en débat Des Eglises
locales ont appuyé des manifestations :
- sur des manifestations locales :
- des lieux publics inattendus ont été investis
Souvent la communauté s'est mobilisée sur le projet avec un effet positif sur sa vitalité en interne. Elle en a profité pour mettre au travail des membres nouveaux ou des paroissiens des marges (Crest, Livron, Alboussière, Bourg en Bresse...). Peu attirés par l'animation paroissiale, ceux-ci ont par contre adhéré avec intérêt à un projet ponctuel mobilisant leurs compétences ou leur disponibilité. Des contacts nouveaux ont été noués (municipalités, autres communautés, universitaires...). Le débat a aussi été mené en amont de la manifestation, dans la préparation. Les communautés ont pris conscience de l'importance d'une communication minimum pour attirer un public nouveau.
Quatre régions ont organisé une manifestation régionale exceptionnelle à l'occasion de Débat 2000 :
On les appelle café théologique, Pastis de Théo, Théocafé, Café de la pensée, Café théophile, café-palabres... Ils ont l'avantage d'être un lieu hors Eglise, neutre ou clairement laïque, (inter-religieux à Angers et Bordeaux) ouvert à tous, convivial... Les participants sont souvent des gens qui ne participent pas à la vie cultuelle, récusent la forme institutionnelle (au culte, on vient "écouter" !). Ils sont en recherche, ils souhaitent débattre et réfléchir en groupe restreint... "dans un esprit d'écoute où le souci de comprendre les points de vue des autres, le partage des convictions et des recherches, sont plus importants que les réponses que l'on pourrait apporter aux thèmes proposés" (Castres - Sud Ouest). Les thèmes sont souvent de l'ordre des questions de société : "Travaille et tais-toi", "La tentation du rejet de l'autre" à Lunéville (Est), "La solitude, parlons-en" à Nantes (Ouest) ou portent sur des questions spirituelles : "Y a-t-il plusieurs approches de Dieu ?" à Sanary (PCAC), "A quoi sert la religion ?" à Meudon (RP), "Quelle place pour Dieu dans le nouveau siècle ?" à Auch (Sud Ouest).
La recherche de partenaires (au sens de co-organisateurs) n'a pas été systématique. Quelques-uns se sont appuyés sur les 2000 débats pour aller à la rencontre de partenaires inhabituels ou pour nouer des liens avec des institutionnels (municipalités, universités, bibliothèques, centres culturels) ou des associations locales.
La plupart des Eglises locales ont renforcé des liens déjà existants (Eglise catholique, Eglises FPF,…). Et ce sont plutôt des "intervenants" inhabituels qui ont été sollicités. L'Eglise catholique est clairement le premier partenaire des 2000 débats. Juifs, musulmans, boudhistes, ont également été très sollicités en cette période où l'inter-religieux est à l'ordre du jour. Les manifestations œcuméniques déjà engagées ont tenu compte de dynamique Débat 2000 pour certains.
L'intérêt d'un partenariat a consisté en une communication démultipliée, permettant de toucher un public inhabituel, plus important, et de nourrir le débat de voix plus diverses.
Les dossiers Débat 2000 proposent 10 thèmes :
Les "dossiers Débat 2000", prévus pour préparer des débats, ont été plutôt utilisés par les communautés pour nourrir leur réflexion en interne (Nîmes, Evreux, Tours, Rodez). Les 3 thèmes les plus traités dans le cadre des 2000 débats sont dans l'air du temps : violence, inter-religieux, famille et transmission. Le rapport au politique a également mobilisé certaines Eglises locales :
- Quelques débats ont concerné la science (clônage, création), l'environnement, la laïcité, la souffrance, euthanasie/soins palliatifs, l'histoire locale. Les expositions bibliques se sont poursuivies.
