
Actes du colloque organisé par la Fédération protestante de France
le dimanche 14 septembre 2003
I - Le dialogue interreligieux vu par l'islam, le judaïsme et le bouddhisme
Introduction
par M. le pasteur Christian Seytre
L’an dernier nous avons eu un colloque intitulé « le dialogue interreligieux, chance ou défi » ; il s’agissait de se retrouver entre protestants de différentes familles, de différentes Eglises (luthérienne, réformée, baptiste, pentecôtiste, etc.) pour évaluer quelles étaient nos possibilités d’avoir une parole commune, fédérative, sur l’interreligieux. La surprise a été de constater que c’était plus facile que nous ne l’imaginions. D’ailleurs, un des orateurs a avoué sa perplexité, car il s’attendait à des positions plus tranchées, et s’était préparé en conséquence, et finalement ce qu’il avait entendu l’avait rassuré par rapport à ce qu’il avait pu imaginer.
Cette entente, qui n’est pas de surface, n’implique pas qu’il y ait consensus sur tout, et le débat est toujours ouvert entre nous, et avec nos frères et sœurs chrétiens des autres confessions chrétiennes. A ce sujet je me réjouis d’avoir parmi nous les deux orateurs catholiques de l’an dernier, Madame Comeau et le Père Geffré, et nous sommes très honorés qu’ils aient décidé de continuer de cheminer avec nous dans la réflexion. Je les invite, comme vous tous, à participer largement à la réussite de ce colloque, par vos questions aux orateurs et vos remarques qui seront riches et variées.
Si l’an dernier nous avons voulu réfléchir entre protestants, cette année nous avons décidé de nous mettre à l’écoute de personnes d’autres religions. En effet, comment parler de dialogue, s’il n’y a pas d’abord rencontre ?
Dans La Croix du 7 septembre 2003, on peut trouver une interview de Dennis Gira dans lequel il parle de son séjour au Japon et dit ceci :
« J’ai commencé à apprendre le japonais et, constatant que les mots de notre traditions judéo-chrétienne ne me donnaient pas accès à la pensée japonaise, j’ai étudié les religions du Japon : shintô, taoïsme, confucianisme, et surtout bouddhisme qui m’interpellait davantage».
Cette affirmation montre bien les limites du langage ; les mots sont connotés par une culture, entre autre religieuse, qui les sous-tend. Je ne pourrai donc pas comprendre une langue en étudiant simplement sa grammaire et son vocabulaire. Je ne comprendrai pas non plus, une culture, une religion, en me contentant de lire un livre sur le sujet. Je ne peux pas comprendre le judaïsme en lisant la Thora, l’Islam en lisant le Coran, le Bouddhisme en lisant les Soutras du Bouddha, comme je ne peux pas comprendre le Christianisme en lisant le Nouveau Testament. Il y a une histoire derrière, des interprétations, des schismes, des divisions, des retours aux sources, des réformes, etc. Il y a un vivre ensemble et un vivre séparé car il y a souvent plus de conflit au sein d’une même religion qu’entre les religions, il y a des états d’esprit, des formes de penser, des cultures, etc.
Nous avons donc choisi cette année, d’avoir des témoins ; ils ne représentent pas l’ensemble du judaïsme, de l’islam et du bouddhisme ; ils sont, comme vous et moi, des croyants au sein d’une tradition religieuse particulière, et à ce titre des témoins.
Trois nous parleront ce matin du dialogue, trois cet après-midi des relations ambiguës entre violence et religions.
Nous souhaitons que ce soit un vrai dialogue entre nous ; dans le respect mutuel, mais sans langue de bois ; il s’agit d’entrer dans cette ascèse dont nous parle Dennis Gira : les mots de notre vocabulaire, sont une expérience seconde de la réalité. Mais l’écoute de l’autre, la perception de ce qu’il met derrière ces mots, va nous aider mutuellement à nous rencontrer, à accéder peut être à l’expérience première de la réalité. C’est le but de cette journée.
Nous allons donc commencer, et je leur laisse la parole maintenant. Nous écouterons les trois interventions à la suite les unes des autres, et ensuite vous pourrez intervenir pour qu’il y ait un débat entre tous.
Je vous remercie de votre attention et laisse la parole à nos invités.