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Dossier Mondialisation
   Objectif du
Millenium pour le Développement

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In : Presse protestante réformée régionale, dec. 2004

Intelligence du cœur contre société de marché

Par Noël Lippens

Peut-on sortir par le haut de la société de marché ? C'est ce que suggère Patrick Viveret* dans un rapport intitulé "Reconsidérer la richesse"*** remis en janvier 2001 à Mr Guy Hascoët** ?

Avec la mondialisation et la révolution néolibérale, remarque Patrick Viveret, nous sommes passés d'un univers où ce qui a vraiment de la valeur n'a pas de prix, pour rentrer dans un autre où ce qui n'a pas de prix n'a pas réellement de valeur. Il souligne combien la "société de marché" chosifie les rapports sociaux et transforme en marchandise le vivant et l'intelligence; il remarque que ses effets actuels sur le social, la culture et la politique ressemblent à ceux produits par la première tentative d'imposer une société de marché au cours du 19 e siècle; il rappelle que cette tentative s'est soldé par deux guerres mondiales et deux flambées totalitaires! L'attentat du 11 septembre 2001 fait à ses yeux partie d'un faisceau de signes qui semblent indiquer que la seconde tentative est elle-même en voie d'épuisement.

Malheur aux vaincus
Née de la révolution conservatrice anglo-saxonne, pensée dans les années soixante comme une critique radicale de l'État providence et des régulations économiques nationales de type keynésien, la "société de marché" a été mise en œuvre politiquement dans les années quatre-vingt. Au nom de la mondialisation du marché, elle a progressivement remis en cause ces régulations économiques et sociales nationales, tout en s'opposant à l'émergence de régulations mondiales écologiques et humaines.

Pour Patrick Viveret, la soumission de nos sociétés au tout-marché relève beaucoup plus du goût pour la domination que pour la simple possession d'objets ou de monnaie. Elle débouche sur une logique de guerre économique qui condamne à l'exclusion, à la misère et souvent à la mort les perdants de ce jeu dangereux. Or, cette guerre que l'on nous présente comme liée à des logiques de rareté et de survie se situe dans un contexte où les besoins fondamentaux des six milliards d'êtres humains pourraient être satisfaits avec un minimum de rationalité dans l'organisation des ressources.

Coopération contre concurrence
La question de la richesse rejoint celle du développement humain durable. Elle n'est plus prioritairement celle de la production matérielle, y compris dans les pays du Sud. Aucun obstacle matériel ne peut s'opposer au développement des ressources innombrables que la vie et l'intelligence humaine sont capable de créer.
C'est pourquoi, à l'opposé des jeux guerriers de la société de marché, jeux dans lesquels ce que l'un des adversaires gagne, l'autre le perd, l'économie sociale et solidaire propose une autre réponse fondé sur la conviction que la coopération est mieux à même de libérer ces potentialités: celle des jeux coopératifs où tous les partenaires peuvent sortir gagnant, même si c'est de manière inégale.
Patrick Viveret propose en conséquence de développer le principe de coopération et de solidarité non seulement dans la sphère économique, mais aussi dans la sphère politique, sociale et culturelle.

La vraie valeur, conclut Patrick Viveret, c'est celle qui donne force de vie aux humains. Encore faut-il que l'humanité cesse de dévaloriser sa propre condition et de chercher cette valeur introuvable dans des machines ou des signes monétaires. Ce que nous apprennent la mutation informationnelle et les nouvelles frontières de la connaissance et du vivant, affirme-t-il, c'est que la vraie richesse, demain plus encore qu'hier, sera celle de l'intelligence du cœur.

* Patrick VIVERET, Conseiller référendaire à la Cour des Comptes
** Alors Secrétaire d'État à l'Économie Solidaire du gouvernement Jospin
*** Disponible sur <www.ladocumentationfrancaise.fr>