Certains messages évangéliques passent mieux ou différemment au travers de langages qui font appel à l'imaginaire, à l'émotionnel, aux sens. Ces langages touchent un public moins sensible à la réflexion purement intellectuelle. Ils permettent l'inter-génération.
Les Eglises locales ont ainsi fait appel au conte (Portes-les-Valence CAR, Châlons-en Champagne, Est), au mime (Troyes, Est), au théâtre biblique (Clermont Ferrand ). Ou elles se sont mises en recherche de formes d'expression inhabituelles : en s'appuyant sur le quotidien, l'histoire des idées, l'art, ou la fête populaire, pour y associer un message évangélique.
L'exposition "Protestants" a eu pour mission :
La forme de l'exposition (3 niveaux de lecture, 10 thèmes en 2 panneaux (un synthétique, un explicatif), une iconographie vivante, un graphisme attrayant) a été travaillée pour faciliter son adaptation à des parcours, des publics et des contextes divers : catéchèse, conférence publique, culte, musée, forum des associations... Le concept de l'exposition été unanimement apprécié par les Eglises locales avec la satisfaction de disposer d'un support, visuel, de bonne qualité. Quelques critiques : certains l'ont qualifiée d'identitaire, intellectuelle, dense et donc confuse, sans modernité au niveau des images. D'autres ont regretté qu'elle ne fasse pas plus explicitement référence à Jésus-Christ, à la foi protestante, ou à l'œcuménisme. En région Ouest, la réflexion est lancée sur une exposition à présenter en parallèle, sur les thèmes de la foi protestante.
L'exposition a été utilisée auprès des catéchumènes, dans les fêtes paroissiales... Elle a permis aux paroissiens "de mieux connaître les Protestants" (Dieulefit), non sans quelques réflexes identitaires (une expo "pour la fierté des protestants isolés" selon Vinevil). Elle a donné l'occasion d'une réflexion nouvelle sur les convictions présentées. Mais, répondant aux objectifs fixés, l'exposition a aussi permis de toucher d'autres publics, très divers : catholiques et groupes œcuméniques - élus, notables, interlocuteurs divers de la société civile - protestants non encore connus - population non initiée, vacanciers, touristes - élèves, étudiants, enseignants L'exposition a servi de base à des "cultes pédagogiques". Les panneaux ont parfois été utilisés séparément, en fonction de leurs thèmes: auprès des catéchumènes ou dans un cadre associatif. Vallon-Pont-d'Arc (Centre-Alpes-Rhône) a affiché l'exposition par thème, 2 panneaux par 2 panneaux, sur les portes du temple.
L'exposition a parfois servi de "toile de fond" (dans le temple, dans le cadre de cultes ouverts sur la cité, ou de manifestations diverses). Elle a parfois servi à créer l'évènement (Portes ouvertes en été, animations de quartier, anniversaire du temple...) . Mais tous n'ont pas toujours eu l'idée de la "sortir" ! Elle a été oubliée dans les placards de certaines Eglises locales... L'exposition a souvent trouvé place dans un cadre public (fête des associations, journée du patrimoine, festival...). Elle a été exposée dans des lieux publics (médiathèques, bibliothèques, salles communales, cliniques... ), dans des églises catholiques. "Protestants" a été bien accueillie dans des établissements d'enseignement (4e, 5e, 2de, Terminales).
