Le Dialogue interreligieux
Entre Dialogue et Violence
Actes du colloque organisé par la Fédération protestante de France
le dimanche 14 septembre 2003
I - Le dialogue interreligieux vu par l'islam, le judaïsme et le bouddhisme
Violence et religion
Ove Ullestad : Nous allons poursuivre notre programme ; le thème change par rapport à ce matin : nous abordons « violence et religion ». Puisque la personne qui devait faire la synthèse, M. Doudou DIENE, n’est pas là, nous nous sommes mis d’accord sur un changement de programme. C’est à dire que nous allons commencer en donnant la parole au pasteur Jacky Argaud pour qu’il nous transmette quelques-unes des vues, des pensées et des réflexions de M. Diene. Ensuite, nous reprendrons le fil.
J. Argaud : M. D. Diene avait accepté d’être là, mais en fait il a dû partir hier pour le Canada et sera donc absent de Paris pour plusieurs semaines. Il a transmis un texte de 12 pages qui a sa cohérence et sa grande richesse et je sais qu’ensuite nous l’aurons à disposition (mis en annexe). Je ne voudrais garder de ce texte, au fond, qu’une seule idée que j’illustrerai par une anecdote que je vais prendre dans son texte, je garderai aussi sa conclusion. C’est lui que j’essaie de faire parler.
Il commence par dire que la question de la religion a longtemps été circonscrite à la sphère de la pratique personnelle surtout par l’idéologie matérialiste et qu’aujourd’hui, nous sommes devant une compréhension des grandes questions internationales qui doivent passer par une reprise du religieux à côté du culturel, et je rappelle que M. Diene a aujourd’hui comme travail de repérer les manquements aux droits de l’homme, c’est ce qu’il fait actuellement, puisqu’il est retraité de l’Unesco. Et pour lui, cette référence explicite au facteur religieux est évidente dans tous les grands conflits actuels.
Je vais prendre une anecdote et formuler quelques observations qui serviront peut-être d’abord et avant tout à dire ce que nous attendons de la table ronde de cet après-midi. Les deux premières observations sont plutôt sujettes à difficultés. D’abord, une difficulté terminologique, l’imprécision du concept de la violence ; nous en étions conscients en préparant ce colloque et nous nous sommes demandé s’il était bon de garder ce mot dans son intitulé. Nous l’avons gardé malgré le fait que le mot reste très chargé passionnellement. C’est à vous maintenant de nous aider à progresser, à comprendre et à réfléchir. A cette imprécision terminologique s’ajoute une seconde difficulté qui tient à la diversité de phénomènes s’inscrivant sous le mot violence. Violence religieuse, violence politique, sociale, familiale, psychologique, économique et j’en passe. Ce n’est pas par naïveté que nous avons mis le mot « violence » avec « religion ». Non, c’est tout simplement parce que nous avons voulu cadrer notre débat de cet après-midi. Mais est-il possible d’aborder ce thème uniquement à partir du champ religieux ? En invitant un juif, un musulman, un bouddhiste à plancher sur cette question de la violence, nous avons souhaité que chacun de vous parle à partir de sa propre tradition en adoptant cette approche qui consiste à faire justement ce retour sur soi-même car, osons l’affirmer, il y a une proximité paradoxale entre la démarche religieuse, fût-elle la plus authentique, et la violence. La violence n’est pas seulement une pathologie exceptionnelle ou accidentelle, elle vient se loger au cœur même de la démarche religieuse. Pourquoi ? Peut-être parce que le rapport à l’absolu, à l’ultime, comporte toujours le péril d’absolutiser notre vision partielle et limitée. C’est au sein des convictions les plus fortes, disait Paul Ricoeur, que se glisse la violence la plus sournoise. Deux demandes avant de vous donner la parole. Aidez-nous à objectiver le phénomène, à le construire comme objet afin de l’analyser, de le comprendre, de l’interpréter ; aidez-nous ensuite aussi à faire ce nécessaire retour sur notre propre tradition religieuse, sur nous-mêmes.