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Les Eglises issues de l'immigration

3 – Descriptions de ces groupes et Eglises

De grandes différences séparent les GE2I, qui touchent la liturgie, la culture et la théologie. Plusieurs d’entre elles se définissent pas une culture spirituelle de type pentecôtiste qu’il est utile de relever.

Selon Walter Hollenweger 2  les Églises d’expression africaine se caractérisent ainsi :

Dans les milieux anglo-saxons, Ronald Nathan 3 distingue quatre traits d’une « théologie panafricaine » propre aux jeunes Noirs britanniques :

Cette théologie au ras du sol serait « en consonance avec les expériences des gens d’origine africaine où qu’ils soient, en Afrique, aux Amériques, aux Antilles ou en Asie, et donnerait un modèle pour le développement de l’identité, de la dignité et de la valeur de la personne humaine. »

Ces descriptions se rapprochent de la spiritualité pentecôtiste telle que nous la connaissons en France. Dans son livre sur le Pentecôtisme 4, Harvey Cox situe le commencement de ce mouvement en 1906, dans un garage de la rue Azuza à Los Angeles, dans une Église noire. Il insiste sur la dimension libératrice de cette spiritualité qui accorde une dignité à ceux qui sont socialement exclu. Il va jusqu’à interpréter la glossolalie comme le langage de ceux qui sont pauvres en paroles. Lorsqu’il n’y a pas de mots disponibles pour rendre compte de ce qu’on ressent, le langage devient inarticulé.

Si dans les pays occidentaux le pentecôtisme s’est parfois progressivement pétrifié dans une théologie fondamentaliste, son développement dans les pays du Sud s’est souvent fait à partir de cette liberté de parole. Ce qui fait dire à Roswith Gerloff : « Je soutiens l’hypothèse que le pentecôtisme doit sa puissance d’impact à son milieu noir d’origine et à la découverte d’éléments africains au sein même de la société américaine blanche, éléments qui ont permis une réponse aux besoins de spiritualité et d’inculturation de l’Évangile. Les missions pentecôtistes en Afrique ne font que rendre à l’Afrique ce qu’elle a donné au pentecôtisme. Jehu-Appiah a raison de demander une redéfinition du terme « pentecôtiste » (avec une minuscule) qui indiquerait la liberté de langage, de culture et de liturgie, à la Pentecôte, ce qui serait un héritage africain 5. »

Cette spiritualité se distingue par la souplesse et la créativité ecclésiologique qui entre en résonance avec la situation nouvelle des immigrés appelés à vivre leur foi dans un milieu qui est pour eux déchristianisé.

D’autres GE2I se rattachent à une autre veine pentecôtiste qui se rattache à une « théologie de la prospérité. » Cette tendance est particulièrement vivante et connaît actuellement une croissance phénoménale. Elle est plus éloignée de notre approche fédérative. La distinction entre ces deux types de pentecôtisme appelle de notre part une démarche de discernement. Cela dit, nous devons aussi nous garder du risque de figer un groupe ou une Église dans un modèle. S’agissant d’Églises récentes, il faut considérer les évolutions en cours et celles qui peuvent intervenir. Il est donc nécessaire de prendre en considération le facteur temps.

Cette émergence des GE2I interroge notre vision de la relation entre les Églises. Si une compréhension traditionnelle concevait un type d’Église pour le Nord et un autre pour le Sud, de nos jours cette répartition est chamboulée. Dans le domaine ecclésial, le monde s’organise de moins en moins selon une séparation géographique mais selon une géostratégie des diasporas. Il nous appartient d’analyser théologiquement cette situation nouvelle.

 

2 Cité par Gerrie ter Haar « Europe’s Changing face », Document du colloque "Unis dans la diversité", 2004, p.42.

3 Cité par Roswith Gerloff, « La diaspora africaine chrétienne en Grande-Bretagne », Chrétiens d’outre-mer en Europe, Paris, Karthala, 2000, p.216.

4 Harvey Cox, Le retour de Dieu, voyage en pays pentecôtiste, Paris, Desclée de Brouwer, 1995.

5 « La diaspora africaine chrétienne en Grande-Bretagne », op. cit., p.211.