Une pédagogie a été développée par ses concepteurs autour de l'exposition pour aider à sa présentation : mode de montage accompagnant les affiches, dossier Débat 2000 n° 11 "Outils d'animation" donnant des conseils (plastifier les affiches ou les fixer sur support contreplaqué !), atelier du Forum Animation d'avril 2000 consacré à l'exposition (une initiative reprise régionalement en PCAC)... Malheureusement l'exposition n'a pas été toujours mise en valeur. Les affiches ont parfois été simplement apposées aux murs ou appuyées aux bancs du temple (pas très pro !). Et l'exposition abandonnée à elle-même... Ou devenant tellement partie prenante du paysage que plus personne ne la voit. Des initiatives diverses ont parfois été prises pour accompagner l'exposition : panneaux complémentaires, décoration florale, présentation de vidéos, de musique, comptoir de librairie... Des brochures présentant l'exposition mais aussi l'Eglise locale et l'ERF en général ont été réalisées (Aix en Provence). Ainsi qu'un questionnaire pour les catéchumènes (Lyon Guillotière, St Malo). Des animations en parallèle ont été proposées aux visiteurs : contes bibliques, ateliers bibliques (Montpellier, Lyon-Guillotière, Fleurance (Sud-Ouest) autour du thème du Festival du ciel et des étoiles),café-discussion, concert, théâtre, heure musicale et bien sûr des débats "Nous sommes tous un peu protestants" à Fos sur Mer (PCAC), "La Bible est à tout le monde" à Daumazan (Sud-Ouest). L'accueil a souvent été soigné : la formation des permanents a été organisée (à Lyon-Guillotière et à Montpellier notamment). Des permanences ont généralement été planifiées, permettant un accueil personnel jugé essentiel (Vallon-Pt-d'Arc, CAR). Des visites guidées ou commentées ont été proposées (à Marmande, Sud-Ouest, après une célébration œcuménique). L'exposition a souvent donné l'occasion d'un vernissage officiel avec invitation d'élus, notables, responsables d'autres Eglises ou communautés.
Dans notre société de l'image, un support visuel est précieux. En donnant aux Eglises locales quelque chose de concret à montrer (aux élus et notables notamment) l'exposition leur a permis plus de visibilité, préalable nécessaire à l'entrée en débats, et à une reconnaissance par la société civile. En soulignant des points forts du protestantisme, en en simplifiant la communication, l'exposition a connu un succès " extra-ordinaire " parce qu'accessible au grand public. Elle a suscité l'intérêt, l'étonnement, la découverte, et une meilleure connaissance des protestants. Au vu des convictions et engagements présentés, l'assimilation à une secte n'est plus possible. Cette exposition a démontré aux paroissiens que les convictions protestantes pouvaient intéresser. Leur donnant l'assurance nécessaire pour aller plus loin dans l'affirmation de leurs convictions. Mais "Protestants" n'a pas toujours été utilisée au mieux de ce qu'elle aurait mérité. Par manque de préparation en amont. Et souvent en raison d'une communication insuffisante qui ne lui a pas toujours permis une large audience.
Avec cette émission, la coordination a voulu répondre à un des objectifs de Débat 2000 " Risquer une parole dans l'espace public". Ce type d'émission (débat ouvert, parole plurielle, intervenants de tendances diverses) est peu présent dans la grille des programmes de RCF. La réalisation de cette émission sur des débats de société, avec essai de paroles théologiques (chrétiennes ou protestantes), a été reconnue comme une spécificité, une compétence protestante.
L'émission a permis à l'ERF de prendre une part plus active dans la programmation de RCF (qui se veut une radio oecuménique). Elle a été l'occasion de risquer une parole protestante, écoutée dans tout le réseau RCF. Et l'évocation par le "Kiosque" des multiples débats organisés par les Eglises locales donne une idée de notre diversité et de notre volonté d'ouverture. Les intervenants extérieurs contactés pour une émission ont toujours marqué leur intérêt pour la démarche. Il n'y a jamais eu de refus d'intervention en raison du cadre ecclésial, mais souvent des discussion (sur l'ERF, sur Débat 2000... ) avec les intervenants qui n'ont pu donner suite, souvent pour des raisons d'emploi du temps. Notre Eglise y a gagné en visibilité. Sur chaque thème d'émission, une documentation a été rassemblée par Christian Davaine (Internet, CPED). Elle pourrait constituer la base de nouveaux dossiers Débat 2000. Débats emblématiques dans deux petites paroisses
Débats sur le thème de la violence
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